Accueil E Veille médias E Challenges devant le Conseil d’État : RSF et les syndicats cherchent à rouvrir le match

Challenges devant le Conseil d’État : RSF et les syndicats cherchent à rouvrir le match

19 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Faire un don à l'OJIM

Faire un don à l'OJIM
Levé 3 299,99€
Objecif 30 000,00€
Donateurs 44
11,0%

Après le rachat de Chal­lenges par LVMH fin 2025, RSF et plusieurs syn­di­cats de jour­nal­istes ont saisi le Con­seil d’État en référé. Offi­cielle­ment, il s’agit de défendre le plu­ral­isme, en creux, cette nou­velle offen­sive judi­ci­aire pose aus­si la ques­tion de la sélec­tiv­ité des mobil­i­sa­tions dans le débat sur la con­cen­tra­tion médiatique.

Le dossier Chal­lenges s’invite donc à nou­veau sur le ter­rain juri­dic­tion­nel. Le 12 mars, RSF, le SNJ, le SNJ-CGT et d’autres représen­tants des salariés ont demandé au Con­seil d’État d’enjoindre l’État à appli­quer effec­tive­ment le règle­ment européen sur la lib­erté des médias, l’EMFA, dont l’essentiel des dis­po­si­tions est applic­a­ble depuis le 8 août 2025. Leur argu­ment est sim­ple : le rachat du mag­a­zine par LVMH, final­isé le 30 décem­bre 2025, aurait dû faire l’objet d’une éval­u­a­tion préal­able au regard du plu­ral­isme et de l’indépendance éditoriale.

Une bataille juridique à forte portée symbolique

Sur le fond, les requérants s’appuient sur l’article 22 de l’EMFA, qui prévoit que les États mem­bres se dotent de règles per­me­t­tant d’évaluer les con­cen­tra­tions médi­a­tiques sus­cep­ti­bles d’avoir un effet sur le plu­ral­isme. RSF sou­tient que la France n’a pas encore cor­recte­ment mis en œuvre ce dis­posi­tif, créant un vide dont auraient prof­ité plusieurs opéra­tions récentes.

Le cas Chal­lenges est d’autant plus sen­si­ble que LVMH déte­nait déjà Les Échos, Inve­stir, L’Opinion et L’Agefi au moment du rachat alors que Bernard Arnault témoigne un grand intérêt pour la presse depuis quelques années. Les représen­tants de la rédac­tion red­outent donc une con­cen­tra­tion ren­for­cée dans la presse économique, ain­si qu’une remise en cause de leur charte d’indépendance, dénon­cée par le nou­v­el action­naire en févri­er, ce qui a con­tribué à une motion de défi­ance votée par les salariés des titres concernés.

Un combat de principe… à géométrie variable

Que la con­cen­tra­tion médi­a­tique mérite débat, nul n’en dis­con­vient. Mais l’activisme de RSF et des syn­di­cats laisse aus­si une impres­sion plus ambiva­lente. Les mêmes acteurs se mon­trent volon­tiers max­i­mal­istes lorsqu’un groupe iden­ti­fié comme con­ser­va­teur ou hos­tile à leurs pro­pres sen­si­bil­ités s’étend dans les médias ; ils appa­rais­sent sou­vent plus dis­crets quand d’autres formes de dépen­dance, publiques, sub­ven­tion­nelles ou idéologiques, pèsent sur cer­taines rédactions.

Autrement dit, la défense du plu­ral­isme sem­ble par­fois servir de pro­longe­ment à un rap­port de forces politi­co-cul­turel. Dans cette affaire, RSF et les syn­di­cats dénon­cent le pou­voir d’un grand action­naire privé. Pour­tant, la vie économique des médias français repose depuis longtemps sur de puis­sants pro­prié­taires, des appuis cap­i­tal­is­tiques ou des mécènes, y com­pris dans des titres réputés proches de la gauche ou du cen­tre. L’émotion sélec­tive n’aide pas tou­jours à clar­i­fi­er le débat.

Derrière le droit, une question plus large

Le recours devant le Con­seil d’État a d’ailleurs peu de chances d’aboutir en urgence, plusieurs obser­va­teurs rel­e­vant que l’opération est déjà réal­isée. Il n’en reste pas moins que cette séquence illus­tre un déplace­ment du débat médi­a­tique vers le pré­toire : faute de rap­port de force édi­to­r­i­al, on cherche désor­mais des garde-fous dans le juge et dans le droit européen.

Reste une ques­tion de fond : veut-on réelle­ment défendre le plu­ral­isme, ou bien empêch­er cer­tains pro­prié­taires de peser davan­tage que d’autres ? Entre principe juridique et bataille d’influence, l’affaire Chal­lenges mon­tre surtout que, dans les médias aus­si, la con­cur­rence n’est jamais seule­ment économique.

SOS

Cet article vous a plu ? Il a pourtant un coût. L’OJIM vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs. Après déduction fiscale, un don de 100 € revient à 34 €.