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Sabotage du Nord Stream : la débâcle des experts de plateau

4 juillet 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Le par­quet fédéral alle­mand a annon­cé ce 2 juil­let l’inculpation d’un offici­er ukrainien pour le sab­o­tage des gazo­ducs Nord Stream, ordon­né selon lui par les autorités de Kiev. Une annonce qui éclaire d’une lumière crue la débâ­cle médi­a­tique et l’élaboration d’un nar­ratif dom­i­nant. À l’automne 2022, le « con­sen­sus » était clair : le coupable était Pou­tine et les scep­tiques des complotistes.

C’est peut-être l’un des épisodes les plus embar­ras­sants du jour­nal­isme français.

« Com­ment ces jour­nal­istes peu­vent-ils aujourd’hui se regarder dans une glace ? », dénonçait ain­si, ce 2 juil­let sur X, le reporter Régis Le Som­mi­er, du mag­a­zine OMERTA. Pour lui, l’annonce de l’inculpation d’un ressor­tis­sant ukrainien par le par­quet fédéral alle­mand dans l’affaire Nord Stream prend des airs de revanche.

Car, con­traire­ment à des dizaines de com­men­ta­teurs sur les plateaux français, rares sont ceux à avoir gardé, en novem­bre 2022, la tête froide. Une vidéo de 2023 réal­isée par le compte X Kaplan nous rap­pelle d’ailleurs l’ampleur du phénomène, exhumant des échanges sur LCI et d’autres chaînes.

Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

Le chroniqueur de France Inter Antho­ny Belanger était ain­si inter­rogé le 29 sep­tem­bre sur France 5 : « Qui a saboté le gazo­duc Nord Stream ? » Et celui-ci de répon­dre, avec suff­i­sance : « la Russie (…) mais oui bien sûr », avant de ges­tic­uler avec théâ­tral­ité pour bal­ay­er les argu­ments de Moscou à l’ONU. Et d’ajouter, péremp­toire : « Il y a une sorte d’avertissement sans frais lancé par les Russ­es à l’ensemble de l’UE ».

« Et ça c’est une très vieille méth­ode, stal­in­i­enne, on peut frap­per où on veut, quand on veut », assur­ait de son côté le reporter Olivi­er Weber, le même jour sur BFM.

« Pour moi, l’hypothèse la plus logique, c’est que ce sont les Russ­es qui l’ont fait à titre de démon­stra­tion », jurait de son côté le général Michel Yakovl­eff, le 28 sep­tem­bre sur LCI. Il rajoutera le même jour sur BFM : « La seule expli­ca­tion en l’absence d’explication, c’est la théorie de la démon­stra­tion de force ou de l’avertissement. »

Des com­men­taires qui ont dû faire s’esclaffer les ser­vices ukrainiens. La ver­sion selon laque­lle Vladimir Pou­tine aurait fait sauter ses pro­pres pipelines était, déjà à l’époque, la plus frag­ile logique­ment. Pourquoi Moscou aurait-il voulu per­dre un levi­er énergé­tique majeur et des revenus considérables ?

Les faits connus et l’enquête allemande

Le 26 sep­tem­bre 2022, trois explo­sions endom­mageaient grave­ment les gazo­ducs Nord Stream I et II au large de l’île danoise de Born­holm, dans la Bal­tique. Des fuites mas­sives de gaz sont observées. Les enquêtes menées par l’Allemagne, le Dane­mark et la Suède con­clu­ent rapi­de­ment à un sab­o­tage délibéré impli­quant des explosifs. Moscou dénonça une attaque ter­ror­iste, récla­mant une enquête con­jointe, en vain. Copen­h­ague et Stock­holm annon­cèrent en 2024 class­er l’affaire sans suite.

Pour­tant, un sus­pect est arrêté en août 2025 en Ital­ie. Il se nomme Ser­hiy Kuzni­etsov et il est ressor­tis­sant ukrainien. Âgé de 50 ans c’est un ex offici­er de l’armée ukraini­enne et un vétéran du SBU. C’est lui dont l’inculpation vient d’être annon­cée ce 2 juil­let 2026 par le par­quet fédéral alle­mand, qui a franchi là une étape décisive.

Selon l’acte d’accusation, ce sus­pect a coor­don­né l’opération depuis un voili­er de loca­tion, l’Androm­e­da. Des plongeurs ont posé des charges explo­sives sur trois des qua­tre con­duites des pipelines, « à la demande des autorités ukraini­ennes ». Suiv­ant « un plan visant à détru­ire les gazo­ducs » afin d’empêcher durable­ment les livraisons de gaz russe et de priv­er Moscou de revenus des­tinés à financer son effort de guerre.

Le procès est atten­du à l’automne devant le tri­bunal région­al de Ham­bourg. L’Ukraine a démen­ti toute impli­ca­tion éta­tique. Volodymyr Zelen­sky a indiqué atten­dre les détails com­plets avant de réa­gir officiellement.

La débâcle du manichéisme médiatique

Ce rebondisse­ment judi­ci­aire jette une lumière crue sur les dérives du « jour­nal­isme d’affirmation » qui domine les plateaux et ne cesse d’asséner ses cer­ti­tudes sur la tragédie ukrainienne.

Cette affaire révèle plusieurs faib­less­es struc­turelles : d’abord, l’absence de plu­ral­isme réel sur les chaînes prin­ci­pales, per­me­t­tant au nar­ratif dom­i­nant de main­tenir sa main­mise sur les esprits. Dans un même temps, la dis­qual­i­fi­ca­tion immé­di­ate des scep­tiques, pour les exclure du champ de la parole accept­able. Enfin, le refus de se cor­riger, notam­ment après plusieurs enquêtes du Wash­ing­ton Post, du Spiegel ou encore du Wall Street Jour­nal en 2023/2024, qui pointaient déjà les respon­s­abil­ités de Kiev. Une céc­ité médi­a­tique qui empêche la France d’avancer vers une issue raisonnable au conflit.

Ce 3 juil­let, Régis Le Som­mi­er est revenu dans une vidéo sur l’affaire, exp­ri­mant même des doutes sur l’autonomie totale des ser­vices ukrainiens pour men­er une telle opéra­tion. Il rap­pelle aus­si que le sab­o­tage de Nord Stream a eu « des con­séquences con­sid­érables pour les économies européennes », notam­ment celle de l’Allemagne. L’opposition, l’AfD, a d’ailleurs chiffré les pertes cumulées à plus de 150 mil­liards d’euros, d’investissements per­dus, de sur­coûts énergé­tiques et d’impacts indi­rects. À confirmer.

Détail d’importance : les intérêts français ont aus­si été attaqués par ces sab­o­tages, puisque Engie (ex-GDF Suez) déte­nait 9 % des parts dans le con­sor­tium Nord Stream 1. Aucune étude sérieuse n’a été menée sur les coûts pour les Français. Reste que les sanc­tions con­tre la Russie ont mené au triple­ment des prix du gaz depuis 2021.

Édouard Chan­ot

Voir aus­si : ÉTUDE INÉDITE de l’O­jim. Plu­ral­isme dans l’audiovisuel : com­ment l’Arcom a fer­mé les yeux sur LCI et France Info

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