Neuf mois après son arrivée à France Inter, Philippe Corbé est appelé à diriger l’information de France Télévisions, en remplacement d’Alexandre Kara, fragilisé par une succession d’erreurs à l’antenne. Derrière ce changement, le service public promet une « réinvention » à l’ère de l’IA.
France Télévisions change de patron pour ses rédactions et ses magazines d’actualité : Philippe Corbé quitte France Inter pour chapeauter l’info du groupe, tandis qu’Alexandre Kara est recasé dans un poste de « conseiller spécial » sur la transformation de l’information. La décision intervient après des mois de turbulences éditoriales et de critiques publiques, qui ont mis en lumière des failles de fabrication et de contrôle.
Une nomination sur fond de crédibilité abîmée
Les « couacs » ont marqué l’antenne à répétition : bandeaux erronés, confusions factuelles reprises d’un JT à l’autre, graphiques fautifs… Au point d’obliger la direction à annoncer un renforcement de la déontologie et des dispositifs de vérification, dont une « direction de la vérification et de l’intégrité de l’information » et un « comité éditorial de journalistes » issus d’un audit interne.
Dans ce contexte, Alexandre Kara, déjà placé sous surveillance hiérarchique en 2025 selon Le Monde, change de périmètre mais reste dans l’organigramme, ce qui permet au groupe d’éviter un désaveu trop frontal.
Philippe Corbé, profil « politique »… et défi industriel
Âgé de 46 ans, Philippe Corbé a construit l’essentiel de sa carrière à RTL (2003–2020), avant de rejoindre BFMTV qu’il quittera durant la grande vague de départ de l’automne 2024 (service politique puis direction de la rédaction), puis France Inter en avril 2025. À France Télévisions, son périmètre ne se limite pas aux rédactions : il inclut aussi des magazines « hors rédaction » comme « C à vous » et « C dans l’air », ce qui élargit d’emblée le champ des arbitrages éditoriaux.
Corbé, spécialiste des États-Unis et journaliste rompu aux séquences politiques, a semblé être la personne parfaite dans un contexte marqué par la fameuse « polarisation politique » en France avec des affrontements idéologiques violents dans lesquels les médias publics penchent largement à gauche. Il devra notamment faire face à des suspicions de conflits d’intérêts dans le média public.
Par ailleurs, les tensions avec les États-Unis peuvent aussi faire de ce connaisseur de cette puissance un atout pour France Télévisions.
Alexandre Kara, pur produit de la maison… devenu variable d’ajustement
Nommé directeur de l’information de France Télévisions en octobre 2022 après Laurent Guimier, Alexandre Kara était un cadre historique du groupe : directeur éditorial de France Télévisions (2015–2018), puis directeur de la chaîne France info (2018–2020). Il a aussi dirigé le service politique d’Europe 1 plus tôt dans sa carrière.
Sa reconversion en « conseiller spécial » sur l’IA, officialisée par un communiqué interne repris par la presse, sonne comme une tentative de transformer un échec en récit de modernisation : « l’intelligence artificielle générative » imposerait une « réinvention » de l’offre d’information.
Il devra donc réussir dans un travail très spécifique d’anticipation des tendances… À moins qu’il ne s’agisse d’une mise au placard pour celui dont le CV n’indique en rien une prédisposition en matière d’intelligence artificielle.
Alexandre Maurice


