Accueil E Veille médias E Menace sur la presse identitaire : Erik Tegnér condamné pour avoir enquêté sur le « business migratoire »

Menace sur la presse identitaire : Erik Tegnér condamné pour avoir enquêté sur le « business migratoire »

20 juin 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Faire un don à l'OJIM

Faire un don à l'OJIM
Levé 25 117,97€
Objecif 30 000,00€
Donateurs 249
83,7%

Le directeur de la pub­li­ca­tion de Fron­tières, Erik Teg­nér, a été con­damné le 18 juin par le tri­bunal cor­rec­tion­nel de Bobigny à six mois de prison avec sur­sis et 30 000 euros d’amende et dom­mages et intérêts. La peine a été pronon­cée non pour diffama­tion, mais pour divul­ga­tion de don­nées per­son­nelles d’avocats, issue de la loi « Samuel Paty ». Une déci­sion qui soulève de sérieuses ques­tions sur l’usage de cette infrac­tion con­tre une enquête journalistique.

« C’est un procès éminem­ment poli­tique, et qui est sidérant », s’est défendu le 18 juin sur CNews Erik Teg­n­er, directeur de pub­li­ca­tion de Fron­tières, quelques heures après l’annonce de sa condamnation.

En jan­vi­er 2025, sa revue avait visé les avo­cats « coupables » de la « sub­mer­sion migra­toire. Le mag­a­zine iden­ti­taire avait ain­si pub­lié une longue enquête sur les recours en matière d’immigration devant les tri­bunaux admin­is­trat­ifs. Ses jour­nal­istes avaient révélé com­ment cer­tains avo­cats spé­cial­isés en droit des étrangers mul­ti­plient les procé­dures con­tre les déci­sions de refus de titre de séjour, sou­vent financées par l’aide juri­dic­tion­nelle publique.

Fron­tières a analysé les pra­tiques sur une péri­ode de deux mois (octo­bre-novem­bre 2024) dans les 31 tri­bunaux admin­is­trat­ifs les plus sol­lic­ités. Exem­ple : un avo­cat lié à l’association Utopia 56 avait ain­si déposé 93 recours devant les tri­bunaux de Paris et Cer­gy. Autre cas : deux asso­ciés lyon­nais en traitaient en moyenne trois par jour, soit 135 dossiers en deux mois. L’enquête pointait égale­ment le fait que cer­taines pré­fec­tures étaient mal défendues, avec des avo­cats poli­tique­ment engagés pour la régu­lar­i­sa­tion des étrangers assur­ant par­fois la défense de l’État.

Des avo­cats plaig­nants ont engagé des pour­suites, le Syn­di­cat des avo­cats de France (SAF) s’était con­sti­tué par­tie civile. Ils sou­ti­en­nent que la pub­li­ca­tion les a exposés à des risques. Lors de l’audience d’avril 2026 relatée par L’Humanité, le prési­dent du tri­bunal Youssef Badr avait demandé à Erik Teg­nér : « Vous n’avez pas l’impression d’avoir mis une cible dans le dos de ces avo­cats ? », « Mort à ces col­la­bos », « Guil­lo­tine », « À cha­cun une balle », « Des traîtres qui défend­ent des ter­ror­istes » : le jour­nal com­mu­niste a dénon­cé les mes­sages reçus, et le cyber­har­cèle­ment, vécu par cer­tains d’entre eux.

Voir aus­si : CNews mise en demeure : l’ARCOM fran­chit un cap dans le con­trôle éditorial

« Une procédure-bâillon »

Erik Teg­n­er a donc été con­damné à six mois de prison avec sur­sis et 30 000 euros d’amende et dom­mages et intérêts, sur le fonde­ment de l’article 223–1‑1 du Code pénal issu de la loi « Samuel Paty » inter­dis­ant la divul­ga­tion de don­nées per­son­nelles des avocats.

L’avocat de la défense, Me Frédéric Pichon, cité par l’AFP, a fustigé une « procé­dure-bâil­lon » et une ten­ta­tive d’intimidation judi­ci­aire. Erik Teg­nér a plaidé l’intérêt pub­lic, insis­tant sur le fait que l’enquête repo­sait sur des don­nées publiques et véri­fi­ables, sans inten­tion de nuire et sans pré­cis­er les adress­es per­son­nelles : « À aucun moment, il n’a été ques­tion de livr­er des avo­cats à la vin­dicte. (Indi­quer) une ville ne peut pas met­tre en dan­ger un avo­cat ». Les per­son­nes visées avaient de sur­croît été con­tac­tées pour assur­er le contradictoire.

Un soutien pour le moins inattendu

« Unpop­u­lar opin­ion, je pense que cette con­damna­tion est une mau­vaise nou­velle », a tweeté Math­ieu Molard… l’un des rédac­teurs en chef du média d’extrême-gauche Street­press. Un sou­tien inat­ten­du, mais toute­fois d’une grande hon­nêteté intel­lectuelle : « Un jour, on se pren­dra la “jurispru­dence Teg­n­er” dans un dossier », a‑t-il prévenu avec clairvoyance.

Un juge militant ?

De leur côté, les par­ti­sans de Fron­tières ont con­tre-attaqué à leur manière, révélant que le juge ayant con­damné Teg­n­er était Youssef Badr, prési­dent de l’association La Courte échelle, dont l’ambition est de pouss­er les can­di­da­tures de juristes issus des minorités au sein de la mag­i­s­tra­ture. De quoi s’interroger sur sa véri­ta­ble objectivité.

Pour Fron­tières, le com­bat con­tin­ue : « On ira jusqu’au bout », a affir­mé Erik Teg­nér hier, appelant ses lecteurs à le soutenir.

L’affaire inter­vient dans la foulée d’une déci­sion de l’Arcom s’ingérant dans la ligne édi­to­ri­ale d’un média privé, visant le manque de plu­ral­isme de CNews. À croire qu’autorités admin­is­tra­tives et mag­is­trats se relaient pour étouf­fer les médias jugés plus identitaires.

Édouard Chan­ot

SOS

Cet article vous a plu ? Il a pourtant un coût. L’OJIM vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs. Après déduction fiscale, un don de 100 € revient à 34 €.

Mots-clefs :