Data centers d’Amazon : délocalisés vers le Golfe, les voici ciblés par l’Iran
Le bombardement par les Gardiens de la révolution iraniens, le 21 juillet, de deux data centers d’Amazon à Bahreïn met en péril le projet américain de délocalisation de ses infrastructures numériques vers le Golfe. Des attaques inédites révélant la vulnérabilité de ces installations informationnelles stratégiques.
Le bombardement de deux centres de données d’Amazon à Bahreïn par les Gardiens de la révolution islamique (IRGC), le 21 juillet dernier, hypothèque sérieusement le projet américain de délocaliser ses infrastructures numériques. L’attaque intervient dans un contexte de reprise des hostilités : le cessez-le-feu conclu le 17 juin entre Washington et Téhéran a volé en éclats début juillet, après des frappes iraniennes contre des navires dans le détroit d’Ormuz, puis un raid américain sur le site nucléaire iranien de Darkhovin. Les Gardiens de la révolution ont présenté l’attaque des data centers d’Amazon comme une riposte directe à ce raid.
Les États-Unis comptent plusieurs projets en cours de réalisation en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Bahreïn. Le coup d’envoi a été donné lors de la tournée de Donald Trump dans la région en mai 2025, où l’intelligence artificielle et les data centers ont figuré parmi les principaux volets des accords signés avec les trois pays.
Contraints de chercher de nouveaux territoires pour installer leurs serveurs, face aux protestations grandissantes aux États-Unis et en Europe, les géants américains avaient cru avoir trouvé leur eldorado dans le grand désert arabique. Il faut s’attendre à ce qu’ils revoient rapidement leurs calculs, après ce coup dur et tout à fait inattendu.
Une attaque fatale ?
Il faut dire que le ciblage des data centers est un fait relativement nouveau dans cette guerre qui ne veut pas finir au Moyen-Orient. Plusieurs installations d’Amazon aux Émirats et à Bahreïn avaient déjà été touchées en mars 2026, puis de nouveau début avril. Mais c’est bien la première fois qu’une infrastructure de cette envergure a été prise pour cible dans cette région : les deux sites visés le 21 juillet, situés à Zallaq et à Askar, ont subi des dégâts significatifs, confirmés fin juillet par des images satellite relayées par Bloomberg.
Cette attaque donne la preuve que ces installations numériques américaines sont aussi vulnérables que les bases militaires implantées dans les pays du Golfe.
Pour Chaima Al-Morsy, spécialiste de l’Iran, citée le 24 juillet par le quotidien panarabe Al-Araby Al-Jadeed, cette attaque iranienne inédite contre un data center américain à Bahreïn « constitue une évolution importante dans la doctrine de dissuasion iranienne. Téhéran a compris que les économies du Golfe, ainsi que les états-majors américains dans la région, ne s’appuient pas seulement sur le pétrole et les installations traditionnelles, mais aussi sur les données et les clouds. »
Une délocalisation au pas de charge
L’industrie numérique aux États-Unis traverse une période difficile depuis quelques années. Au premier trimestre 2026, 75 grands projets de centres de données ont été bloqués ou retardés, sous l’effet des protestations citoyennes et écologiques menées par des associations regroupant des citoyens, militants et élus à travers de nombreuses villes du pays.
Ces derniers estiment que de tels projets sont énergivores et constituent une double menace sur l’écosystème et la santé publique. Les altermondialistes ajouteront que de tels projets profitent aux grandes entreprises technologiques au détriment des populations.
Selon The Economist, au moins 20 projets représentant 42 milliards de dollars d’investissements et 3,53 gigawatts de capacité électrique auraient été abandonnés sous la pression citoyenne. Certaines estimations avancent entre 130 et 152 milliards de dollars de projets suspendus ou bloqués depuis le début de 2026, toujours selon la même source.
Les contestations sont particulièrement bruyantes en Virginie, qui concentrerait 398 data centers opérationnels et 287 autres en projet, et à New York. La gouverneure démocrate de cet État, Kathy Hochul, a signé le 14 juillet 2026 un décret suspendant durant un an les nouveaux projets de data centers dont la consommation est estimée à 50 mégawatts.
L’argument avancé est qu’un centre de cette puissance consommerait autant d’électricité qu’une ville américaine d’environ 50 000 habitants. La mesure vise particulièrement les hyperscalers (grands fournisseurs de services cloud) et les projets associés à l’IA générative.
Une contestation plus forte en Europe
La multiplication des projets de data centers a donné lieu à des mobilisations encore plus véhémentes en Europe, où les mouvements écologistes sont mieux organisés.
En France, une cartographie non officielle recensait, au début de 2026, environ quinze projets contestés par des pétitions, des regroupements publics ou des actions judiciaires.
Les contestataires brandissent les mêmes mots d’ordre, à savoir : l’artificialisation des terres agricoles, les nuisances sonores, l’épuisement de l’eau… Ils dénoncent, par ailleurs, ce qu’ils qualifient de « gestion opaque » de cette filière.
Exemple récent de cette fronde en France : à Rovaltain, près de Valence, le collectif Assez de Data Centers a introduit une plainte contre la délivrance d’un permis de construire d’un projet de supercalculateur consacré à l’IA. Le 10 juillet 2026, le tribunal administratif de Grenoble a suspendu ce permis, arguant de l’absence d’étude d’impact environnemental.
Ailleurs en Europe, l’Irlande, considérée comme le premier hébergeur européen en termes de capacité électrique, a longtemps imposé un moratoire de fait sur les nouveaux raccordements de data centers autour de Dublin, face aux risques de saturation du réseau électrique.
Acculées par la montée des contestations en Occident, les grandes firmes de technologie (les fameuses GAFAM) pensaient avoir trouvé refuge dans les pays du Golfe, où elles étaient assurées par la permissivité des autorités locales (inféodées pour la plupart à Washington) et l’absence de tradition militante.
Cela ne supprime pourtant pas la surconsommation d’énergie ou d’eau. Leur cynisme a finalement un prix.
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