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Affaire Ultia : sous la pression, le CNC suspend son fonds d’aide à la création sur les plateformes

10 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Le CNC a sus­pendu son fonds d’aide à la créa­tion, créé pour soutenir les vidéos des­tinées à YouTube, Tik­Tok et Twitch. Une déci­sion qui fait suite à la polémique provo­quée par une streameuse mem­bre de la com­mis­sion, Ultia, ayant affir­mé ne pas vouloir soutenir les pro­jets « d’extrême droite ». Face aux accu­sa­tions de biais poli­tique, le CNC lance une enquête interne et met en pause ce dis­posi­tif financier très atten­du par les créa­teurs numériques.

Une sus­pen­sion « jusqu’à nou­v­el ordre » : sous la pres­sion, le Cen­tre nation­al du ciné­ma et de l’image ani­mée a indiqué ce 8 avril met­tre en pause la com­mis­sion chargée du fonds d’aide à la créa­tion sur les plate­formes sociales.

Doté de 2 mil­lions d’euros en 2025 et de 3 mil­lions en 2026 pour « soutenir la créa­tion numérique émer­gente », ce dis­posi­tif a été créé en 2017 sous le nom de CNC Tal­ent. Rem­placé en 2026 sous une nou­velle for­mule, il finance donc des vidéos des­tinées à YouTube, Tik­Tok, Twitch et autres réseaux. Une inter­ven­tion était prévue ce 8 avril au Frames Fes­ti­val à Avi­gnon, durant laque­lle le CNC devait présen­ter les détails de son fonc­tion­nement. Mais la polémique aura eu rai­son de cet exposé.

« Je vais saucer le projet »

Car la neu­tral­ité et l’impartialité du Cen­tre sont aujourd’hui remis­es en cause, après les déc­la­ra­tions d’Ultia (de son vrai nom Car­la Gia­r­di­na), streameuse née en 1995 spé­cial­isée dans les jeux vidéo et suiv­ie par 300 000 per­son­nes sur Twitch. Récem­ment nom­mée mem­bre de la com­mis­sion, elle affir­mait, dans un live dif­fusé le 25 mars dernier, qu’elle ne voterait pas pour des pro­jets « pro­posés délibéré­ment par quelqu’un d’extrême droite » et qu’elle sou­tiendrait plus facile­ment ceux portés par des per­son­nes qu’elle appré­cie, si elle les jugeait per­ti­nents. Ou, en ces ter­mes : « s’il y a des pro­jets portés par des gens que j’aime bien (…), je vais “saucer” le projet. »

Ces pro­pos, évidem­ment jugés con­traires aux oblig­a­tions de neu­tral­ité, d’indépendance et d’impartialité imposées aux mem­bres des com­mis­sions du CNC, ont dès le 26 mars entraîné son évic­tion, avant même qu’elle n’ait siégé. Le prési­dent du CNC, Gaë­tan Bru­el, a jus­ti­fié cette mesure dans une déc­la­ra­tion trans­mise à la presse : les déc­la­ra­tions d’Ultia con­sti­tu­aient une « mécon­nais­sance grave » des règles déontologiques.

Une vidéo de son inter­ven­tion a ensuite cir­culé mas­sive­ment sur X (ex-Twit­ter), relançant les accu­sa­tions de par­tial­ité poli­tique du fonds.

Ultia a depuis dénon­cé, notam­ment sur Le Média le 31 mars, un cyber­har­cèle­ment dont elle a été vic­time et regret­té la for­mu­la­tion de ses pro­pos, pré­cisant qu’elle visait surtout des con­tenus « racistes, sex­istes, misog­y­nes ou homophobes ».

« Panique des milieux culturels »

Dans son com­mu­niqué du 8 avril, le patron du CNC Gaë­tan Bru­el évoque une polémique qui « n’a cessé de croître en inten­sité sur les réseaux soci­aux et dans cer­tains médias », jusqu’à attein­dre « un niveau d’agressivité inédit », inclu­ant des men­aces à l’encontre des mem­bres de la com­mis­sion et d’agents du cen­tre. Face à ce con­texte, la com­mis­sion ne serait plus en mesure de délibér­er « sere­ine­ment » sur les pro­jets soumis.

La min­istre de la Cul­ture, Cather­ine Pegard, a apporté son sou­tien à l’institution, tout en salu­ant l’éviction d’Ultia comme « la bonne déci­sion » au regard des oblig­a­tions de neu­tral­ité qui s’imposent à tous les mem­bres des com­mis­sions publiques.

La presse de gauche, elle, a rapi­de­ment protesté. Michel Guer­rin, rédac­teur en chef du Monde y voy­ant la « panique des milieux cul­turels face à un RN aux portes du pou­voir » et Libéra­tion dénonçant les « men­aces de la droite et de l’extrême droite ».

« Copinage et entre-soi de la gauche »

Le jour­nal­iste du Figaro Ronan Plan­chon a poussé davan­tage l’enquête. Ce 9 avril, il expli­quait ain­si l’existence de deux dis­posi­tifs : jusqu’à 30 000 euros pour les créa­teurs vidéo dis­posant d’au moins 10 000 abon­nés, et jusqu’à 50 000 euros pour ceux de plus de 50 000, sans jamais dépass­er 50 % du bud­get du projet.

Mais der­rière, les aides sem­blent surtout prof­iter à des youtubeurs et streameurs déjà instal­lés, loin de l’objectif affiché de décou­vrir de nou­veaux tal­ents. L’examen des béné­fi­ci­aires révèle un milieu très endogame où chroniqueurs, ex-mem­bres de com­mis­sions et créa­teurs se croisent régulière­ment… con­fir­mant les déc­la­ra­tions d’Ultia. La streameuse Modi­ie a ain­si été mem­bre d’un jury après avoir perçu 30 000 euros, tan­dis que son média Blast rece­vait 80 000 euros la même année.

Sans sur­prise, tou­jours selon la même source, la liste des pro­jets aidés en 2025 mon­tre une forte ori­en­ta­tion mil­i­tante de gauche : sou­tien à des médias antiracistes, séries doc­u­men­taires décolo­niales ou queer, comme ceux des influ­enceurs pro-LFI tels que Dany et Raz (ZawaProd), qui ont perçu près de 106 000 euros pour des vidéos au ton ant­i­cap­i­tal­iste et mil­i­tant. À l’inverse, les pro­jets por­teurs d’une vision con­ser­va­trice ou patri­o­tique, comme la série sur l’histoire de la marine française pro­posée par la chaîne Cap Hornier, ont été refusés.

Retour au réel pour les « créateurs » ?

L’organisme assure désor­mais vouloir rompre avec ces pra­tiques et se fonder sur la « qual­ité artis­tique ». Le CNC n’a pour l’instant com­mu­niqué aucune durée pré­cise pour la pause, ni les modal­ités d’un éventuel réex­a­m­en de ses méth­odes de fonc­tion­nement. L’institution a égale­ment annon­cé le lance­ment d’une enquête interne pour véri­fi­er que les pro­jets aidés par l’ancien fonds CNC Tal­ent (abrogé en juin 2025) ont bien respec­té les règles en vigueur. Une ini­tia­tive salu­taire face aux soupçons d’opacité et de biais idéologique dans la sélec­tion des bénéficiaires.

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