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Epstein : Apocalypse… now !

14 février 2026

Temps de lecture : 14 minutes
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Epstein : Apocalypse… now !

Temps de lecture : 14 minutes

Epstein : Apocalypse… now !

Ain­si survient l’affaire Epstein. Elle est mas­sive. Elle touche la poli­tique, les médias, les célébrités, les insti­tu­tions judi­ci­aires, et toutes sortes de réseaux inter­na­tionaux. Elle nous libère de toute naïveté. Elle nous fait com­pren­dre com­ment fonc­tionne le vrai monde du pou­voir et des oli­garchies. Elle nous libère de cet irénisme qui ne voit pas der­rière les dorures des insti­tu­tions ou le « glam­our » des stars des médias ou celles d’Hollywood. Et l’on y réalise l’extraordinaire déclin anthro­pologique des élites dirigeantes : quand bien même inno­cents de tout crime, malver­sa­tion, ou tout sim­ple­ment de mau­vais com­porte­ment, une grande par­tie des pro­tag­o­nistes aura fait mon­tre de manque de jugeote ou de sélec­tiv­ité quant à leurs ami­tiés. Pourquoi ?

Vient toujours le temps du « dévoilement »

Pen­dant que les qua­tre coins de la classe médi­a­tique cherchent à tir­er par­ti de ses « révéla­tions », l’affaire Epstein, manip­ulée ou non, appar­tient à cette caté­gorie des rus­es de la rai­son qui annon­cent la mort des anciens régimes où le mar­quis de Sade pro­jette son nihilisme sur le monde, où les petits abbés lib­ertins pul­lu­lent par­mi des castes fer­mées sur elles-mêmes qui croient avoir tout le pouvoir.

Crise morale, incurie des médias

Con­fron­tés ces dernières années à l’émergence des pod­casts et des « indépen­dants », les grands médias nav­iguent entre perte de crédi­bil­ité et rentabil­ité en baisse. Plusieurs vagues de con­cen­tra­tions, de tourni­quets et de restruc­tura­tions en ont résulté. L’affaire Epstein tombe à point pour une pro­fes­sion en perte d’auditoire. Certes, la récente guerre importée sur le ter­ri­toire améri­cain entre « Israel First » et « Pales­tine First », trans­for­mée ensuite en con­fronta­tion entre ceux d’ « Amer­i­ca First » et ceux d’ « Israel First », avait mis le pou­voir mal à l’aise. D’autant que la croisade menée par les autorités fédérales con­tre le car­tel des fron­tières ouvertes, prin­ci­pale­ment dans le Min­neso­ta, à New York et à Hol­ly­wood, a mon­té crescen­do. Mais ces zones de com­bat hal­lu­ci­na­toires propageaient un par­fum de déjà-vu, sorte de « remake » d’anciens drames racial­istes dont le matraquage psy­chologique trans­po­sait le pays aux march­es du sur­réal­isme. Con­traire­ment à la légende habituelle, la pop­u­la­tion, bien plus préoc­cupée par son porte­feuille, ne suiv­ait pas cette offus­ca­tion des médias pour le compte d’autrui. Mais alors com­ment affron­ter les prochaines échéances élec­torales de 2026 et de 2028 ? Car, pour les médias, les urgences sont là : il faut élim­in­er Trump et guérir le pays du trump­isme, en faire un mau­vais sou­venir. Trois can­di­dats tra­vail­lent en effet très dur à faire sem­blant de ne pas faire cam­pagne : le gou­verneur de Cal­i­fornie Gavin New­som, poulain d’Hollywood, l’actuel secré­taire d’État Mar­co Rubio, le poulain des néo­con­ser­va­teurs et des chré­tiens sion­istes, et enfin l’actuel vice-prési­dent JD Vance, fort de sa per­son­nal­ité trans­ver­sale qui ral­lie d’un même trait archaïsme et futur­isme. Dans cette course, autant que l’on puisse aujourd’hui juger, la saga Epstein tombe à pic. Cha­cun y retrou­vera son compte : ceux du statu quo, ceux du comme avant, ceux de la nou­velle vague médi­ati­co-politi­ci­enne. Les jeux du cirque vont com­mencer leur nou­velle sai­son. Du Net­flix pour vrai.

Pays réel, pays formel, un déblocage en perspective ?

Avant de plonger dans le cas Epstein, com­prenons une don­née soci­ologique de base : la révolte, tout le monde le sait, gronde depuis l’ère Bill Clin­ton. Un sim­ple ruis­seau devenu Nia­gara. Aujourd’hui les class­es dirigeantes insti­tu­tion­nelles béné­fi­ci­aires de la corne d’abondance se trou­vent coincées entre le marteau et l’enclume. Une enclume représen­tée par les « ceux d’en bas », les parias périphériques du sys­tème qui, depuis l’effet Trump suivi de Twit­ter devenant X, sont de plus en plus éveil­lés. Ensuite un marteau, qui incar­ne les nou­velles oli­garchies qui rem­pla­cent les anci­ennes. Gazeuses et liq­uides, plus hor­i­zon­tales que ver­ti­cales, elles emprun­tent les chemins de tra­verse tracés par une galax­ie dont les yeux sont Elon Musk et Peter Thiel. Ils savent ce qu’est la com­mu­ni­ca­tion. Ils appel­lent de leurs vœux une nou­velle machine impéri­ale à imag­in­er le monde. Ils déclar­ent l’urgente néces­sité de renon­cer aux anci­ennes atti­tudes dites de la ges­tion du déclin. Ils pre­scrivent des thérapies et pro­phy­lax­ies de choc afin de traiter les mal­adies sociales et spir­ituelles qui font le lit, nous dit Thiel, d’un « Antéchrist » qui a « mis les anciens hip­pies au pou­voir » aux États-Unis. Ils voient le début de la fin en 1969, avec Woodstock.

Trump, intermittent du spectacle des techno-génies

Aveuglés par leur ten­dance à per­son­nalis­er à out­rance, donc par leur incon­trôlable aver­sion pour Trump, les médias de l’ancien régime ne réalisent pas la posi­tion de ce dernier. Homme de tran­si­tion, il a été choisi par les tech­no-génies du futur régime. Ces derniers ont en effet misé sur un inter­mit­tent du spec­ta­cle. Son tra­vail ? Ahurir, leur­rer, puis répéter et hurler le nou­veau mantra des tech­no­fu­tur­istes, « sauvons les États-Unis ! », qui suc­cède à l’ancien brassé par les moulins à prière des précé­dents chamans de la décon­struc­tion : la lamen­ta­tion du « sauvons notre démoc­ra­tie ! », ray­on paralysant devenu vieil­lot. Un œil rivé sur l’Empire du Milieu, ces nou­veaux tech­no-génies sont déjà bien sor­tis de leurs bouteilles. Ils sont con­va­in­cus que, faute de cor­rec­tion, les États-Unis et leurs vas­saux ont une espérance de vie très courte de seule­ment une décen­nie ou deux, peut-être. Après, ce sera trop tard. Alors autant com­mencer par sauver les États-Unis. Sinon, où aller ? Ils cor­naque­nt Trump afin d’avancer à marche for­cée vers l’automatisation, vers l’intelligence arti­fi­cielle, vers la satel­li­sa­tion dans l’espace des giga-dat­a­cen­ters et autres giga-pan­neaux solaires qui ain­si nour­riront la bête IA de demain sans pol­luer la terre, mais aus­si expri­ment-ils la vision de colonis­er la lune pour y extraire de l’hélium 3 provenant des pous­sières lunaires (énergie nucléaire de fusion, pro­pre), sans oubli­er, afin d’éponger la dette, le lance­ment des mon­naies numériques. Tout devient pos­si­ble. Peut-être.

Israël et le club des techno-génies : avec ou sans ?

La façon dont évolueront les médias va nous le dire. Les plans cyber-sidéraux des génies sor­tis de la bouteille anéan­tiront tôt ou tard les busi­ness tra­di­tion­nels de l’information. Poli­tique­ment et géopoli­tique­ment, les straté­gies ne sont pas sim­ples. Certes le monde peut cer­tains jours pren­dre des allures d’une troï­ka en ges­ta­tion com­posée des États-Unis, de la Chine et de l’Inde, la Russie devant choisir, compte tenu de sa pro­pre date de péremp­tion démo­graphique, de se ral­li­er à l’un des trois acteurs. Mais d’autres joueurs ne l’entendent pas ain­si. C’est par exem­ple le cas de l’État d’Israël, qui dis­pose de nom­breuses ami­tiés aux États-Unis et qui exprime son intu­ition : devenir l’un des prin­ci­paux car­refours tech­nologiques du monde, entre trois con­ti­nents qui sont pour l’instant sous l’influence économique de la Chine. Israël, fort de ses com­pé­tences, se pro­jette depuis l’ère Netanya­hou comme l’une des grandes puis­sances tech­nologiques de ce siè­cle, puis­sance qui aura besoin d’espace vital et de pop­u­la­tion sup­plé­men­taire. Et non pas comme une colonie de Wash­ing­ton, ce qui pour­rait « per­turber » le déroule­ment de la géopoli­tique à trois de l’oligarchie, mais sans doute aus­si de s’y adjoin­dre, selon l’esprit du temps. Une chose est cer­taine : les dernières batailles entre Israel First et Amer­i­ca First ont provo­qué une réflex­ion de fond à l’intérieur des pop­u­la­tions juives aux États-Unis ou en Israel. Afin de préserv­er son autodéter­mi­na­tion dans un monde dif­fi­cile, le peu­ple juif doit se res­saisir et ne plus se présen­ter comme une vic­time, mais au con­traire comme un peu­ple con­tribu­teur, puis­sant et volon­taire, et donc inve­stir dans sa pro­pre crois­sance et con­fi­ance afin que les jeunes généra­tions ne tour­nent pas le dos à leur com­mu­nauté. Voici par exem­ple une remar­quable inter­ven­tion de Bret Stephens, édi­to­ri­al­iste au New York Times, qui pour­rait servir d’exemple à bien des mou­ve­ments sou­verain­istes. Il va de soi que – con­traire­ment aux pod­casts haut de gamme – de telles con­sid­éra­tions d’importance ne sont qua­si­ment pas débattues par les grands médias, essen­tielle­ment court-ter­mistes et assis sur un audi­toire vieillissant.

Epstein, les « quatre tribus », et les médias

L’affaire Epstein met en lumière l’hypocrisie des mythes fon­da­teurs de l’Amérique wilsoni­enne revue par Bret­ton Woods. Elle « dévoile » l’entre-soi d’une caste dirigeante mon­di­ale cor­rompue et sans colonne vertébrale. Il n’est désor­mais plus « com­plo­tiste » de dire qu’il n’y a plus de mythe unique « insti­tu­tion­nel rassem­bleur », ou que les class­es dirigeantes ne représen­tent plus les intérêts de la pop­u­la­tion. La célèbre fenêtre d’Overton s’écartelait en qua­tre poches utopiques. Les dossiers Epstein enfon­cent le dernier clou au cer­cueil du con­sen­sus. Un cer­cueil qui con­te­nait depuis qua­tre siè­cles les qua­tre cul­tures des qua­tre groupes fon­da­teurs du pays : les puri­tains, les monar­chistes, les lib­er­tariens, les iso­la­tion­nistes. Ces mythes datent de la Révo­lu­tion anglaise et de la décap­i­ta­tion par Cromwell du roi Charles Iᵉʳ. Et, au sens « Maffesolien », les tribus persistent :

  • Tribu numéro un, « insti­tu­tion­nelle libérale pro­gres­siste » (les puri­tains) : élève de Karl Pop­per et de Soros, cette fac­tion veut faire des États-Unis le nou­v­el empire de Cara­calla. Elle inclut la qua­si-total­ité des médias offi­ciels ain­si que leurs pod­casts asso­ciés. Cette tribu, proche d’Hollywood comme de l’ancienne Sil­i­con Val­ley ou de Davos, espère un nou­veau prési­dent comme Gavin New­som, le gou­verneur de Cal­i­fornie, encore invend­able il y a qua­tre ans, parce que « homme blanc ». Il pour­rait aujourd’hui para­doxale­ment béné­fici­er de l’effondrement du wok­isme. Impact Epstein : les médias ten­tent de démolir Trump, Elon Musk, Peter Thiel, et tous leurs alliés technophiles afin d’en faire les enne­mis de la femme. 
  • Tribu numéro deux, « con­ser­va­trice nation­al­iste » (les anciens monar­chistes) : celle-ci veut faire des États-Unis le nou­v­el empire bri­tan­nique ; elle se cristallise autour de Murdoch/Fox et de la Her­itage Foun­da­tion, ain­si que de nom­breux pod­casts évangélistes qui espèrent men­er le cou­ple Mar­co Rubio/Nicky Hai­ley à la prési­dence afin de pou­voir gér­er le monde « comme avant ». Cette tribu voit l’État d’Israël comme une dépen­dance des États-Unis, un cer­bère financé par eux dans une région cru­ciale du globe, en par­ti­c­uli­er con­tre l’Islam et, selon le menu du jour, tel ou tel pays arabo-per­so-tur­co-musul­man qui ne marche pas droit. Sachant qu’elle ne peut pas réformer dras­tique­ment l’État et qu’elle dépend de ses dona­teurs, con­sciente qu’elle ne pour­ra pas imprimer du dol­lar ad libi­tum, cette tribu n’aura d’autre solu­tion que de pour­suiv­re le déman­tèle­ment de l’Europe entamé déjà sous l’administration Biden afin de se nour­rir de ses pro­pres vas­saux. Impact Epstein : l’accent est mis sur la pédophilie, et la dégénéres­cence des élites. Le rôle éventuel des ser­vices secrets ou du Mossad est min­imisé.
  • Tribu numéro trois, la tech­no-lib­er­tari­enne : ambitieuse, se déclarant cul­turelle­ment con­tre « l’Antéchrist » du mod­ernisme de pre­mière ver­sion, elle veut faire des États-Unis le siège social d’une tech­nos­truc­ture mon­di­ale assise sur des valeurs tra­di­tion­nelles et futur­istes à la fois. Cette tribu se rassem­ble autour des pod­casts et des médias soci­aux amis de Musk et de Thiel. Par exem­ple, le groupe All In. Ils veu­lent JD Vance, actuel vice-prési­dent, à la Mai­son-Blanche. Ses mil­liar­daires ne provi­en­nent pas de l’univers des casi­nos du Neva­da ou de Wall Street. Impact Epstein : la tribu tech­no­lib­er­tari­enne va dénon­cer l’opacité et l’entre-soi des insti­tu­tions qui ont man­qué de trans­parence, et per­mis à la machine Epstein de per­dur­er. Elle proclam­era que les insti­tu­tions sont obsolètes.
  • Tribu numéro qua­tre, com­mu­nau­tariste-iso­la­tion­niste. Cette qua­trième tribu veut faire des États-Unis l’éternel Far West de ceux qui veu­lent qu’on leur fiche la paix. Ils se veu­lent maîtres de leur prospérité. Ils aspirent à plus de démoc­ra­tie directe, et rêvent que Wash­ing­ton devi­enne la cap­i­tale légère d’une nou­velle Helvétie qui con­trôlera stricte­ment ses bud­gets. Autour de cette tribu gravi­tent essen­tielle­ment des pod­casts de gauche ayant migré vers l’isolationnisme, ou de droite ayant, eux, migré des guer­res éter­nelles dev­enues insup­port­a­bles, exp­ri­mant en out­re et de plus un rejet exac­er­bé des « ingérences étrangères » dans la vie poli­tique et économique améri­caines. Ain­si du TCN, du Meg­yn Kel­ly Show, de Joe Rogan, du Jim­my Dore Show. Impact Epstein : accent mis sur la mort du sacré, instru­men­tée par le cynisme des affairistes, des ser­vices secrets améri­cains et étrangers qui font feu de la sou­veraineté du peu­ple améri­cain et bafouent la con­sti­tu­tion. Carl­son est le prin­ci­pal prop­a­ga­teur de ce discours.

Trump et son problème Carlson

Don­ald Trump, lors de sa dernière élec­tion, avait su habile­ment jouer du sup­port des tribus deux, trois et qua­tre, piochant même dans la numéro un. Il avait béné­fi­cié d’un tré­sor de guerre en cash et en nature provenant des tech­no-génies (Musk et ses amis) mais aus­si des lob­bies pro-israéliens. Notons que le monde des pod­casts de la jeunesse avait joué un rôle dans la curiosité pos­i­tive man­i­festée en faveur du can­di­dat. Depuis, il a don­né l’impression de per­dre les pédales au point que les sondages don­naient les répub­li­cains per­dants pour les lég­isla­tives de cette année. L’irruption de l’affaire Epstein présente donc une chance de ren­vers­er la table, car elle con­firme son argu­ment essen­tiel qui rassem­blera ses trois tribus : la cor­rup­tion et l’inefficacité de la classe dirigeante « à l’ancienne ».

Mais le Prési­dent reste écartelé entre (pour sim­pli­fi­er) le clan « Amer­i­ca First » et celui dit « Israel First ». Issus tous deux du mou­ve­ment MAGA, les anciens amis sont devenus enne­mis. La guerre récente entre, d’un côté, Ben Shapiro et Mark Levine et, de l’autre, Carl­son et Kel­ly lui a causé bien des dif­fi­cultés vis-à-vis de ses pro­pres com­man­di­taires. Si l’on ajoute à cela la ténac­ité de, dis­ons-le, la « machine » Tuck­er Carl­son à lancer l’alerte con­tre tout signe avant-coureur de l’intrusion des néo­con­ser­va­teurs dans le plan d’action de Trump, en par­ti­c­uli­er au Proche-Ori­ent, ou en Ukraine, Trump doit godiller entre les récifs. Il a récem­ment invité Carl­son à la Mai­son-Blanche. Rien n’en a tran­spiré, hormis des pho­tos déten­dues. Il lui faut donc ménag­er Carl­son d’autant que ce dernier reste intime­ment lié à JD Vance, Musk et Thiel. Mais surtout parce que Carl­son est aus­si une machine à drain­er des voix… à gauche !

Le cas israélo-palestinien et l’effet « jeunes Turcs » dans les nouveaux médias

L’affaire Epstein survient après un intense débat sur les pod­casts au sujet du cas israé­lo-pales­tinien. Les deux phénomènes ont eu un effet cumu­latif sur le rap­proche­ment entre Tuck­er Carl­son et cer­tains pod­casts plutôt inat­ten­dus, de même qu’il a pris une posi­tion (sur les pays arabes, l’I­ran, et le monde islamique) assez dif­férente des con­ser­va­teurs (il faut dire que l’opinion améri­caine, notam­ment la moitié la plus jeune, tend à dés­ap­prou­ver la poli­tique israéli­enne, ce qui avait fait réa­gir il y a quelques semaines Ben­jamin Netanya­hou). Très suivi par Pierce Mor­gan (ils sont amis bien qu’en désac­cord) et Break­ing Points, Carl­son a créé des ponts avec le pod­cast de gauche TYT (les Jeunes Turcs), dirigé par deux Améri­cains, l’un d’origine turque (Cenk Uygur), l’autre arméni­enne (Ana Kas­par­i­an). Cette con­ver­gence avec Carl­son sem­ble faire tache d’huile sur d’autres pod­casts, au point que l’on peut se deman­der si la pre­mière tribu (les pro­gres­sistes) ne fini­ra pas par dis­paraitre et se fon­dre avec la troisième, celle des lib­er­tariens, et la qua­trième, celle des isolationnistes.

En con­clu­sion, l’affaire Epstein est loin d’être ter­minée. Elle agit comme un catal­y­seur, un fil­tre où les cli­vages invis­i­bles à l’intérieur des qua­tre tribus représen­ta­tives des qua­tre utopies améri­caines procéderont à un nou­veau tri. Le pre­mier depuis qua­tre cents ans. On ne saura jamais si Trump a fait mon­tre de machi­avélisme en se faisant « con­train­dre » à libér­er les archives. Il n’en reste pas moins que les mânes d’Epstein son­nent la mort de l’ancien régime de toute la puis­sance et la joie des trompettes de l’apocalypse. Vient enfin le temps du dévoile­ment, c’est-à-dire de l’apocalypse, juste­ment. Et ce dévoile­ment est de loin bien plus impor­tant que les « révéla­tions » savoureuses, ris­i­bles, ou abjectes. Il nous ouvre les yeux sur un cadavre occi­den­tal fait de crises : la crise des médias, la révolte mal­saine du pays formel con­tre le pays réel dont les génies sor­tent de la bouteille à un rythme insouten­able pour les chefs, la crise de la démoc­ra­tie des batailles picro­cholines où rien ne se décide, la crise de l’inversion des con­cepts par lesquels l’Europe s’américanise pen­dant que l’Amérique rede­vient européenne. Et, pour finir, la crise de la géopoli­tique et de la sou­veraineté régalienne.

André Archim­baud

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