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Liberté de la presse au Canada : ce que révèle l’affaire Christian Rioux

9 janvier 2026

Temps de lecture : 4 minutes
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Liberté de la presse au Canada : ce que révèle l’affaire Christian Rioux

Temps de lecture : 4 minutes

Liberté de la presse au Canada : ce que révèle l’affaire Christian Rioux

Rarement un licenciement de journaliste n’a suscité autant de bruit que celui dont a été victime le chroniqueur et correspondant parisien du grand quotidien québécois Le Devoir.

Le 17 décem­bre 2025, le jour­nal­iste et chroniqueur Chris­t­ian Rioux annonce publique­ment que la direc­tion du Devoir a mis fin à sa col­lab­o­ra­tion, qui durait depuis 1995. Une déci­sion qu’il présente comme un « con­gédiement ». Dans une autre inter­ven­tion, il explique que, depuis le dernier change­ment de direc­tion, il n’était « pas dans les grâces de la nou­velle équipe », et décrit une série de fric­tions (choix de sujets, réécri­t­ures, validation).

Wokisme et guerre culturelle

La rai­son invo­quée par la nou­velle direc­tion, selon le jour­nal­iste : « mau­vais rap­ports avec les cor­recteurs », qu’il se plaira de qual­i­fi­er de « censeurs ».

Il dénonce égale­ment la mise en place d’un « groupe de « fact check­ing » qu’il assim­i­le aus­si à un « comité de cen­sure », et dont la tâche se lim­it­erait à sur­veiller des sujets ayant trait à des thé­ma­tiques aus­si sen­si­bles que l’islam, l’immigration ou le genre.

À l’antenne, le jour­nal­iste pro­scrit accuse la rédac­tion d’être « obsédée par des débats de “guerre cul­turelle” », et d’adopter l’idéologie du wok­isme « au détri­ment du Québec ».

Dans sa riposte pub­liée sous forme de « mise au point », la direc­tion du Devoir se défend de toute « cen­sure » con­tre son ancien chroniqueur vedette. Elle affirme que la déci­sion de licen­ciement n’est pas liée à ses opin­ions, mais à « un con­texte où des échanges respectueux et un fonc­tion­nement har­monieux de la rédac­tion n’étaient plus possibles ».

Cette his­toire a provo­qué une onde de choc au Québec, et réveil­lé des sen­si­bil­ités idéologiques longtemps asep­tisées. Car au-delà de l’affaire Chris­t­ian Rioux, c’est toute la prob­lé­ma­tique de la lib­erté de la presse qui se pose avec acuité dans cette par­tie fran­coph­o­ne du Canada.

« La liberté de la presse en déclin »

Le chroniqueur Math­ieu Bock-Côté, par­mi les sou­tiens les plus vis­i­bles, affirme sur X que Chris­t­ian Rioux incar­nait un « souci du plu­ral­isme » face à une rédac­tion qui fait sienne le « néo­pro­gres­sisme » comme nou­velle ligne éditoriale. 

Don­nant corps à cet élan de sol­i­dar­ité avec Chris­t­ian Rioux, une let­tre ouverte a été signée par 420 per­son­nal­ités exigeant des expli­ca­tions sur le con­gédiement du jour­nal­iste chroniqueur.

Par­mi les sig­nataires, on trou­ve des fig­ures con­nues au Québec, telles que le scé­nar­iste Denys Arcand, l’homme d’affaires Louis Bernard, la jour­nal­iste et écrivaine Djemi­la Ben­hab­ib ou encore le con­sti­tu­tion­nal­iste Hen­ri Brun.

Des noms con­nus sur la scène cana­di­enne à l’image de Nadia El-Mabrouk (uni­ver­si­taire), Bernard Émond (cinéaste), Julius H. Grey (avo­cat), Marie-Andrée Lam­on­tagne (écrivaine et jour­nal­iste) ou encore Gérald Larose (uni­ver­si­taire et syn­di­cal­iste) fig­urent aus­si par­mi les pétitionnaires.

Inter­rogé par Ojim, Julius H. Grey ne mâche pas ses mots : « La lib­erté d’expression est en déclin dans notre société. C’est pourquoi j’ai signé la let­tre ouverte, bien que je ne sois pas nor­male­ment d’accord avec les posi­tions poli­tiques de Chris­t­ian Rioux. »

Les politiques divisés

Dans le même esprit, l’auteur-compositeur Pierre-Luc Bril­lant sur son compte X : « J’y ai ajouté mon nom. Il en va du plu­ral­isme et de la lib­erté de débat­tre. » La revue men­su­elle L’Ac­tion nationale estime, pour sa part, que « ce qui préoc­cupe n’est donc pas le départ de Chris­t­ian Rioux, mais ce qu’il révèle ». « En l’absence d’un man­que­ment claire­ment établi, cette déci­sion ali­mente le sen­ti­ment que l’inconfort intel­lectuel est désor­mais perçu comme un risque à élim­in­er », écrit ce péri­odique édité par la Ligue d’action nationale.

Cette ini­tia­tive lancée par des per­son­nal­ités en faveur de Chris­t­ian Rioux a égale­ment sus­cité des réac­tions hos­tiles, notam­ment dans les milieux de gauche. Exem­ple de ce com­men­taire ulcéré pub­lié par Marie-Elaine Guay, chroniqueuse et cri­tique lit­téraire : « Mine de rien, c’est une car­togra­phie de 400 noms de l’extrême droite fas­cisante québé­coise qui nous est offerte sur un plateau d’argent ! »

Même stig­ma­ti­sa­tion reprise par Gas­pard Sko­da, mem­bre du par­ti sou­verain­iste Par­ti du Québec (OQ, centre-gauche) :

« L’ex­trême droite fas­cisante du Québec : Denys Arcand, Tirad Badawi, Louis Bernard, Djemi­la Ben­hab­ib, Pierre-Luc Bril­lant, Hen­ri Brun, Nadia El-Mabrouk, Bernard Émond, Julius H. Grey, Marie-Andrée Lam­on­tagne, Gérald Larose, Philip Resnick et 400 autres signataires… » 

Des tirades qui traduisent un pro­fond schisme poli­tique au Québec, mais occul­tent le véri­ta­ble enjeu, celui de l’avenir de la lib­erté de la presse dans cette région du Canada.

Mus­sa A.