Selon le dernier baromètre La Croix – Verian – La Poste, en 2026, 61% des Français se déclarent défiants envers les médias. Cette défiance des Français – ajoutée à la baisse des revenus publicitaires – fragilise les médias traditionnels. L’ARCOM et le ministère de la Culture ont donc commandé une étude sur le coût de production de l’information en France. Le résultat est sans appel : les médias français – publics en particulier – sont déficitaires et leur modèle économique doit être réformé.
Les Français toujours passionnés par l’actualité
L’information politique et générale en France repose sur un écosystème pluriel combinant télévision, radio, presse écrite, médias numériques et agences de presse. Ces différents vecteurs jouent des rôles complémentaires dans l’accès du public à l’actualité, même si leurs usages évoluent fortement sous l’effet du numérique.
La télévision et la radio conservent ainsi une place centrale dans l’information quotidienne, tandis que la presse et les sites d’information en ligne structurent davantage l’analyse et l’approfondissement. En 2024, 180 000 heures d’information ont été diffusées par le secteur de l’audiovisuel (télévision et radio). La presse d’information politique et générale a, quant à elle, publié plus de 40 000 titres dont la moitié provient de la presse quotidienne.
L’information générale atteint la première place en volume dans la programmation. Les Français sont donc toujours passionnés par l’actualité et les informations générales.
La presse quotidienne nationale (PQN) conserve son rôle prédominant dans la délivrance de l’information. Cette dernière traite principalement de l’actualité générale, politique, économique ou culturelle, nationale et internationale. La PQN a considérablement développé sa présence sur Internet et 70 % de son audience se concentre via ses déclinaisons en ligne (sites, applications, newsletters).
La presse quotidienne régionale reste en revanche attachée au papier (20% de son audience sur Internet). Les radios et télévisions ont elles aussi diffusé leurs contenus via des plateformes de streaming (MyTF1, France.tv, 6play), des podcasts ou des chaînes YouTube.
2,9 milliards d’euros en 2024
Selon le rapport sur la programmation des télévisions gratuites nationales réalisé par l’ARCOM pour l’année 2024, l’information occupe la première place de la programmation pour la septième année consécutive.
Mais cette information a un coût : la production d’information politique et générale a coûté « 2,9 milliards d’euros aux médias en 2024 en France ». Sur ces 2,9 milliards, la presse papier représente 38% des coûts de production, suivie de la télévision (35%), des agences de presse (14%), de la radio (11%) et des services de presse tout en ligne (2%). Plus de 70 % des coûts sont liés à la masse salariale, soulignant que la création de contenus fiables repose avant tout sur l’investissement humain – journalistes, rédacteurs, techniciens, etc.
Ces coûts sont en grande partie fixes ou difficiles à réduire sans affecter la qualité ou la quantité des contenus proposés, ce qui place les entreprises de presse face à une contrainte structurelle majeure.
Un constat clé qui en découle est que de nombreuses structures ne parviennent pas à équilibrer leurs comptes : selon les données recueillies dans l’étude, plus de la moitié des médias interrogés étaient déficitaires en 2024. La fragilité économique touche tout particulièrement les modèles dépendant fortement de la publicité, qui voient leurs revenus traditionnels décliner sous la pression des acteurs numériques majeurs.
🚨PLUS de la MOITIÉ des médias d’information sont déficitaires en 2024. (ARCOM) pic.twitter.com/X0qFqHBYMa
— Observatoire du journalisme (Ojim) (@ojim_france) January 21, 2026
Érosion des revenus publicitaires traditionnels
De manière générale, les trois principales sources de revenus des médias mainstream sont : la vente au numéro et par abonnements, les recettes publicitaires, les dotations publiques.
Historiquement, la publicité a été une source centrale de financement pour les médias, permettant de subventionner une partie de la production journalistique et d’offrir des contenus à des coûts accessibles ou gratuits pour le public. Or, l’étude met en lumière une érosion des revenus publicitaires traditionnels : les recettes issues des annonceurs pour les médias d’information sont en recul, tandis que les géants numériques captent une part croissante de ces flux.
Quant aux ventes au numéro et par abonnement, elles ont chuté de moitié en moins de dix ans, passant « de 5,4 millions d’exemplaires par jour en moyenne en 2015 à 2,7 millions en 2024 ».
Enfin les dotations publiques sont en baisse en 2025 de 26,9 millions d’euros par rapport à 2024, soit près de -1 %, et le projet de loi de finances de 2026 prévoit -71 millions par rapport à 2025.
Néanmoins, la France reste le pays européen « qui se distingue par l’ampleur et la diversité de son dispositif d’aides à la presse ».
Voir aussi : Panorama des aides à la presse en 2024 : infographie
Produire davantage avec moins de ressources
Ce tarissement des sources de revenus de la presse a deux conséquences principales : d’une part, les médias traditionnels se retrouvent dans une situation où ils doivent produire davantage avec moins de ressources ; d’autre part, la structure du financement est de plus en plus dominée par des plateformes numériques dont les modèles économiques ne sont pas directement liés à la production de contenus d’information mais à la vente d’espaces publicitaires et aux données. Cette évolution fragilise la capacité des médias à investir dans un journalisme de qualité et à assurer leur pérennité économique.
« Sauver les médias mainstream »
Alors quelles solutions propose le rapport ? Face au déclin des recettes publicitaires, certains acteurs cherchent à diversifier leurs sources de revenus. Les stratégies incluent : le développement d’offres payantes ou d’abonnements numériques, la mise en place de contenus premium ou à accès réservé et la valorisation des contenus via des accords avec des plateformes numériques qui les distribuent ou les partagent.
Cependant, ces modèles alternatifs se heurtent à plusieurs obstacles. Une part importante du public reste réticente à payer pour l’information, ce qui limite l’expansion de modèles d’abonnement ou de micropaiement. Selon le rapport, seulement « 7 % des Français déclarent payer un abonnement à un site d’information en ligne » et en 2024, « seuls 20% des Français sont prêts à payer pour de l’information ».
De plus, les plateformes numériques dominantes exercent une pression concurrentielle considérable sur les modèles économiques traditionnels. Par leur capacité à capter une large audience, elles attirent une part significative des recettes publicitaires et redéfinissent les priorités des annonceurs. À terme, cela modifie les structures de financement existantes et crée un environnement où les médias traditionnels doivent rivaliser avec des acteurs globaux disposant d’avantages compétitifs importants.
Un secteur en mutation profonde
Pour répondre à ces défis, les solutions pour endiguer la situation déficitaire des médias traditionnels sont multiples : optimisation des coûts, mutualisation de certaines fonctions ou services des médias, intégration d’innovations technologiques comme l’intelligence artificielle générative, personnalisation des contenus, développement de formats payants différenciés, valorisation de l’usage des contenus par les plateformes numériques…
L’adaptation continue des modèles économiques est indispensable pour assurer la résilience du secteur face aux mutations technologiques et comportementales.
Pour conclure, l’étude décrit un secteur en mutation profonde, confronté à des tensions entre coûts de production élevés, revenus traditionnels en recul et pression concurrentielle croissante des plateformes numériques.
L’information politique et générale demeure centrale dans l’écosystème médiatique et dans le fonctionnement démocratique du pays, mais son financement traditionnel montre des signes évidents de fragilité et d’instabilité.
Jean-Charles Soulier


