À l’approche des municipales des 15 et 22 mars 2026, le média rap Grünt annonce une « Tournée municipale » dans neuf villes, avec un objectif explicitement politique : faire « résistance » à « l’extrême droite ». Le média marche ainsi dans les pas d’autres titres plus politisés et s’inscrit dans la lignée du rap français, toujours enclin à soutenir un système politique pourtant allègrement critiqué dans ses textes.
Grünt, du hip-hop militant
Grünt, plateforme hip-hop née sur YouTube, veut transformer son audience en levier de mobilisation avant un scrutin local présenté comme « un premier rendez-vous ». L’initiative mélange événements payants, rencontres sur invitation et un discours militant assumé auprès d’un public assez acquis politiquement mais pas nécessairement déterminé à se rendre aux urnes.
Un média rap devenu « plateforme »
Grünt se présente comme un « webzine et chaîne YouTube », porté notamment par son fondateur Jean Morel.
Côté audience, la chaîne YouTube revendique environ 330 000 abonnés et ses vidéos tournent régulièrement au-dessus des 100 000 vues avec des pics à plusieurs millions.
Parmi ces contenus, les vidéos authentiquement politiques comme la scène « Tous·tes à République ! Pour un Front démocratique contre l’extrême droite », de l’entre-deux tours de 2024 comptabilise moins de 20 000 vues, ce qui est faible. En revanche les morceaux de rap et les entretiens, qui ont un poids politique plus « culturel », fonctionnent très bien. On notera parmi les entretiens la présence du rappeur Médine, connu pour son engagement à l’extrême gauche et ses paroles sans ambiguïté : « Je porte la barbe, j’suis de mauvais poil, […] Crucifions les laïcards comme à Golgotha. Le polygame vaut bien mieux que l’ami Strauss-Kahn […] J’suis une djellaba à la journée de la jupe, islamo-caillera, c’est ma prière de rue […] j’mets des fatwas sur la tête des cons ».
Grünt s’est taillé une place dans la catégorie des médias de niche puissants : très identifiés, très affinitaires, et particulièrement prescripteurs auprès d’un public jeune amateur de « cultures urbaines », et donc une cible électorale de choix pour La France insoumise dans sa stratégie de conquête du vote de banlieue qu’a pu décrire l’essayiste Rodolphe Cart dans son ouvrage Mélenchon, le bruit et la fureur.
Le site de Grünt illustre aussi une stratégie de « nébuleuse » : freestyles, podcasts, lives, Twitch, et une boutique textile, ce qui rapproche l’objet médiatique d’une marque culturelle intégrée.
Une tournée pensée comme riposte électorale
Selon le mensuel français sur les nouvelles tendances musicales Tsugi, la tournée doit passer par Tours, Saint-Brieuc, Laval, Nice, Marseille, Lyon, Tourcoing, Caen et Boulogne-sur-Mer.
Le discours, lui, ne laisse guère de place au doute : Grünt évoque « le péril » d’une arrivée au pouvoir de « l’extrême droite » et conclut par un slogan : « L’HEURE EST À LA RÉSISTANCE ».
Certaines dates annoncent un format hybride : « talk / conférence » gratuit « sur invitation », puis concert (10 €). Autrement dit, une partie des échanges se fait hors d’un accès pleinement ouvert, tandis que la partie « culture » finance l’opération.
Qui finance l’opération ? Ce que l’on sait, et ce qui manque
Sur le plan juridique, Grünt est porté par la société GRUNT (SASU), domiciliée à Paris, avec un effectif déclaré entre 6 et 9 salariés (2022), dirigée par Jean Morel.
En revanche, les partenaires, sponsors ou mécènes éventuels de cette tournée, la part respective de la billetterie, de la monétisation YouTube, des activités commerciales (textile) ou d’éventuels soutiens extérieurs demeurent pour le moment encore assez opaques.
Une chose est sûre, le rap français, dans les traces de ses aînés, demeure une place forte de l’extrême gauche de Sniper à La Fouine en passant par Diam’s. Les riches interprètes et ceux qui leur tendent leur micro jouent toujours sur la même note.
Côté médiatique, Grünt rejoint les nombreux médias à entrer en campagne à l’image de StreetPress mais aussi de Radio France qui sait se faire l’écho de ses « médias sœurs » pour relayer un message politiquement ancré à gauche et des mobilisations contre le RN.
Bertrand Saint-léger


