Après avoir fait adopter un budget 2026 « à l’équilibre » au prix de 140 M€ d’économies, France Télévisions se retrouve de nouveau sous pression : l’exécutif envisagerait un effort supplémentaire de 30 à 40 M€, portant la cure d’austérité à près de 180 millions d’euros.
France Télévisions s’était déjà félicité, le 18 décembre 2025, d’un budget 2026 sans déficit malgré une baisse annoncée de ses ressources publiques (–65,2 M€ par rapport à 2025) et un écart de plus de 200 M€ par rapport à la trajectoire initialement prévue. Mais à peine la copie bouclée, l’équation se corse : selon les informations des Échos, le gouvernement demanderait un effort additionnel, poussant l’ajustement total vers 180 M€. En plus d’une crise dans son organisation hiérarchique, la télévision publique va devoir composer avec un budget moindre…
Un plan record… avant même la rallonge
Le groupe public a listé ses principaux leviers : baisse du coût de grille, hausse des rediffusions, arrêt de certaines émissions, cessions immobilières, et nouvelle réduction d’effectifs.
Il assume aussi l’hypothèse de revendre « un ou plusieurs événements sportifs identitaires du service public ». Une stratégie qui peut interroger, notamment sur la nature des évènements qui seront cédés alors que le Tour de France constitue, par exemple, l’assurance d’audiences élevées.
La logique est claire : préserver l’affichage du « zéro déficit », quitte à rogner ce qui faisait précisément l’attractivité de certaines antennes.
Une contrainte budgétaire largement concentrée sur France TV
Sur le plan institutionnel, le Sénat notait déjà que, dans le PLF 2026, la quasi-totalité de la baisse de dotation de l’audiovisuel public reposait sur France Télévisions : environ –65 M€ (–2,6 %), pour un total « Avances à l’audiovisuel public » de 3,878 Md€.
Et l’hémorragie pourrait s’accentuer puisqu’un amendement découvert le 20 janvier ferait passer la dotation globale de 3,878 Md€ à 3,848 Md€ (–30 M€ supplémentaires), déclenchant la convocation en urgence d’un conseil d’administration.
Le service public en mode « vente à la découpe »
À mesure que les coupes s’empilent, l’arbitrage ressemble moins à une « transformation » qu’à une addition de renoncements : revente de droits sportifs, cessions d’actifs, baisse des dépenses de programmes et pression sur la création. Côté syndicats, la CGT de France Télévisions parle d’un choc « inédit » (140 M€ sur un an, quand le COM 2018–2022 visait 160 M€ sur quatre ans), et décrit des effets concrets sur l’organisation du travail et les moyens.
C’est Nicolas qui paie
Reste la question que France Télévisions élude souvent dans sa communication : si l’équilibre comptable devient l’objectif politique central, quelle est la boussole éditoriale ? À force de promettre « tout à la fois » (information, jeunesse, numérique, sport, création) tout en comprimant la ressource, le groupe public risque surtout d’installer une gestion de crise permanente — et de demander au contribuable de financer un modèle qui, lui, ne cesse de rétrécir. Mois après mois, l’horizon du service audiovisuel public s’assombrit tandis que des voix s’élèvent en faveur de sa privatisation, à l’image de celle du député européen et candidate à la mairie de Paris Sarah Knafo.
Rodolphe Chalamel


