La conférence de presse, c’est un peu comme la messe, il faut y aller même si parfois on s’y ennuie. Avec Mélenchon, jamais d’ennui, mais il faut montrer patte rouge certifiée LFI, sinon on est exclu de la cérémonie. Comme le 23 février à Paris.
Le sparadrap de la Jeune Garde
Les lecteurs de Hergé version Tintin se souviennent du sparadrap du capitaine Haddock dans l’Affaire Tournesol. Le capitaine ne parvient pas à se défaire d’un sparadrap collant qui revient sur quatre pages (les pages 45, 46, 47 et 49 pour les spécialistes). LFI peut difficilement se décoller du sparadrap ensanglanté de la Jeune Garde. Jean-Luc Mélenchon lui-même les avait glorifiés dans un meeting à Auxerre le 30 avril 2025, louant :
« La Jeune Garde, une organisation liée, alliée au mouvement Insoumis… » et lançant un appel aux militants LFI de la manifestation du 1ᵉʳ mai à Lyon « à se mettre derrière la bannière de la Jeune Garde ».
Quand on ne peut enlever un sparadrap, on le revendique et on en fait une boutonnière. Ce que fait Mélenchon dans sa conférence en assurant :
« Nous avons fait l’objet de toute sorte d’attaques physiques. Nous avons demandé dix fois à être protégés, sans résultat (…), s’est-il justifié. La Jeune Garde est une organisation qui nous a appris beaucoup de choses sur la manière de gérer notre sang-froid pour assurer la tranquillité de nos réunions (sic).
Médias invités et médias désinvités
Pour mettre un peu de piment dans la sauce, LFI a filtré les médias. Pour assister à la conférence à La Fabrique Paris Xᵉ, étaient invités (liste non exhaustive) : Reporterre, Blast, le Média, Dofla, les Jours, le HuffPost, Mediapart, Alertes Racisme, 15 minutes médias, des influenceurs comme Farah RK, Grande Bavardeuse (Anna Baldy). Tous médias en ligne, la plupart très militants, d’autres seulement sympathisants ou neutres.
Ont été purement boycottés ou n’ont pas reçu de réponse à leur demande d’accréditation Libération (dont une journaliste, Charlotte Belaisch, a écrit La Meute, un ouvrage critique sur LFI), Le Monde (même motif, même peine), L’Express, Marianne, TF1, Radio France, Charlie Hebdo, Le Parisien et même l’AFP (liste non exhaustive). Une semi-exclusion, la conférence étant retransmise sur Youtube, mais une première.
Officialité médiatique et stratégie de rupture
Jean-Luc Mélenchon en attend « un autre format de relation » avec la presse qui « concilierait le respect mutuel et l’interrogation sans complaisance… Nous ne l’attendons plus de la presse des 9 milliardaires qui possèdent 90 % de ces médias, de ce que nous nommons l’officialité médiatique.
Une stratégie clivante pour 2027, plutôt conforter sa base militante et électorale que de se confronter aux grands médias. Une stratégie qui rappelle celle de Donald Trump en 2024, refusant leur accréditation à de grands médias comme le Washington Post et l’accordant à des influenceurs en ligne favorables au mouvement MAGA. Une stratégie efficace et ceux qui ont déjà enterré le candidat LFI pour 2027 pourraient avoir des surprises. Il y a les exactions de la Jeune Garde, mais le meurtre de Quentin n’est que peu susceptible de toucher l’électorat LFI. Comme le souligne Jean-Yves Le Gallou dans Polémia du 24 février :
« Croire que Mélenchon est cuit pour 2027 est faux. Son électorat est composé de masses issues de l’immigration (principalement musulmane) et de prolétaires intellectuels blancs (étudiants, enseignants, chercheurs au CNRS, agents administratifs). Beaucoup sont totalement indifférents à la mort de Quentin ».

Pour approfondir : Rodolphe Cart, Mélenchon, le bruit et la fureur, portraits d’un révolutionnaire. La Nouvelle Librairie éd., 2025, 18,90 €.
Claude Lenormand

