Lancé en 2016, Médiacités se présente comme un média indépendant d’enquête, focalisé sur les scandales politiques, économiques et écologiques à Lille, Lyon, Nantes et Toulouse. Financé initialement par du crowdfunding, des apports des fondateurs et une bourse publique, il bénéficie aujourd’hui d’abonnements, d’aides à la presse et bien sûr de dons déductibles. Derrière son modèle « sans publicité », se dessinent des liens étroits avec Mediapart et une structure capitalistique hybride.
Libération a, en avril dernier, attaqué l’indépendance de l’Ojim, regrettant que les dons à notre organisation bénéficient de la déduction fiscale de 66 %. En partenariat avec Radio Courtoisie, Boulevard Voltaire et L’Incorrect, l’Ojim tient simplement à rappeler que la mouvance médiatique de la gauche radicale bénéficie d’un IMMENSE réservoir d’argent public (via subventions/aides à la presse ou par le biais de la réduction d’impôt). Retrouvez tout au long de la semaine nos mises au point sur des organisations qui émettent des reçus fiscaux.
Mediacités est un média en ligne fondé en 2016 par un collectif de sept journalistes : Jacques Trentesaux (président et ex-directeur de publication), Yves Adaken, Nicolas Barriquand, Benjamin Peyrel (tous ex-journalistes de l’Express), Hugo Soutra, Sylvain Morvan et Manola Gardez. Leur ambition affichée est d’enquêter sur les scandales locaux dans quatre métropoles : Lille, Lyon, Nantes et Toulouse.
Le site a déjà été épinglé par l’OJIM pour des enquêtes jugées très orientées, notamment en faveur des « mineurs isolés » et des éoliennes. Jacques Trentesaux déclarait en mai 2018 viser une présence dans dix villes sous trois ans. Huit ans plus tard, le média ne couvre toujours que ces quatre villes. En janvier 2018, Mediacités a reçu le « prix du contre-pouvoir contre les féodalités locales » de l’association Anticor. Le lancement a été financé par une campagne de financement participatif (25 000 €), des fonds des cofondateurs (35 000 €) et une bourse du ministère de la Culture (50 000 €).
Mediacités revendique plus de 5 000 articles publiés, plus de 5 600 abonnés (environ 6 000 en 2025) et travaille avec près de 100 pigistes indépendants. L’équipe salariée compte 14 personnes selon les comptes sociaux au 23/09/2024, pour une masse salariale de 453 000 € en 2023 (environ 2 006 € net par personne et par mois hors charges sociales). En 2025, la masse salariale et les charges sociales s’élèvent à environ 515 000 €.
Organisation de l’équipe :
- Direction : Jacques Trentesaux (président), Nicolas Barriquand (directeur de la publication), Yves Adaken (directeur général), Benjamin Peyrel (directeur de la rédaction et du développement).
- Rédactions locales : Sheerazad Chekaik-Chaila et Yves Adaken (Lille), Nicolas Barriquand (Lyon), Thibault Dumas (Nantes), Gaël Cérez (Toulouse).
- Journalistes : Armelle Parion, Mathieu Périsse, Matthieu Slisse, Eden Sakhi-Momen et une centaine de pigistes.
- Support : Sarah Mahjoub (communication/marketing), Hadrien Mercier (technique), Cyril Gardère (abonnements professionnels).
Le média propose trois formules d’abonnement : mensuel (1 € le premier mois puis 7,90 €), annuel (69 €) ou « soutien » (120 €/an) pour renforcer son indépendance.
Capital de Mediacités et liens étroits avec Mediapart
Mediacités est une SAS de droit commercial (SIREN 823 005 319) dont l’objet social est l’édition de services de presse en ligne d’information politique et générale. Selon l’article publié par le média le 19 mai 2026, la répartition du capital est la suivante :
- Fondateurs et journalistes de la rédaction : 40,2 %
- Société des Amis de Mediacités (SDA) : 10,4 % (premier actionnaire individuel, regroupant 238 lectrices et lecteurs-sociétaires ayant investi de 200 à 5 000 € chacun, qui ont bénéficié d’une défiscalisation à hauteur de 50 % du montant investi en raison du statut d’entreprise de presse solidaire d’information du média).
- Autres actionnaires (une cinquantaine, essentiellement des particuliers) : 49,4 %, dont Mediapart (2,8 %) et Indigo Publications (1,4 % – éditeur de La Lettre et de la Revue XXI).
Mediapart est entré au capital en avril 2018 lors d’une levée de fonds de 431 000 €, en apportant 50 000 € (soit 3,48 % des parts à l’époque). Les liens entre les deux rédactions sont anciens et profonds : plusieurs cofondateurs écrivaient déjà pour Mediapart avant la création de Mediacités. Depuis 2017, les deux médias collaborent régulièrement via des copublications ou échanges d’enquêtes (Football Leaks à Lille, Malta Files, affaires immobilières d’April à Lyon, couvertures des municipales 2020). Mediapart reprend parfois des articles locaux de Mediacités et vice-versa. Des journalistes de Mediacités interviennent également dans les émissions de Mediapart.
Bilan comptable, dons et aides publiques
Mediacités bénéficie du statut d’information politique et générale (IPG) grâce à son inscription CPPAP, justifiant la réduction d’impôt de 66 % aux donateurs (dans la limite de 20 % du revenu imposable). Les dons ont fortement augmenté en 2024, passant d’environ 34 421 € en 2023 à près de 61 000 €, avant de reculer de 13 % en 2025 (env. 53 000€). Soit plus de 150 000€.
Le média perçoit également des subventions d’exploitation (6 000 € en 2023) et des aides au pluralisme du ministère de la Culture : 107 701 € en 2022 (double versement), environ 53 850 € en année normale, avec une baisse de 8 % en 2025. Le chiffre d’affaires progresse régulièrement : 433 000 € en 2023, plus de 500 000 € en 2024 (+15,3 %) et 549 878 € en 2025 (+9,97 %).
Après des années en difficulté, Mediacités annonce pour 2025 son premier exercice bénéficiaire avec un résultat net positif de + 2 425 €. L’entreprise a remboursé ses derniers prêts et se trouve quasiment désendettée.
Un élément notable apparaît dans leur exercice fiscal déposé en 2024. Dans la rubrique « Détail du passif », figurent les emprunts et dettes des six fondateurs, mais le septième, Sylvain Morvan, n’y est pas mentionné, contrairement aux autres.

Les journalistes complètent leurs revenus par la revente d’articles et des prestations (notamment pour L’Émission politique sur France 2). Médiacités entretient donc un modèle hybride reposant sur des dons déductibles et des investissements privés tout en recevant des aides publiques.
Contacté par nos soins, Benjamin Peyrel, directeur de la rédaction, affirme ainsi que « Mediacités est un média indépendant, reconnu d’Information politique et générale (IPG) par l’administration. À ce titre, Médiacités peut percevoir des dons déductibles d’impôt au travers de l’association loi 1901 ». Il ajoute que « les premiers dons reçus par Mediacités via ce dispositif datent de septembre 2019 et qu’ils n’ont jamais été contrôlés par l’administration fiscale à ce propos ».
Jean-Charles Soulier

