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Les médias mainstream en sursis ? Une étude dénonce leur fragilité économique

6 février 2026

Temps de lecture : 6 minutes
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Les médias mainstream en sursis ? Une étude dénonce leur fragilité économique

Temps de lecture : 6 minutes

Les médias mainstream en sursis ? Une étude dénonce leur fragilité économique

Selon le dernier baromètre La Croix – Ver­ian – La Poste, en 2026, 61% des Français se déclar­ent défi­ants envers les médias. Cette défi­ance des Français – ajoutée à la baisse des revenus pub­lic­i­taires – frag­ilise les médias tra­di­tion­nels. L’ARCOM et le min­istère de la Cul­ture ont donc com­mandé une étude sur le coût de pro­duc­tion de l’information en France. Le résul­tat est sans appel : les médias français – publics en par­ti­c­uli­er – sont défici­taires et leur mod­èle économique doit être réformé.

Les Français toujours passionnés par l’actualité

L’information poli­tique et générale en France repose sur un écosys­tème pluriel com­bi­nant télévi­sion, radio, presse écrite, médias numériques et agences de presse. Ces dif­férents vecteurs jouent des rôles com­plé­men­taires dans l’accès du pub­lic à l’actualité, même si leurs usages évolu­ent forte­ment sous l’effet du numérique.

La télévi­sion et la radio con­ser­vent ain­si une place cen­trale dans l’information quo­ti­di­enne, tan­dis que la presse et les sites d’information en ligne struc­turent davan­tage l’analyse et l’approfondissement. En 2024, 180 000 heures d’in­for­ma­tion ont été dif­fusées par le secteur de l’au­dio­vi­suel (télévi­sion et radio). La presse d’in­for­ma­tion poli­tique et générale a, quant à elle, pub­lié plus de 40 000 titres dont la moitié provient de la presse quotidienne.

L’information générale atteint la pre­mière place en vol­ume dans la pro­gram­ma­tion. Les Français sont donc tou­jours pas­sion­nés par l’actualité et les infor­ma­tions générales.

La presse quo­ti­di­enne nationale (PQN) con­serve son rôle pré­dom­i­nant dans la délivrance de l’information. Cette dernière traite prin­ci­pale­ment de l’actualité générale, poli­tique, économique ou cul­turelle, nationale et inter­na­tionale. La PQN a con­sid­érable­ment dévelop­pé sa présence sur Inter­net et 70 % de son audi­ence se con­cen­tre via ses décli­naisons en ligne (sites, appli­ca­tions, newsletters).

La presse quo­ti­di­enne régionale reste en revanche attachée au papi­er (20% de son audi­ence sur Inter­net). Les radios et télévi­sions ont elles aus­si dif­fusé leurs con­tenus via des plate­formes de stream­ing (MyTF1, France.tv, 6play), des pod­casts ou des chaînes YouTube.

2,9 milliards d’euros en 2024

Selon le rap­port sur la pro­gram­ma­tion des télévi­sions gra­tu­ites nationales réal­isé par l’ARCOM pour l’année 2024, l’information occupe la pre­mière place de la pro­gram­ma­tion pour la sep­tième année consécutive.

Mais cette infor­ma­tion a un coût : la pro­duc­tion d’information poli­tique et générale a coûté « 2,9 mil­liards d’euros aux médias en 2024 en France ». Sur ces 2,9 mil­liards, la presse papi­er représente 38% des coûts de pro­duc­tion, suiv­ie de la télévi­sion (35%), des agences de presse (14%), de la radio (11%) et des ser­vices de presse tout en ligne (2%). Plus de 70 % des coûts sont liés à la masse salar­i­ale, soulig­nant que la créa­tion de con­tenus fiables repose avant tout sur l’investissement humain – jour­nal­istes, rédac­teurs, tech­ni­ciens, etc.

Ces coûts sont en grande par­tie fix­es ou dif­fi­ciles à réduire sans affecter la qual­ité ou la quan­tité des con­tenus pro­posés, ce qui place les entre­pris­es de presse face à une con­trainte struc­turelle majeure.

Un con­stat clé qui en découle est que de nom­breuses struc­tures ne parvi­en­nent pas à équili­br­er leurs comptes : selon les don­nées recueil­lies dans l’étude, plus de la moitié des médias inter­rogés étaient défici­taires en 2024. La fragilité économique touche tout par­ti­c­ulière­ment les mod­èles dépen­dant forte­ment de la pub­lic­ité, qui voient leurs revenus tra­di­tion­nels déclin­er sous la pres­sion des acteurs numériques majeurs.

Érosion des revenus publicitaires traditionnels

De manière générale, les trois prin­ci­pales sources de revenus des médias main­stream sont : la vente au numéro et par abon­nements, les recettes pub­lic­i­taires, les dota­tions publiques.

His­torique­ment, la pub­lic­ité a été une source cen­trale de finance­ment pour les médias, per­me­t­tant de sub­ven­tion­ner une par­tie de la pro­duc­tion jour­nal­is­tique et d’offrir des con­tenus à des coûts acces­si­bles ou gra­tu­its pour le pub­lic. Or, l’étude met en lumière une éro­sion des revenus pub­lic­i­taires tra­di­tion­nels : les recettes issues des annon­ceurs pour les médias d’information sont en recul, tan­dis que les géants numériques captent une part crois­sante de ces flux.

Quant aux ventes au numéro et par abon­nement, elles ont chuté de moitié en moins de dix ans, pas­sant « de 5,4 mil­lions d’exemplaires par jour en moyenne en 2015 à 2,7 mil­lions en 2024 ».

Enfin les dota­tions publiques sont en baisse en 2025 de 26,9 mil­lions d’euros par rap­port à 2024, soit près de -1 %, et le pro­jet de loi de finances de 2026 prévoit -71 mil­lions par rap­port à 2025.

Néan­moins, la France reste le pays européen « qui se dis­tingue par l’ampleur et la diver­sité de son dis­posi­tif d’aides à la presse ».

Voir aus­si : Panora­ma des aides à la presse en 2024 : infographie

Produire davantage avec moins de ressources

Ce tarisse­ment des sources de revenus de la presse a deux con­séquences prin­ci­pales : d’une part, les médias tra­di­tion­nels se retrou­vent dans une sit­u­a­tion où ils doivent pro­duire davan­tage avec moins de ressources ; d’autre part, la struc­ture du finance­ment est de plus en plus dom­inée par des plate­formes numériques dont les mod­èles économiques ne sont pas directe­ment liés à la pro­duc­tion de con­tenus d’information mais à la vente d’espaces pub­lic­i­taires et aux don­nées. Cette évo­lu­tion frag­ilise la capac­ité des médias à inve­stir dans un jour­nal­isme de qual­ité et à assur­er leur péren­nité économique.

« Sauver les médias mainstream »

Alors quelles solu­tions pro­pose le rap­port ? Face au déclin des recettes pub­lic­i­taires, cer­tains acteurs cherchent à diver­si­fi­er leurs sources de revenus. Les straté­gies inclu­ent : le développe­ment d’offres payantes ou d’abonnements numériques, la mise en place de con­tenus pre­mi­um ou à accès réservé et la val­ori­sa­tion des con­tenus via des accords avec des plate­formes numériques qui les dis­tribuent ou les partagent.

Cepen­dant, ces mod­èles alter­nat­ifs se heur­tent à plusieurs obsta­cles. Une part impor­tante du pub­lic reste réti­cente à pay­er pour l’information, ce qui lim­ite l’expansion de mod­èles d’abonnement ou de micropaiement. Selon le rap­port, seule­ment « 7 % des Français déclar­ent pay­er un abon­nement à un site d’information en ligne » et en 2024, « seuls 20% des Français sont prêts à pay­er pour de l’information ».

De plus, les plate­formes numériques dom­i­nantes exer­cent une pres­sion con­cur­ren­tielle con­sid­érable sur les mod­èles économiques tra­di­tion­nels. Par leur capac­ité à capter une large audi­ence, elles attirent une part sig­ni­fica­tive des recettes pub­lic­i­taires et redéfinis­sent les pri­or­ités des annon­ceurs. À terme, cela mod­i­fie les struc­tures de finance­ment exis­tantes et crée un envi­ron­nement où les médias tra­di­tion­nels doivent rivalis­er avec des acteurs globaux dis­posant d’avantages com­péti­tifs importants.

Un secteur en mutation profonde

Pour répon­dre à ces défis, les solu­tions pour endiguer la sit­u­a­tion défici­taire des médias tra­di­tion­nels sont mul­ti­ples : opti­mi­sa­tion des coûts, mutu­al­i­sa­tion de cer­taines fonc­tions ou ser­vices des médias, inté­gra­tion d’innovations tech­nologiques comme l’intelligence arti­fi­cielle généra­tive, per­son­nal­i­sa­tion des con­tenus, développe­ment de for­mats payants dif­féren­ciés, val­ori­sa­tion de l’usage des con­tenus par les plate­formes numériques…

L’adaptation con­tin­ue des mod­èles économiques est indis­pens­able pour assur­er la résilience du secteur face aux muta­tions tech­nologiques et comportementales.

Pour con­clure, l’étude décrit un secteur en muta­tion pro­fonde, con­fron­té à des ten­sions entre coûts de pro­duc­tion élevés, revenus tra­di­tion­nels en recul et pres­sion con­cur­ren­tielle crois­sante des plate­formes numériques.

L’information poli­tique et générale demeure cen­trale dans l’écosystème médi­a­tique et dans le fonc­tion­nement démoc­ra­tique du pays, mais son finance­ment tra­di­tion­nel mon­tre des signes évi­dents de fragilité et d’instabilité.

Jean-Charles Souli­er