Faux experts, vrais militants : comment des sociologues de plateau manipulent les téléspectateurs

5 mars 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Isabelle Som­mi­er, Erwan Lecœur, Ugo Pal­heta… Ces trois soci­o­logues ont égrené les plateaux télé ces derniers jours pour dénon­cer la men­ace de l’extrême droite mais leurs engage­ments poli­tiques met­tent en doute leur neutralité.

La déc­la­ra­tion a lancé la polémique sur les réseaux soci­aux. Au point d’ailleurs de pouss­er le député de l’Oise Alexan­dre Saba­tou à saisir l’ARCOM.

Mar­di 24 févri­er 2026, Erwan Lecœur, soci­o­logue invité sur le plateau de France Info, martèle : « 10 % des gens qui sont en prison aujourd’hui sont mem­bres du Rassem­ble­ment national. »

Un sociologue condamné par la justice

Cet argu­ment d’autorité n’est pour­tant étayé par aucune sta­tis­tique, aucune étude, aucun sondage, mais peu importe pour ce soci­o­logue qui voulait plac­er un bon mot à la télévision.

Erwan Lecœur est doc­teur en soci­olo­gie et chargé de cours à l’In­sti­tut d’é­tudes poli­tiques de Paris en com­mu­ni­ca­tion publique ; on s’attend donc à davan­tage de sérieux et de pré­cau­tion ora­toire de sa part.

Là où le bât blesse, c’est au niveau de ses engage­ments poli­tiques. En 2009, le soci­o­logue a en effet été con­seiller en stratégie et com­mu­ni­ca­tion pour les écol­o­gistes. Cinq ans plus tard, en mai 2014, il devient directeur de la com­mu­ni­ca­tion de la munic­i­pal­ité de Greno­ble alors dirigée par l’écologiste Eric Piolle. Il main­tien­dra ce poste jusqu’en 2017.

Le soci­o­logue ayant déjà eu un engage­ment poli­tique, il est donc juge et par­tie par rap­port au RN. De sur­croît, Erwan Lecœur a été con­damné en 2023 avec Éric Piolle à 8 000 euros d’a­mende avec sur­sis pour favoritisme dans l’attribution d’un marché pub­lic qui le visait depuis 2018.

Une méthodologie douteuse et des liens avec LFI et la Jeune Garde

À l’instar d’Erwan Lecoeur, Isabelle Som­mi­er a elle aus­si un engage­ment mil­i­tant. La pro­fesseure de soci­olo­gie poli­tique à l’université Paris 1 Pan­théon-Sor­bonne a par­ticipé aux uni­ver­sités d’été de LFI en 2023. On la voit s’exprimer au micro aux côtés du député Ugo Bernali­cis lors d’une con­férence inti­t­ulée : « Vio­lences con­tes­tataires et vio­lence d’É­tat », à laque­lle par­ticipe égale­ment le député LFI Antoine Léaument.

Capture d’écran : YouTube/La France insoumise

Cap­ture d’écran : YouTube/La France insoumise

Lors de l’émission C ce soir dif­fusée le 23 févri­er, Isabelle Som­mi­er accuse l’extrême droite de tous les maux : « Ça ne fait aucun doute. Sur la péri­ode 1986–2016, par­mi les morts provo­qués par les groupes idéologiques, 9 morts sur 10 sont dus à des mil­i­tants rad­i­caux de droite. Depuis 2022, il y a eu 8 morts de l’ultra-droite et 1 mort de l’ultra-gauche, Quentin ».

Paul Sugy, jour­nal­iste au Figaro, lui fait remar­quer pen­dant l’émission que la méthodolo­gie util­isée par la soci­o­logue pour caté­goris­er les crimes d’extrême droite est ban­cale. En effet, la plu­part des morts qu’attribue Isabelle Som­mi­er à des groupes d’extrême droite sont le fait d’individus isolés qui n’ont pas agi en tant que mem­bres de l’ultra-droite. A con­trario, les mem­bres de la Jeune Garde qui ont bat­tu à mort Quentin Der­anque étaient présents à Lyon en tant que mil­i­tants antifascistes.

Ugo Palheta, un sociologue qui prône la violence

De même, Ugo Pal­heta, autre inter­venant dans l’émission C ce soir, est lui aus­si un mil­i­tant d’extrême gauche. L’homme a par­ticipé, en octo­bre 2023, à un col­loque inti­t­ulé « L’extrême droite : le dessous des cartes. Com­ment la vain­cre », organ­isé par l’institut La Boétie, think tank de for­ma­tion de LFI.

Il ani­me, par ailleurs, un pod­cast dans lequel il a notam­ment invité le député LFI Raphaël Arnault dont les assis­tants par­lemen­taires sont impliqués dans la mort de Quentin Der­anque. Le même Ugo Pal­heta était invité à un débat par Philippe Poutou, ancien can­di­dat du Nou­veau Par­ti ant­i­cap­i­tal­iste (NPA) à la présidentielle.

Il a déclaré à cette occa­sion que la non-vio­lence n’était pas une option con­tre les fas­cistes et cri­ti­quait le choix des chefs d’État –– dont Keir Starmer — de ren­dre hom­mage à Char­lie Kirk.

Voir aus­si : C ce soir : inver­sion accusatoire et ren­verse­ment médiatique

Jean-Charles Souli­er