À la veille de sa publication, le rapport Alloncle sur l’audiovisuel public a encore fait l’objet d’une offensive médiatico-judiciaire. Une plainte contre X, immédiatement présentée comme visant personnellement le rapporteur, sert désormais d’argument à ses adversaires pour délégitimer un travail parlementaire explosif. De nouvelles fuites dans la presse ont de surcroît précisé le contenu du rapport.
Le rapport de Charles Alloncle sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » doit être rendu public mardi 5 mai 2026, après son adoption de justesse le 27 avril par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale. Près de 400 pages, environ 80 propositions, une remise en cause du coût, de l’organisation et de la neutralité du service public : avant même sa publication, le document et désormais le rapporteur ont fait face à une énième contre-offensive en règle. Et cette fois-ci, l’attaque a d’abord été judiciaire.
Une plainte contre X transformée en intox médiatique
L’association AC !! Anti-Corruption a annoncé avoir déposé, samedi 2 mai, une plainte contre X devant le Parquet national financier pour « prise illégale d’intérêts » et « trafic d’influence passif ». Elle s’appuie sur les révélations du Monde du 26 avril, selon lesquelles Lagardère News aurait envoyé des propositions de questions à plusieurs députés membres de la commission.
Mais la présentation médiatique de cette procédure mérite examen. Le Monde, ce 4 mai, titre que Charles Alloncle est « visé par une plainte pour prise illégale d’intérêts », tout en indiquant dans son propre article que la plainte est déposée contre X.
Le même raccourci se retrouve ailleurs : Le Point, aussi le 4 mai, écrit qu’AC !! a déposé plainte « contre le rapporteur Charles Alloncle et la direction de Lagardère News ». L’Humanité, toujours le même jour, évoque un rapporteur « visé par une plainte ».
Comme pour illustrer les critiques du rapporteur sur les médias publics, c’est également Public Sénat, le même jour, qui s’est illustré, indiquant que l’association avait « saisi la justice contre Charles Alloncle ».
Or, une plainte contre X ne désigne pas formellement une personne comme mise en cause.
« Une tentative de diversion »
Invité de RTL, Charles Alloncle a répondu frontalement :
« Contrairement aux fausses informations diffusées par Le Monde, la plainte n’est pas déposée contre moi, elle est déposée contre X. »
Le rapporteur reconnaît avoir reçu des questions, comme d’autres parlementaires, mais affirme ne pas les avoir utilisées. Il y voit « une énième tentative de diversion » destinée à « jeter le discrédit » sur son rapport, à quelques heures de sa publication.
🚨Enorme désinformation du Monde qui annonce qu’une plainte a été déposée contre Charles Alloncle pour “prise illégale d’intérêts” : la plainte a en réalité été déposée contre X.
“C’est une tentative de diversion pour jeter le discrédit sur le rapport”.pic.twitter.com/u04JBFIKxI
— Observatoire du journalisme (Ojim) (@ojim_france) May 4, 2026
La défense n’est pas absurde. Dans les commissions parlementaires, les acteurs concernés transmettent régulièrement notes, suggestions, chiffres ou angles de questionnement de la part d’associations, de syndicats, de salariés, d’entreprises et de citoyens. C’est précisément ce que l’on appelle le lobbying. La vraie question serait donc de savoir si le rapporteur a repris ces éléments, s’il en a tiré un intérêt personnel, et si l’impartialité de la commission a été altérée. À ce stade, aucune enquête judiciaire n’a établi de tels faits.
Les fuites, l’autre front de la bataille
L’autre volet concerne les fuites du rapport. Sur RTL, Charles Alloncle a affirmé qu’« une députée socialiste pourrait être à l’origine des fuites », jugeant cela « inacceptable ». Cette accusation, prudente dans sa formulation, intervient alors que la gauche a multiplié les critiques contre le rapport, dénonçant un texte « à charge », voire un « pamphlet idéologique ».
“Le rapport sera rendu public mardi matin : une députée socialiste pourrait être à l’origine des fuites, c’est inacceptable”@CHAlloncle, le rapporteur de la commission, face à @ThomasSotto dans #RTLMatin pic.twitter.com/H80EhYf96x
— RTL France (@RTLFrance) May 4, 2026
En demandant des économies, une réforme du périmètre et une exigence de neutralité plus stricte, Charles Alloncle touche un pilier idéologique de la gauche médiatique. D’où cette impression d’Empire qui contre-attaque : avant même que les Français puissent lire le rapport, ses adversaires cherchent déjà à en délégitimer l’auteur.
Dix mesures choc
Le Figaro de son côté a révélé hier lundi dans la matinée dix mesures choc du rapport Alloncle pour réformer l’audiovisuel public. Objectif affiché : réaliser 1 milliard d’euros d’économies, soit plus du quart de la dotation actuelle.
- Supprimer ou fusionner des chaînes : fusions de France 2/France 5, Franceinfo/France 24 et France 3/France Bleu, fermeture de France 4, le Mouv et Slash, pour 460 millions d’euros d’économies.
- Réduire drastiquement jeux et sport : –75 % sur les jeux, –33 % sur le sport. Fin de la téléréalité, mais sanctuarisation du Tour de France, de Roland-Garros et du tournoi des Six Nations.
- Pluralisme à France Inter : remplacer les éditorialistes « maison » par des plumes de la presse privée et créer une plateforme citoyenne pour suggérer des sujets et signaler des biais.
- Renforcer le devoir de réserve : sanctionner les prises de position politiques des salariés sur les réseaux sociaux.
- Nomination des PDG par l’Élysée : fin de la désignation par l’Arcom, placée sous tutelle du Premier ministre.
- Rendre transparente la commande publique : appels d’offres obligatoires, plafonner à 10% du budget par maison de production et priorité aux indépendants français/européens.
- Lutter contre les conflits d’intérêts : interdiction aux animateurs d’être producteurs, déclarations d’intérêts strictes et délai de carence sur les reconversions.
- Réinternaliser les programmes : retour en interne de C à vous, C ce soir, Cash Investigation, etc.
- Mutualisation et chasse aux doublons : fusion des fonctions support des postes de direction entre France TV et Radio France.
- Fin des privilèges : plafond à 3 M€ pour Cannes, réduction des voitures de fonction et des frais de réception.
Ces propositions, qui ont déjà provoqué une vive réaction de la direction de France Télévisions, marquent une volonté claire de reprendre le contrôle du service public. Pas de doute : le débat ne fait que commencer.
Rodolphe Chalamel

