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Pub­lié le 8 septembre 2015 | Éti­quettes :

Limite : naissance d’une revue qui fait bouger les lignes

Dans le ronronnement ordinaire des idées et les clivages dépassés auxquels on s’accroche par habitude, la nouvelle revue Limite fait l’effet d’un coup de tonnerre, et signe l’arrivée dans l’arène intellectuelle d’une génération prête à en découdre avec la fuite en avant économique et l’espoir de salut par la technologie. Il y a de la fraîcheur et de l’insolence dans cette petite bande réunie, entre autres, autour d’Eugénie Bastié, Gaultier Bès, Marianne Durano, et de son directeur Paul Piccarreta, ancien rédacteur de Causeur, qui entend être « anarchiste contre les puissances d’argent », « blasphémateur contre toutes les idoles », « bioconservateur contre les transhumanistes » et professe contre la démesure contemporaine un antilibéralisme décomplexé et une écologie radicale. Télescopage inédit de Jean-Claude Michéa avec l’encyclique écolo Laudato Si du pape François, cette « revue de combat culturel et politique d’inspiration chrétienne » part du principe que « tout est lié », les OGM et la GPA, l’homme augmenté et le nucléaire, les robots et Notre-Dame des Landes… et que c’est une réponse globale qu’il faut apporter à ce monde devenu fou, en passe de se détruire. L’écologie de Limite est donc autant environnementale que sociale, éthique et politique et la décroissance matérielle que la revue préconise ne peut s’accompagner que d’un renouveau spirituel radical fait de mesure et de sobriété. C’est l’esprit retrouvé de l’Apollon de Delphes, dont la devise, « Rien de trop », pourrait être la leur. Et si ce goût retrouvé pour la Limite était la véritable bonne nouvelle du temps présent ?

L’Ojim a posé trois questions à Paul Piccarreta, directeur de Limite :

Pourquoi Limite ?

Concernant la critique du capitalisme, ce qui me frappe depuis plusieurs années, c’est qu’il y a plusieurs « fronts » qui ne se parlent pas. La Manif pour Tous s’oppose à la GPA et à la manipulation du vivant d’un côté ; les « écolos » s’opposent à la construction de l’aéroport de Notre-Dame des Landes ou au nucléaire de l’autre mais ces deux contestations ne réalisent pas qu’elles luttent contre le même ennemi : la fuite en avant technologique et sa volonté de façonner le monde selon le seul et unique critère de l’économie avec cette idée qui dans certains milieux fait désormais figure d’évidence : ce qui est bon pour l’économie est nécessairement bon pour l’homme. Nous sommes un petit groupe à réfléchir à cette question depuis longtemps. En créant la revue Limite, nous prétendons relier ces deux contestations, faire en sorte qu’elles puissent se parler, se nourrir l’une de l’autre, qu’elles prennent conscience de la profonde unité de leur analyse. C’est, je crois, une démarche intellectuelle assez originale.

Relier une contestation de gauche et une contestation de droite, n’est-ce pas prendre le risque de fâcher et la gauche et la droite ?

Si, bien sûr ! Nos positions sociales, et notamment notre défense de la classe ouvrière, vont probablement interloquer les militants de la manif pour Tous ; notre spiritualité chrétienne indisposera vraisemblablement les écologistes matérialistes, sans parler de la droite libérale, nationale-libérale ou nationaliste qui ne se retrouvera évidemment pas dans nos analyses… Mais notre pari, c’est que ces vieux clivages ont vécu. Ils n’existent plus désormais qu’à cause d’une certaine paresse de l’analyse ou simplement par la force de l’habitude. Je suis convaincu qu’ils vont bientôt disparaître pour être remplacés par d’autres clivages autrement fondamentaux tels ceux qui opposent les libéraux aux antilibéraux ou les « bio-conservateurs » aux transhumanistes. La prochaine grande révolution nous promet un quotidien de robots. Ces derniers ne seront ni de gauche ni de droite, vous pouvez me croire !

Limite est-elle une affaire de génération ? Quelles influences vous reconnaissez-vous ?

Il y a certainement une question générationnelle dans cette manière trans-partisane d’aborder l’écologie intégrale et dans cette urgence de vouloir sauver ce qui peut encore l’être. La moyenne d’âge des rédacteurs de la revue est de 25 ans et ces rédacteurs ne se reconnaissent plus en effet dans ces vieux clivages surannés qu’ils veulent contribuer à remodeler. Ils ont cette liberté intellectuelle de faire leur miel de pensées étiquetées à droite ou à gauche en vertu d’une cohérence qui se situe ailleurs, à un niveau plus fondamental.

Quant aux références, elles sont nombreuses. Citons Jacques Ellul, Bernard Charbonneau ou Günther Anders, les philosophes de gauche antitotalitaires comme Orwell ou Simone Weil. Mais aussi Jean-Claude Michéa, et nos deux proches amis Fabrice Hadjadj (notre parrain) et Olivier Rey. Nous sommes aussi proches du groupe Pièces et mains d’œuvres (PMO), situé à Grenoble, œuvrant contre le technocapitalisme. Et nous lisons aussi bien Fakir (le journal picard de François Ruffin défendant la cause ouvrière) que La Décroissance de Vincent Cheynet. Il y a également tout le courant du christianisme social, de Madeleine Delbrêl jusqu’au pape François…

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