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Sciences Po ouvre son master des « ingénieurs de la démocratie » : l’entre-soi contre-attaque

17 juillet 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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À la ren­trée 2027, Sci­ences Po for­mera 30 spé­cial­istes de « l’intégrité de l’information ». Der­rière le ren­seigne­ment en sources ouvertes et la lutte con­tre les ingérences se des­sine une fil­ière de cer­ti­fi­ca­tion du vrai, conçue avec les insti­tu­tions, les médias et les experts qui se fréquentent déjà et veu­lent désor­mais assur­er leur reproduction.

Sci­ences Po a annon­cé le 10 juil­let dernier un mas­ter en deux ans, « Inves­ti­ga­tions, Analyse et Intégrité de l’information ». Trois semes­tres de cours, un semes­tre de stage ou d’apprentissage, et une promesse mod­este : fab­ri­quer des « ingénieurs de la démoc­ra­tie », le tout sous la houlette de son École de journalisme.

Commissaire de la vérité ou agent de certification médiatique ?

Un diplôme d’ores et déjà annon­cé « d’utilité publique » par l’école de la rue Saint-Guil­laume. Le pro­gramme mêlera l’OSINT — pour Open Source Intel­li­gence, ou ren­seigne­ment en sources ouvertes —, l’intelligence arti­fi­cielle, l’analyse de la viral­ité et les « straté­gies de défense et riposte infor­ma­tion­nelle ». Il ne béné­fi­cie pas encore de la recon­nais­sance de la CPNEJ (Com­mis­sion par­i­taire nationale de l’emploi des jour­nal­istes). Sci­ences Po n’explique pas encore ce qu’apporte ce mas­ter par rap­port à un autre.

Pour l’heure, les débouchés restent flous : « les diplômés de ce cur­sus seront des experts d’un nou­veau genre ». Sci­ences Po veut croire que « les pro­fils sont déjà recher­chés par les employeurs, dans les médias et hors médias, dans les entre­pris­es privées et les admin­is­tra­tions publiques ».

Trente gardiens du vrai, dûment homologués

C’est sûr, on retrou­ve déjà autour du berceau France Télévi­sions, VIGINUM, Politi­co, News­Guard ou Bloom, dans un cast­ing très améri­cain. Philippe Cor­bé, directeur de l’information de France Télévi­sions, cité dans la brochure en ligne, assure qu’« il est pré­cieux d’avoir de jeunes jour­nal­istes for­més à ces questions ».

Vis­i­ble­ment, les insti­tu­tions qui s’alarment de la dés­in­for­ma­tion ont con­tribué à dessin­er la for­ma­tion de ceux qui vien­dront ensuite l’identifier et, pourquoi pas, définir le périmètre du dici­ble et de l’indicible.

Sélection interne, externe… et facture germanopratine

Le mas­ter sera acces­si­ble à par­tir de bac + 3. Les étu­di­ants inscrits à Sci­ences Po passeront par la procé­dure interne d’orientation. Les can­di­dats extérieurs suiv­ront une procé­dure française ou inter­na­tionale selon leur diplôme. L’établissement promet des pro­fils divers, mais exige un « excel­lent dossier académique ».

Les tar­ifs 2027–2028 ne sont pas encore pub­liés. Au barème 2026–2027, un mas­ter coûte de 0 à 20 640 euros par an pour les foy­ers fis­caux européens, et 20 640 euros pour les non-Européens : jusqu’à 41 280 euros sur deux ans si le pla­fond restait inchangé.

Ce mas­ter n’annonce aucun quo­ta. Il s’inscrit néan­moins dans une école qui a sup­primé les écrits d’admission au bach­e­lor au prof­it du dossier et de l’oral, tout en dévelop­pant les con­ven­tions d’éducation pri­or­i­taire et les quo­tas de bour­siers. Une sélec­tion plus « holis­tique », à l’américaine, qui n’a pas aboli l’entre-soi : une étude interne rel­e­vait encore 80 % d’admis issus des caté­gories supérieures dans la voie générale. Côté sen­si­bil­ité poli­tique, l’école pencherait à plus de 70 % à gauche : en 2022, 55 % des étu­di­ants avaient voté au pre­mier tour en faveur de Jean-Luc Mélen­chon et 21 % en faveur d’Emmanuel Macron.

Médias alter­nat­ifs, réseaux soci­aux et médias du groupe Bol­loré ont brisé le mono­pole cul­turel de l’ancien monde médi­a­tique. Le rap­port Allon­cle sur l’audiovisuel pub­lic a fait l’effet d’un trem­ble­ment de terre en posant la ques­tion de la neu­tral­ité et du finance­ment, sus­ci­tant des inquié­tudes dans l’Olympe du poli­tique­ment correct…

Quand le plu­ral­isme sur­git, l’entre-soi ouvre un master.

Une institution experte en crises ?

On se rap­pellera toute­fois que Sci­ences Po, qui entend défendre l’intégrité du dis­cours démoc­ra­tique, éprou­ve quelques dif­fi­cultés à garan­tir la sienne. En 2012, la Cour des comptes pub­li­ait « Une forte ambi­tion, une ges­tion défail­lante » sur l’ère Richard Desco­ings, mort dans des cir­con­stances trou­bles après avoir loué les ser­vices, à New York, de deux « escort-boys ».

Celui qui lui a suc­cédé, Frédéric Mion, a démis­sion­né en 2021 après l’affaire Olivi­er Duhamel, prési­dent de la Fon­da­tion nationale des sci­ences poli­tiques, qui s’est avéré être un vio­leur inces­tueux. Math­ias Vicher­at, un proche de Sibyle Veil, a quit­té ses fonc­tions en 2024 avant d’être con­damné en pre­mière instance pour vio­lences con­ju­gales, déci­sion dont son avo­cat avait annon­cé faire appel.

Olivi­er Frèrejacques

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