Marine Le Pen–Jordan Bardella : un tandem original en politique, qui sera scruté et qui va structurer le paysage politique de l’année 2026. Dans Le Pen-Bardella, les secrets d’un pacte, BFMTV est la première chaîne TV, et sans doute pas la dernière, à s’intéresser à leur histoire commune.
La guerre des chefs n’a pas eu lieu
L’histoire politique de Jordan Bardella est celle d’un lien « quasi filial », c’est l’expression employée, avec Marine Le Pen. De fait, la loyauté et l’estime réciproque affichées par les deux leaders tranchent avec les comportements habituellement observés au sommet des partis politiques. Il s’agit là certainement de l’un des éléments qui permet au RN de caracoler en tête des sondages, avec deux personnalités qui sont aujourd’hui très proches en termes d’intentions de vote.
Mieux, un tandem permet de ratisser large. Dans la mesure où la relation est pacifiée, les différences de sensibilité sur certains sujets peuvent s’additionner.
BFMTV s’empare du sujet, et construit le narratif de l’ascension de Jordan Bardella sous l’aile protectrice de Marine Le Pen, dans le contexte du procès en appel dit « des assistants parlementaires » qui a débuté. C’est à l’issue de la décision qui sera rendue en juin que Marine Le Pen saura si elle peut potentiellement se présenter à la prochaine élection présidentielle, ou si elle est empêchée, ce qui évidemment posera le cadre de la suite.
La découverte et l’ascension
Issu d’un milieu populaire, Jordan Bardella a adhéré très jeune au Front national. Il a été servi par les circonstances, et même par ses liaisons amoureuses, comme il est montré dans le documentaire. Et il a su saisir sa chance, successivement comme secrétaire départemental, conseiller régional d’Île-de-France, porte-parole, et président du Front national des jeunes.
Mais le véritable tournant a lieu lorsque, après être rentré au bureau exécutif, il est choisi par Marine Le Pen pour conduire la liste aux élections européennes de 2019. Après son échec aux présidentielles de 2017 et son débat raté avec Emmanuel Macron, certains doutes se sont fait jour sur la capacité de Marine Le Pen à conduire son parti à la victoire. Des personnalités importantes comme Florian Philippot et Marion Maréchal ont quitté le parti, et elle doit absolument renouveler ses cadres et faire émerger de nouveaux visages. Avec la désignation de Jordan Bardella, elle a conscience d’une véritable prise de risques, mais la liste RN arrive en tête et le pari s’avère gagnant.
Une autonomie acceptée
L’ascension continue et le jeune homme prend les rênes du parti en 2021. Après un nouvel échec à la présidentielle de 2022, Marine Le Pen a l’intuition que le ticket qu’elle forme avec Jordan Bardella et leur complémentarité peuvent permettre d’élargir la base électorale et de briser le plafond de verre.
Alors, lorsque Jordan Bardella est amené à s’affirmer et à prendre quelques orientations qui marquent sa différence, Marine Le Pen, qui avait souffert des ingérences de son père lorsqu’elle était en responsabilité du parti, laisse faire avec une certaine bienveillance.
Un premier exemple est donné lorsque Jordan Bardella écarte Steeve Briois et Bruno Bilde de la direction du parti. Il s’agit pourtant de deux proches de Marine Le Pen, qui représentent la tendance populaire et sociale du Pas-de-Calais, emblématique du nouveau RN. Un second exemple a trait à l’international lorsque Jordan Bardella infléchit la ligne traditionnelle du parti, dans un sens davantage pro-Ukraine, pro-OTAN, et plus proche de la ligne défendue par Georgia Meloni en Italie.
Non seulement Marine Le Pen laisse Jordan Bardella prendre toute sa place, mais elle n’hésite pas à recadrer certains pontes du parti lorsqu’ils tentent d’utiliser contre lui ces quelques divergences de vue, à l’image de ce qui est arrivé à Sébastien Chenu. Ainsi Marine a su laisser à Jordan une réelle autonomie, et même le protéger, sans prendre ombrage de sa popularité grandissante. Et Jordan a su progressivement imprimer sa marque, sans jamais manquer une occasion de manifester respect et reconnaissance à Marine.
Marine Le Pen résume finalement ainsi l’ascension de son poulain : « Honnêtement, je n’ai pas fait Jordan Bardella. J’ai donné sa chance à Jordan Bardella, mais j’ai donné leur chance à pas mal de gens, et pas mal de gens n’en ont strictement rien fait. »
La loyauté, jusqu’à quand ?
Le documentaire de BFMTV relève cependant que Marine Le Pen est beaucoup moins citée dans le second livre de Jordan Bardella que dans le premier ; qu’un sondage récent a testé, et donné gagnant, Jordan Bardella seul à la prochaine présidentielle ; et que, dans l’entourage de Marine Le Pen, certains se demandent si le contexte de 2026 ne va pas mettre à mal la loyauté affichée par Jordan Bardella.
L’élève ne serait-il pas en train de s’affranchir de son mentor ? Jusqu’à quand resteront-ils tous les deux convaincus que leur bonne relation est ce qui leur permettra d’aller le plus loin possible ?
Les choses pourraient en effet se compliquer. Et nous pouvons être certains que les médias seront à l’affût de tout ce qui pourrait ressembler au début d’une mésentente entre les deux leaders.
Francesco Bargolino


