Un appel à la grève reconductible a été lancé au sein de L’Équipe pour ce 8 mai, sur fond de tensions croissantes entre la rédaction et la direction. Au cœur du conflit : l’introduction de l’intelligence artificielle, jugée insuffisamment encadrée et concertée par les salariés.
Cette saison, L’Equipe n’est pas très soudée. À la suite d’une assemblée générale tenue le 4 mai, l’intersyndicale, soutenue par la Société des journalistes (SDJ), a appelé à une grève reconductible. Si plusieurs revendications sont avancées, la question de l’intelligence artificielle apparaît comme un point central de crispation.
Une introduction de l’IA contestée
Les syndicats dénoncent une mise en œuvre précipitée des outils d’intelligence artificielle. Dans leur communiqué, ils estiment que « sur l’IA, la direction avance à marche forcée en contournant le CSE et la SDJ ». Le principal sujet d’inquiétude concerne un projet de « bâtonnage automatique » des dépêches, c’est-à-dire leur reformulation via des outils automatisés. Les dépêches sont tirées dans la plupart des cas des agences de presse (AFP notamment).
Ce dispositif aurait été découvert par les représentants du personnel lors d’une présentation en comité social et économique (CSE) le 22 avril, sans discussion préalable. Les salariés dénoncent ainsi un manque de transparence et de concertation sur un sujet susceptible d’affecter en profondeur les méthodes de travail journalistiques.
Face à cette situation, l’intersyndicale demande notamment « la suspension des projets IA jusqu’à la mise en place d’une charte » associant direction, syndicats et représentants de la rédaction.
Un conflit qui dépasse la seule question technologique
Si l’intelligence artificielle cristallise les tensions, et qu’elle inquiète tout particulièrement dans les médias dominants, elle s’inscrit dans un climat plus large de désaccords. Les organisations syndicales évoquent une « accumulation de griefs » : dégradation des conditions de travail, suppressions de postes, négociations salariales à l’arrêt et interrogations sur la stratégie éditoriale.
Dans ce contexte, un vote sur une motion de défiance contre la direction déléguée des rédactions est organisé du 7 au 14 mai. La question posée aux salariés est explicite :
« Avez-vous confiance dans la capacité de la direction […] à préserver les emplois et à protéger la ligne éditoriale des titres de L’Équipe ? »
Cette initiative témoigne d’un niveau de défiance élevé, déjà perceptible ces derniers mois. En février, le départ du contesté directeur de la rédaction Mathias Gurtler, intervenu après une première motion de défiance, avait illustré les tensions internes.
L’IA, nouveau front social dans les médias
Au-delà du cas de L’Équipe, ce conflit reflète une évolution plus large du secteur. L’intégration de l’intelligence artificielle dans les rédactions soulève des questions à la fois économiques, éditoriales et déontologiques.
Pour les directions, ces outils peuvent représenter un levier d’efficacité et d’optimisation. Pour les salariés, ils suscitent des interrogations sur l’avenir des métiers, la qualité de l’information et les conditions de production éditoriale. La présentation, en avril, d’un système permettant de réécrire intelligemment des dépêches d’agence grâce à l’IA pour la Coupe du monde 2026 a particulièrement effrayé les élus lors d’un comité social et économique de l’entreprise.
À L’Équipe, la grève annoncée et la motion de défiance traduisent ainsi une volonté d’encadrer ces transformations. Plus largement, elles illustrent les tensions inhérentes à l’adaptation du secteur de la presse à l’ère de l’intelligence artificielle. Un sujet particulièrement sensible.
Selon les chiffres de l’Alliance pour les Chiffres de la Presse et des Médias (ACPM) de février 2026, la presse sportive en France (principalement incarnée par L’Équipe) résiste mieux que beaucoup d’autres secteurs grâce au numérique et aux événements sportifs majeurs, mais suit la tendance générale de la presse papier. L’Équipe atteignait en moyenne en 2025 238 000 exemplaires en Diffusion France Payée (DFP), soit le troisième quotidien national derrière Le Monde (560 000) et Le Figaro (387 000). Son « print » a augmenté étonnamment de 5% et son numérique de 11%.

