Suspense : le rapport du député Charles Alloncle, fruit de plusieurs mois d’enquête sur l’audiovisuel public, est depuis ce 23 avril examiné dans des conditions strictes par les parlementaires. Son avenir dépend d’un vote crucial prévu le 27 avril, qui pourrait sceller sa publication… ou son effacement. Mais le député a déjà fait œuvre utile.
Le rapport de 300 pages rédigé par Charles Alloncle est entré ce matin dans une phase décisive. Les trente et un députés de la Commission d’enquête sur l’audiovisuel public disposent de quelques jours, entre le 23 et le 27 avril, pour consulter ce document dans un cadre extrêmement sécurisé : consultation sur place, sans copie ni diffusion possible. Ils peuvent toutefois prendre des notes, rapporte Le Figaro.
Si une majorité des membres de la commission approuve le texte, celui-ci sera rendu public. En revanche, en cas de rejet, il restera confidentiel et ne pourra être ni diffusé ni commenté pendant plusieurs décennies, sous peine de sanctions pénales. Le député Charles Alloncle a prévenu que le travail titanesque de la Commission (près de 70 auditions de 250 personnalités en cinq mois) était clairement menacé.
Vote à main levée lundi
« Un vote défavorable à la publication du rapport constituerait un fait d’une extrême gravité », alertait Charles Alloncle auprès de l’OJIM il y a quelques jours. Et d’ajouter :
« L’enjeu dépasse largement la seule question de la publication : il touche au fonctionnement même de nos institutions démocratiques. »
Dans le fond, l’élu a révélé de nombreuses gabegies et la gestion peu vertueuse de l’audiovisuel public. Ses conclusions et propositions sont attendues.
Lundi prochain, dans l’après-midi, les trente et un députés se réuniront. Ils voteront pour ou contre la publication du rapport, à main levée.
Parmi eux, dix élus de droite (RN/UDR, LR), a priori tous favorables à la publication du rapport. La Commission compte aussi dix élus de gauche, réputés pour leur soutien à l’audiovisuel public et leur hostilité de principe à la droite, mais trop peu nombreux pour enterrer à eux seuls le rapport ou renverser les circonstances.
« Le travail est déjà fait »
En effet, même parmi eux, le sens des réalités gagne du terrain. « Si on le censure, ce sera pire », a estimé l’élue Ayda Hadizadeh le 19 avril sur LCP, s’interrogeant sur « le moins pire des pièges ». Face aux centaines de vidéos des auditions ayant d’ores et déjà été diffusées sur les réseaux sociaux, même les députés hostiles doutent eux-mêmes de l’intérêt d’un vote défavorable, refusant de faire de Charles Alloncle un martyr pour sa cause.
« Le travail est déjà fait », nous confiait ce 23 avril la députée RN/Identité-Liberté Anne Sicard, se réjouissant de la mobilisation populaire :
« Aucune commission n’a été à ce point suivie. »
En 2011, un rapport parlementaire sur les financements des syndicats avait été enterré. Quinze ans plus tard, à l’ère des réseaux sociaux, le coup de force apparaît aussi impensable qu’inutile.
Au centre, les deux élus Modem envisagent selon Le Figaro de s’abstenir. Bien sûr, le député Erwan Balanant, qui avait menacé Charles Alloncle en février dernier (« t’inquiète, on va te régler »), pourrait voter contre pour raisons personnelles, mais il rappellerait au passage son manque d’élégance. En votant pour, il révélerait au contraire un bel esprit sportif.
Les opposants d’Alloncle au pied du mur
Jérémie Patrier-Lethuis, président de la commission et membre du parti Horizons, se disait le 19 avril dernier dans La Tribune « favorable par principe à sa publication », avant même de l’avoir lu. Selon lui, « les Français sont des citoyens responsables capables de juger par eux-mêmes des méthodes employées, de faire le tri entre les propositions et de se forger leur propre opinion ». Et le député d’ajouter que le rapport inclura aussi ses propositions et des contributions de chaque groupe politique. Si les cinq élus du parti présidentiel s’alignent sur ce constat de bon sens, Charles Alloncle aura son rapport.

