Un homme presque décapité, un œil poignardé, des voisins obligés d’intervenir pour empêcher un migrant soudanais de commettre un meurtre en pleine rue. Pourtant, dans les grands médias français, l’affaire de Belfast a rapidement basculé. Une tentative de meurtre ultra-violente impliquant un réfugié soudanais est devenue un récit sur « les violences anti-immigrés » de « l’extrême droite ». Encore une fois, le traitement médiatique s’est déplacé du crime initial vers les réactions qu’il a provoquées. Décryptage.
Une tentative de meurtre d’une violence extrême
Lundi 8 juin, à Belfast : Stephen Ogilvie est agressé dans la rue par Hadi Alodid, un Soudanais de 30 ans. Selon les éléments présentés devant le tribunal, l’homme l’aurait maintenu au sol avant de le poignarder à plusieurs reprises à la tête, au cou, au dos et aux yeux. La victime, toujours hospitalisée dans un état grave, a perdu son œil gauche.
Initialement, la scène aurait pu se terminer en décapitation sans l’intervention de riverains, dont Matt McKiernan, courageux Nord-Irlandais qui a frappé l’agresseur avec une crosse de hurling afin de l’immobiliser. Mercredi matin, le suspect a comparu devant le tribunal de Belfast. Il a été inculpé pour tentative de meurtre, port d’arme blanche et menaces de mort contre du personnel hospitalier.
L’affaire a provoqué un choc immense en Irlande du Nord. La vidéo de cette agression a circulé massivement en ligne sur les réseaux sociaux, engendrant une vague de colère et des manifestations contre l’immigration dans plusieurs quartiers de Belfast, le mardi 9 juin.
Effet loupe
Face aux bus incendiés, aux immeubles en feu, aux affrontements avec la police, l’angle des médias et des agences de presse a basculé vers « les violences anti-immigrés » et les « tensions alimentées par l’extrême-droite » à Belfast. Bien sûr, il répond à une réalité factuelle. Le 9 juin, la dépêche maintient l’équilibre entre l’agression sauvage et les émeutes. Mais plusieurs médias vont éclipser le fait générateur ou regretter « une instrumentalisation ».


TF1 va même jusqu’à publier une vidéo appelée : « Tensions à Belfast : comment la violence anti-immigrés s’enracine en Irlande du Nord », qui relativise simplement l’« attaque au couteau imputée à un réfugié soudanais ».

La Croix titre : « En Irlande du Nord, la main de l’extrême droite derrière les émeutes à Belfast », tout en n’évoquant qu’une simple « attaque au couteau ». La réalité travestie.

Le schéma rappelle celui déjà observé dans l’affaire Henry Nowak en Angleterre la semaine passée : le fait de société devient un fait divers, par nature secondaire. La tentative de meurtre d’un Irlandais par un Soudanais n’est évoquée qu’en arrière-plan. Elle est euphémisée, comme de nombreuses affaires impliquant une personne immigrée (Henry Nowak, Grooming gangs, Crépol, Lola, Philippine…).
Puis la réaction au fait divers devient le véritable sujet. La focale médiatique se déplace rapidement vers « l’instrumentalisation par l’extrême droite », « la récupération politique » et les débordements des manifestations. Ces médias insistent aussi sur les « tensions attisées par les réseaux sociaux » et les appels à manifester relayés par Tommy Robinson ou Elon Musk. La condamnation morale des réactions populaires s’impose en quelques heures.
Ainsi la question première disparaît-elle : « Pourquoi et comment un réfugié soudanais arrivé il y a trois ans à Belfast via Paris puis Dublin a‑t-il pu commettre un tel acte de barbarie ? », devient une affirmation : « L’extrême droite » exploite politiquement une attaque au couteau.
Une hiérarchie éditoriale qui trahit le narratif dominant. D’autant plus que cette affaire de Belfast n’a en effet pas donné lieu en France à une émotion comparable à celles observées pendant d’autres affaires fortement politisées (George Floyd, Nahel Merzouk).
À qui la récupération ?
Sans surprise, côté politique, la gauche radicale n’a pas été en reste. La palme de la désinformation revient au député insoumis Thomas Portes, qui évoque des néonazis et des suprémacistes blancs. Le message est clair : si vous réagissez quand un migrant soudanais vous agresse au couteau, vous êtes un raciste.

Il faut recadrer l’analyse
La donne a toutefois changé. Les médias alternatifs et identitaires (Fdesouche, Breizh-Info, Frontières) ouvrent une brèche dans laquelle des médias comme CNews, Europe 1 ou Valeurs actuelles s’engagent.
De ce côté, la focale est autre : la parole est donnée aux Irlandais. Ce qui se joue à Belfast, c’est un soulèvement désespéré mais légitime d’un peuple qui refuse de se laisser égorger, un mouvement d’autodéfense populaire contre l’oppression de l’État et contre l’immigration de masse que ce dernier lui impose. Car s’il est pertinent de qualifier les manifestations de Belfast de « violences contre les immigrés », il l’est tout autant d’appréhender les violences structurelles et systémiques contre les autochtones. L’empathie peut-elle être à géométrie variable ?
Anthony Marinier

