Période électorale : RSF aussi entre en campagne

25 février 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Reporters sans fron­tières (RSF) vient d’annoncer l’ouverture d’un bureau France, instal­lé à Paris, offi­cielle­ment pour « ren­forcer » son action dans l’Hexagone à l’approche des munic­i­pales de mars 2026 et de la prési­den­tielle de mai 2027. Une ini­tia­tive présen­tée comme un ren­fort démoc­ra­tique… Mais qui pose aus­si, en creux, la ques­tion de la fron­tière entre défense de principes et influ­ence politique.

Dans sa com­mu­ni­ca­tion, l’ONG estime que le cadre français est « glob­ale­ment favor­able » à la lib­erté de la presse, tout en jugeant insuff­isants ou dépassés les out­ils con­tre la con­cen­tra­tion des médias, les « ingérences » et les pres­sions, ain­si que la pro­tec­tion des sources. RSF revendique ain­si un rôle accru dans le débat pub­lic, au moment même où l’espace médi­a­tique va être sur­chauf­fé par deux cam­pagnes nationales successives.

Un bureau France, un calendrier politique

Le choix du cal­en­dri­er n’est pas neu­tre et est assumé : RSF inscrit explicite­ment son lance­ment dans un « con­texte élec­toral » (munic­i­pales 2026, prési­den­tielle 2027). L’organisation dit vouloir « garan­tir le droit à une infor­ma­tion fiable, indépen­dante et plu­ral­iste », et annonce des pri­or­ités très larges : infor­ma­tion locale, con­cen­tra­tions, plu­ral­isme interne/externe, « cam­pagnes de pro­pa­gande et de dés­in­for­ma­tion », ou encore « procédures-bâillons ».

Dans la même séquence, RSF rap­pelle que la France est 25ᵉ sur 180 dans son classe­ment 2025 de la lib­erté de la presse, argu­ment clas­sique pour jus­ti­fi­er un dur­cisse­ment des pre­scrip­tions adressées aux pou­voirs publics et aux régulateurs.

Quand l’ONG devient un acteur politique de la régulation

Ce bureau France sera con­fié à Lau­re Chau­v­el, présen­tée comme une jour­nal­iste, passée par RSF, et ayant tra­vail­lé aupar­a­vant à l’Arcom. Un pro­fil qui, là encore, inter­roge : RSF se place-t-elle comme vigie extérieure… ou comme par­tie prenante d’un écosys­tème de régu­la­tion où ONG, insti­tu­tions et con­tentieux s’entremêlent ? Sur le compte X de Lau­re Chau­v­el, on peut con­stater une cri­tique régulière de CNews ou encore le retweet d’un député LFI.

Une ligne assez cohérente avec l’ONG qui sou­tient le média Street­Press, réputé proche de La France Insoumise. Avec ce nou­veau bureau, RSF ne se lim­ite pas au plaidoy­er : l’organisation assume une stratégie juridique. Elle rap­pelle notam­ment la déci­sion du Con­seil d’État du 13 févri­er 2024, qui a annulé un refus de l’Arcom après une demande portée par RSF (sur le traite­ment du plu­ral­isme) con­tre… CNews !

« Mise en conformité » : un vocabulaire qui heurte en période électorale

Dans la déc­la­ra­tion de RSF, un pas­sage retient l’attention : l’ONG veut « don­ner un avan­tage de marché au jour­nal­isme éthique et trans­par­ent ». L’intention peut sem­bler louable ; mais appliquée à un champ poli­tique et médi­a­tique frac­turé, elle ouvre un débat : qui définit l’« éthique », selon quels critères, et avec quels effets d’éviction ?

À l’approche des munic­i­pales, où la com­mu­ni­ca­tion locale est sou­vent plus frag­ile et plus dépen­dante, l’irruption d’un acteur mil­i­tant inter­na­tion­al, qui vit large­ment sous per­fu­sion européenne et française, dans la « bonne » déf­i­ni­tion du plu­ral­isme risque de nour­rir la sus­pi­cion d’une ingérence, même lorsqu’elle se présente comme une sim­ple pro­tec­tion des principes.

Rodolphe Cha­la­mel

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