À Birmingham, aux Championnats d’Europe d’athlétisme, les diffuseurs seront invités à éviter les contre-plongées, gros plans et ralentis jugés compromettants. Présenté comme une protection des athlètes, ce nouveau catéchisme visuel de l’Union européenne de radio-télévision risque d’appauvrir la réalisation sportive et d’oublier que le corps demeure au cœur du spectacle.
L’Union européenne de radio-télévision (UER) et European Athletics ont publié début juin Raising the Bar, un guide de 23 pages sur la représentation des sportives, qui sera appliqué lors des Championnats d’Europe, du 10 au 16 août à Birmingham.
Une morale du cadrage
Le document vise les plans prolongés sur certaines parties du corps, les caméras basses placées derrière ou sous les athlètes et les ralentis sans intérêt technique. La perchiste britannique Holly Bradshaw raconte avoir subi des insultes en ligne après la diffusion d’images la montrant dans des « positions indignes ».
🇪🇺 Europa AVANZA con nuevas normas de retransmisión que PROHÍBEN ángulos de cámara provocativos y repeticiones a cámara lenta que sexualizan a las atletas.
Se acabaron los primeros planos de sus cuerpos. pic.twitter.com/otbuX366Wy
— Actualidad Noticias (@Actualidad_Pol) July 15, 2026
L’UER affirme qu’il ne s’agit « pas d’une liste de restrictions ». Ce sont donc des recommandations, non des règles assorties de sanctions. Glen Killane, directeur d’EBU Sport, veut refléter « le talent, la force et le dévouement » des sportives. Mais un guide de croix rouges et de coches vertes peut vite devenir un manuel de conformité.
Le corps sportif, problème ou spectacle ?
L’esthétique appartient au sport autant que le chronomètre. La championne serbe Ivana Španović le reconnaît dans le rapport : l’athlétisme offre « de nombreuses possibilités de montrer la technique et la beauté du mouvement ». Dans la Grèce antique, les vainqueurs étaient honorés par des statues : le Metropolitan Museum rappelle que les Grecs considéraient le corps humain comme « la plus belle des formes ».
Le paradoxe contemporain est savoureux. L’OMS relève qu’en Europe, 25 % des enfants de 7 à 9 ans vivent avec un surpoids, dont 11 % avec une obésité ; au même moment, la télévision paraît craindre de montrer des silhouettes façonnées par l’effort. Or la beauté des corps participe aussi au spectacle et aux audiences.
De nombreuses athlètes jouent aujourd’hui sur les deux tableaux − esthètes et athlètes − sans que cela pose le moindre problème. C’est notamment le cas de la sprinteuse allemande Alica Schmidt, suivie par plus de cinq millions d’abonnés sur Instagram, qui associe compétition, mode et mise en scène de son image. Elle illustre la popularisation de certaines disciplines féminines par l’alliance entre performance et féminité.
Birmingham et les contradictions de France Télévisions
Le guide sera utilisé pour la première fois à Birmingham, où 29,9 % des habitants se déclaraient musulmans en 2021. Certains liront un symbole dans ce choix ; aucun document de l’UER ne relie toutefois ces recommandations à la démographie locale.
L’ironie est surtout française. L’UER est présidée par Delphine Ernotte Cunci, également patronne de France Télévisions ; l’Irlandais Noel Curran en est le directeur général. Or France Télévisions diffuse des contenus « sexualisant » largement les personnes. Jeudi prochain, France 2 diffusera Drag Race France, présenté avec « paillettes », « glamour » et défilés repoussant « les limites du drag français ».
La « sexualisation » dénoncée dans le sport serait ainsi autorisée dans d’autres perspectives… La mise en scène des corps est donc suspecte sur une piste, mais célébrée sur un podium télévisé.
Olivier Frèrejacques


