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Carlson et Netanyahou, influenceurs majeurs de la vie politique américaine

28 mars 2026 | Temps de lecture : 15 minutes

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En 2028, les Améri­cains éliront un prochain prési­dent, homme ou femme. Les dona­teurs, comme ils en ont le droit, ten­teront de cor­na­quer les can­di­dats. Et les résul­tats nous diront laque­lle des deux ter­res promis­es aura été la plus effi­cace : celle de l’exceptionnalisme améri­cain, les sou­verain­istes, ou celle des cinquante mil­lions de chré­tiens sion­istes qui voient en l’État hébreu un sim­ple embry­on de ce qu’il devrait être – le « grand Israël » – pour que nous revi­enne le Messie.

Deux influ­enceurs d’exception représen­tent les deux fac­tions. L’épiscopalien Tuck­er Carl­son, et en face l‘actuel Pre­mier min­istre israélien, inspi­ra­teur des évangélistes sion­istes qu’il cour­tise depuis longtemps. Un tel posi­tion­nement des enjeux aurait été impens­able il y a encore deux ans. Les grands médias à faible dif­fu­sion ne voient naturelle­ment pas les choses comme ça. Les nom­breux petits pod­casts à grande dif­fu­sion, oui. C’est dire, en de telles per­spec­tives, com­bi­en la per­son­nal­ité de Trump est dev­enue sub­sidi­aire, voire obsolète.

Tucker Carlson part en guerre… contre la guerre

Carl­son a ouvert la course prési­den­tielle. C’est depuis son inter­view du séna­teur Ted Cruz, en juin 2025, que les obser­va­teurs com­men­cent à y songer. En décon­stru­isant les idées reçues du séna­teur Cruz sur la ques­tion du chris­tian­isme sion­iste, Tuck­er Carl­son enta­ma ce jour une imper­ti­nente croisade con­tre la guerre en Iran qui pointait à l’horizon. Une cri­tique impi­toy­able des chré­tiens sion­istes, en fait. Le jour­nal­iste franc-tireur a par­ticipé en juil­let à un méga-ral­lye organ­isé par son ami Char­lie Kirk, le fon­da­teur de Turn­ing Point USA (TPUSA). Il y soute­nait que le pays n’avait plus les moyens de faire des guer­res « pour le compte d’autrui », de sur­croît sans véri­ta­bles straté­gies. Puis survint l’assassinat de son ami Char­lie Kirk, le 10 sep­tem­bre 2025. Kirk était con­sid­éré comme l’espoir du mou­ve­ment MAGA. Il avait démon­tré son immense qual­ité d’activiste poli­tique au point qu’il incar­nait un par­fait leader de la relève, donc un can­di­dat à la prési­dence tout à fait vraisem­blable à dix ans d’échéance. Parce qu’il avait su faire bas­culer une grande par­tie des jeunes et des absten­tion­nistes dans le camp de Don­ald Trump en 2024.

La liaison Carlson Turning Point USA (Charlie Kirk)

Furieux con­tre les médias pour leur traite­ment de l’attentat, Carl­son s’en prit à eux, en octo­bre 2025, lors d’une réu­nion com­mé­mora­tive organ­isée par le mou­ve­ment de Char­lie Kirk sur le cam­pus de l’université de l’Indiana, à Bloom­ing­dale. Et ceci non sans y avoir défi­ni le mou­ve­ment MAGA (MAGA = Amer­i­ca First + pas de guer­res stu­pides + un effort réel de ramen­er les emplois au pays + immi­gra­tion con­trôlée), avec pour slogan-conclusion :

« Jamais un pays ne doit plac­er les intérêts d’autres pays au-dessus des siens propres ».

Ce jour-là se posait la ques­tion du con­trôle de l’organisation de Char­lie Kirk (TPUSA). Elle se pose encore aujourd’hui. Qui détien­dra le TPUSA gag­n­era l’élection. Or seuls le vice-prési­dent JD Vance et Tuck­er Carl­son seraient à même de l’arsenaliser comme le fai­sait Char­lie Kirk.

Carlson s’internationalise

Tuck­er s’est ensuite « inter­na­tion­al­isé », se ren­dant par exem­ple au World Gov­ern­ments Sum­mit de Dubaï en mars 2026. Cycle qu’il pour­suit grâce à sa chaîne TCN en inter­ro­geant des per­son­nal­ités lib­er­taires (ou hydro­poniques), améri­caines et étrangères. Ain­si de son ex-col­lègue de CNN devenu pod­cast­er, le bri­tan­nique Pierce Mor­gan (con­fronta­tions le plus sou­vent ami­cales), l’ambassadeur améri­cain à Jérusalem, ancien pas­teur et gou­verneur de l’Arkansas Mike Huck­abee (entre­vue-piège), le géopoli­to­logue sino-cana­di­en Jiang Xu Qin qui a fait ses études aux É‑U (entre­vue infor­ma­tive), et tout récem­ment Avra­ham Burg, un homme poli­tique israélien réfrac­taire au régime Netanya­hou d’aujourd’hui (qui doit « faire avec » les religieux fon­da­men­tal­istes). Voir en lien un exem­ple de cette entre­vue cor­diale.

Ces élé­ments de réflex­ion expliquent peut-être pourquoi, à la plaisan­terie, (?) Carl­son a dit que par­fois l’envie lui venait de se porter can­di­dat. Car la pop­u­la­tion améri­caine en dessous de cinquante ans entre en rébel­lion con­tre l’opération mil­i­taire israé­lo-améri­caine au Proche-Ori­ent, tan­dis que les per­son­nal­ités hos­tiles à cette guerre sont dénon­cées. Un pod­cast présen­té par deux anciens jour­nal­istes de MSNBC (propales­tiniens de gauche) décrit ici avec exac­ti­tude la vio­lente con­fronta­tion médi­a­tique qui déchire la coali­tion MAGA/America First qui avait porté Trump au pou­voir. Des odeurs d’inculpation flot­tent dans les âmes. Et ce à la veille des prochaines élec­tions au Con­grès. Et surtout en pré­pa­ra­tion des prési­den­tielles de 2028 où tout le monde attend chez les « répub­li­cains » des pri­maires entre Rubio, Vance et Cruz.

Criminaliser et éliminer de la course les éléments MAGA ?

Ray­mond Abel­lio a écrit dans son roman Vis­ages immo­biles que l’Amérique vivait la guerre comme un spec­ta­cle sportif, tan­dis que les vieilles nations y voy­aient une ren­con­tre avec la tragédie. Il y a ain­si les guer­res de choix et les exis­ten­tielles. Les dernières sont par déf­i­ni­tion « justes » parce que défen­sives, tan­dis que les pre­mières sont tou­jours ven­dues comme préven­tives parce que « justes ». C’est pourquoi bon nom­bre de jour­nal­istes et pod­cas­teurs s’inquiètent. Quoi qu’il en soit, out­re la cen­sure ou la coupure des comptes ban­caires, un état « de guerre » com­porte aujourd’hui un immense risque pour des déviants tels que Tuck­er Carl­son. Et une ving­taine de pod­cas­teurs majeurs, de gauche comme de droite. Carl­son dit avoir été infor­mé par des « con­nais­sances » que la CIA aurait demandé au min­istère de la Jus­tice d’enquêter sur ses con­tacts jour­nal­is­tiques avec l’Iran afin d’en déter­min­er ou non le car­ac­tère crim­inel. Il a fait une déc­la­ra­tion à cet effet, suiv­ie d’autres, et en a dis­cuté avec le jour­nal­iste améri­cain qui vit au Brésil, Glenn Green­wald. Un har­cèle­ment judi­ci­aire n’est pas à exclure, ne serait-ce que pour « fuiter » et diaboliser.

La poli­tique étant ce qu’elle est, il serait logique de penser que la ten­ta­tion d’inculper un opposant poli­tique est tou­jours pos­si­ble. Trump devrait en savoir quelque chose.

Plus ça change, moins ça change : l’Amérique sous pilotage automatique

Les États-Unis sont cou­tu­miers des guer­res de choix. Parce qu’ils sont une république oli­garchique conçue pour don­ner un cadre opéra­tionnel sub­til à la démoc­ra­tie, ce qui a per­mis dès leur fon­da­tion aux qua­tre tribus con­sti­tu­tives du pays (voir notre précé­dente chronique) de paci­fique­ment coex­is­ter. Sachant que les oli­garchies tran­scen­dent les tribus, et con­trô­lent les insti­tu­tions depuis tou­jours. Aux pro­prié­taires de plan­ta­tions ont suc­cédé les cheva­liers d’industrie, puis les ban­quiers, puis les tech­nol­o­gistes. Ils ont ain­si peu à peu trans­for­mé la Weltan­schau­ung de la république, la faisant pass­er de l’isolationnisme à l’internationalisme, de l’internationalisme au transna­tion­al­isme puis, depuis 2024, du transna­tion­al­isme au nation­al-tech­nol­o­gisme, lequel entre main­tenant en con­flit direct avec un retour de flam­bée de l’impérialisme hydro­ponique mes­sian­ique qui fut jadis qual­i­fié de « blob » par Barack Oba­ma : les néo­con­ser­va­teurs de l’équipe Bush qui revi­en­nent en force.

Retour des néoconservateurs

Ces derniers avaient inlass­able­ment remod­elé la carte géopoli­tique du Proche-Ori­ent, cristallisant leurs vues dans un célèbre mémoran­dum cité dans son livre par le respon­s­able de la CIA de Bill Clin­ton, James Woosley. Le mémo décrivait une chaîne de ren­verse­ments de régimes « sous cinq ans » en Irak et en Syrie, au Liban et en Libye, en Iran et en Soma­lie, le Soudan com­plé­tant la liste de ce pro­jet « pro­phy­lax­ique ». En dépit de la mau­vaise sur­prise de l’Afghanistan, ils s’obstinent aujourd’hui à vouloir men­er à bout leur plan, cochant la dernière case : l’Iran. Il leur aura fal­lu vingt-cinq ans. La pop­u­la­tion en a assez. Les finances de l’État s’épuisent. La dette publique est obèse. Et la Chine pour­suit son avance tech­nologique. D’où les deux élec­tions de Trump.

Cer­tains s’étonnent encore que ses promess­es de 2024 (la dernière élec­tion prési­den­tielle) n’aient pas été tenues. L’opération de police lancée par le DOGE dans le cœur nucléaire des dépens­es publiques a en effet échoué dès le départ parce que Musk voulait procéder à un audit appro­fon­di de deux rack­ets cham­pi­ons du cam­ou­flage compt­able, le wok­iste et le bel­li­ciste, tous deux affamés de l’or des con­tribuables. La guerre en Ukraine n’a pas été arrêtée en 24 heures, ni jamais. Et celle des tar­ifs a été cafouilleuse, prê­tant le flanc au sab­o­tage des juges. Quant au con­trôle du Cana­da (vieux et fasci­nant pro­jet « anti-New Deal » du Tec­nate of Amer­i­ca des années 30, auquel col­lab­o­rait active­ment le grand-père mater­nel d’Elon Musk), celui-ci a explosé au décol­lage (avec le Groen­land !). Et voici main­tenant que la guerre pour le con­trôle de l’énergie mon­di­ale ne tourne pas rond non plus. Con­sid­érée pour­tant comme un préreq­uis au finance­ment d’un pharaonique pro­gramme d’intelligence arti­fi­cielle lui-même conçu par les tech­nol­o­gistes comme l’ultime vac­ci­na­tion, dés­espérée, con­tre le dépérisse­ment de la civil­i­sa­tion améri­caine, donc occi­den­tale, la guerre en Iran était sup­posée étouf­fer les métas­tases galopantes d’un can­cer nom­mé les BRICS. Or, là encore, Trump se mutile poli­tique­ment en sac­ri­fi­ant sa base élec­torale. La com­men­ta­trice Meg­yn Kel­ly, lors d’une inter­view de Joe Kent, lequel a récem­ment démis­sion­né de son poste de directeur nation­al du con­treter­ror­isme, nous rap­pelle en effet que la coali­tion de 2024 a explosé et que les démoc­rates, dépourvus de leader ou de pro­gramme autre que l’impeachment de Trump (sa révo­ca­tion), vont pour­tant béné­fici­er d’un raz-de-marée lors des lég­isla­tives de l’automne.

Trump est-il idiot ou suicidaire ? A‑t-il peur de quelque chose ?

Bon nom­bre de com­men­ta­teurs améri­cains, la majorité en fait, se noient en ce genre d’hypothèses. Ils ignorent peut-être que Trump est tout sim­ple­ment un faible, un faux-dur qui ne sait pas dire non, tout comme ses prédécesseurs le furent. Conçu pour servir les oli­garchies, l’État per­ma­nent améri­cain fonc­tionne depuis deux cent cinquante ans sous pilotage automa­tique. Aucun cap­i­taine n’a pu his­torique­ment le décon­necter. Tous ont fait sem­blant. En par­ti­c­uli­er depuis la Pre­mière Guerre mon­di­ale. Et aucun dans le futur ne le pour­ra, à moins de procéder à une décon­struc­tion et recon­struc­tion com­plète des pou­voirs publics en invo­quant l’article 5 de la con­sti­tu­tion, selon par exem­ple des recom­man­da­tions de la Her­itage Foun­da­tion ou encore du groupe mil­i­tant The Con­ven­tion of States. Que l’on y parvi­enne ou non, ceci aura un impact non pas seule­ment pour les Améri­cains, mais pour le reste du monde. Ce dernier ne peut atten­dre. Ni Israël qui pour­tant a fait trop con­fi­ance à quelques lob­bies améri­cains dont le style agres­sif risque d’avoir un effet con­traire : la détéri­o­ra­tion de jour en jour de son cap­i­tal de sym­pa­thie. Le phénomène Netanya­hou vient d’être bril­lam­ment exposé par l’ancien politi­cien israélien (et un temps prési­dent par intérim du pays), Avra­ham Burg, lors de sa toute dernière inter­view avec Tuck­er Carl­son. Burg éduque le jour­nal­iste sur les racines intel­lectuelles du Pre­mier min­istre, sur la com­plex­ité de la société israéli­enne, et ses con­sid­érables trans­for­ma­tions depuis l’époque héroïque de la guerre des Six Jours, en 1967. Ain­si que sur la psy­cholo­gie du citoyen de base.

Woodstock et le déclin occidental

La « renais­sance » voulue par Netanya­hou, son ral­lumage du sens de l’histoire sion­iste, résulte prob­a­ble­ment de sa pro­pre prise de con­science du déclin améri­cain. Ceci ne date pas d’aujourd’hui. Le déclin remonte à loin : à l’année 1969, pré­cisé­ment. Depuis Wood­stock. Peter Thiel a dit l’année dernière que ce sont les hip­pies qui depuis ont pris le con­trôle de l’Amérique. Depuis Wood­stock, évène­ment qui en quelque sorte a « annulé l’alunissage » en 1969 du pro­gramme Apol­lo. Prométhée a été dilué. Et Thiel d’expliquer : depuis cette date, la sci­ence des grandes décou­vertes ne pro­gresse plus, les ingénieurs dis­parais­sent, les ban­quiers poussent comme des champignons, l’on ne fab­rique plus de pro­duits faits d’atomes, on se con­tente au con­traire de mul­ti­pli­er pro­duits et ser­vices assis sur des bytes. Con­clu­sion du fon­da­teur de Palan­tir : faute d’un redresse­ment majeur, sans un retour au tan­gi­ble, l’empire occi­den­tal vit sous le signe de l’Antéchrist.

Fin de la liaison automatique USA-Israël

L’État d’Israël a com­pris depuis plusieurs années que son sou­tien psy­chologique et financier en Amérique dépend de ceux qui rêvaient de la con­quête spa­tiale : les baby-boomers. Ils sont en voie de dis­pari­tion, à l’exception de Musk. L’Amérique change poli­tique­ment, démo­graphique­ment, psy­chologique­ment. Les électeurs démoc­rates sont devenus hos­tiles à Israël et favor­ables à la Pales­tine au point que les lob­bys pro-israéliens comme l’AIPAC (l’American Israel Pub­lic Affairs Com­mit­tee, fondé en 1959, suc­cesseur de l’American Zion­ist Com­mit­tee for Pub­lic Affairs, fondé en 1954) choi­sis­sent désor­mais d’utiliser des struc­tures inter­mé­di­aires ne faisant nulle­ment référence à Israël lorsqu’ils sou­ti­en­nent des can­di­dats aux pri­maires. Quant aux électeurs répub­li­cains, ils se divisent entre les vieux (pro-Israël, pro-estab­lish­ment) et les jeunes (iso­la­tion­nistes, défi­ant l’establishment, hyper­ac­t­ifs dans les pod­casts, ce qui explique les suc­cès con­sid­érables de cer­tains d’entre eux venus pour­tant du « main­stream »: Meg­yn Kel­ly, Pierce Mor­gan, et bien sûr Tuck­er Carl­son), emblé­ma­tique­ment représen­tés par le défunt Char­lie Kirk. Ben­jamin Netanya­hou le com­prend. Il sait aus­si que la démo­gra­phie en Israël ne va pas dans le sens de l’histoire. Il lui faut coûte que coûte pour­suiv­re, provo­quer des retourne­ments stratégiques.

De « La vie selon Agfa » à la rave party : le sursaut des sionistes messianiques

Le petit État israélien n’a jamais cessé de se redéfinir. Fondé par des social­istes nation­al­istes orig­i­naires d’Europe, il a pro­gres­sive­ment mué à la suite de divers­es vagues ou muta­tions migra­toires. La Terre sainte dis­per­sée aux qua­tre vents s’est bru­tale­ment, deux mille ans après, trans­for­mée en camp de réfugiés, puis en état-kib­boutz, puis devint un État-client de la puis­sance améri­caine. Les arabo-musul­mans de la région ont alors hâtive­ment perçu Israël comme un porte-avions de l’Occident chargé de la police de la région. Mais le génie est sor­ti de la bouteille de l’Histoire, se des­sine main­tenant un État-puis­sance de stature mon­di­ale, assis sur trois forces pro­fondé­ment voulues comme irrévo­ca­bles : son peu­ple, sa terre, et sa loi. Cela suf­fit. Le peu­ple de prêtres se trans­forme en nation. Point n’est besoin en effet, pour cer­tains intel­lectuels juifs, de croire en Dieu Selon le Français Hen­ri Atlan, il n’y a curieuse­ment ni Cre­do ni Cha­ha­da (pro­fes­sions de foi) dans la reli­gion juive. D’autres, quelques rab­bins ortho­dox­es, comme Yakov Ravkin, vont au con­traire jusqu’à présen­ter le pro­jet israélien comme une con­séquence du protes­tantisme mes­sian­ique, une erreur qui, comme le dis­ait Mon­tagu à Bal­four, met­trait les juifs du monde en dan­ger, faisant en sorte qu’ils seraient traités en étrangers dans tous les pays, y com­pris en Pales­tine. Shlo­mo Zand va de son côté affirmer dans son livre que la terre d’Israël a été « inven­tée », là encore sous influ­ence protes­tante. D’autres voient enfin le sion­isme comme la mar­que de l’idolâtrie, de l’hubris et de l’hérésie. Ain­si du rab­bin Yaakov Shapiro.

Le rôle des sionistes chrétiens

Inverse­ment, cer­tains groupes minori­taires mais très act­ifs diront, avec les dis­ci­ples de feu le rab­bin Kook, qu’Israël n’attend plus le Messie ; il en est la pre­mière étin­celle, l’étape numéro un du cycle mes­sian­ique. Autrement dit, selon l’école des prémices de la Rédemp­tion, la fin est déjà là. Depuis le cycle Netanya­hou, grâce à la guerre très large­ment soutenue par la pop­u­la­tion alors que les élites le haïssent, le paysage a changé, en par­ti­c­uli­er depuis quinze ans. Le temps d’une généra­tion, le social­isme sion­iste a fait pro­gres­sive­ment place à une sorte de syn­thèse, le sion­isme mes­sian­iste, peut-être beau­coup plus vibrant encore dans le cœur des cinquante mil­lions de chré­tiens sion­istes améri­cains que dans celui des Israéliens. Vecteur d’une vision géopoli­tique nou­velle, il passe de la sim­ple idéa­tion d’un État pré­cieux, cen­tre mon­di­al d’une nation qui renaît, à un pro­jet : la restruc­tura­tion com­plète de son voisi­nage. Car le troisième tem­ple attend… au car­refour de trois continents.

Israël comme nouvelle Californie eschatologique ?

Car­refour du Proche-Ori­ent en effet, que cet Israël sci­en­tifique, tech­nologique et poli­tique, nou­velle Cal­i­fornie escha­tologique, prochain eldo­ra­do de la nou­velle his­toire d’un monde réini­tial­isé. Ben­jamin Netanya­hou a pris son indépen­dance à l’égard des États-Unis, dont le peu­ple est vu par les citoyens de l’État hébreu, nous dit Avra­ham Burg, comme naïf bien qu’admirable. Netanya­hou, comme la plu­part de ses prédécesseurs, con­nait le pays comme sa poche. Il a besoin de lui. Et il n’a pas le choix. Car ten­dan­cielle­ment Israël vit une sorte de déclin interne iden­tique à celui de l’Amérique et de l’Europe. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Ce déclin social d’Israël fut prophétisé par un film de 1992, La Vie selon Agfa (réal­isé par le fils de Moshe Dayan), qui présen­tait la société israéli­enne sous un jour nihiliste. La sym­bol­ique de la dernière prise de vue (la bande du mag­né­to­phone qui tourne à vide, pré­cisé­ment) nous aide peut-être à com­pren­dre le phénomène Netanya­hou d’aujourd’hui. Le voilà en effet qui enfourche le cheval blanc de l’apocalypse lorsque sort une suite du film de Dayan, la rave par­ty du 7 octobre.

La guerre des terres promises est inscrite dans les astres

La tragédie grecque décrit le champ d’affrontement de deux légitim­ités. Un domaine où les dieux n’ont pas le droit d’intervenir. L’Amérique comme Israël sont con­scients de leur crise mutuelle. L’Amérique de Carl­son veut se repli­er sur ce qu’elle nomme l’Hémisphère Ouest, ensem­ble autar­cique qui réu­nit toutes ter­res améri­caines entre pôle Nord et pôle Sud, tout en con­ser­vant son mono­pole moné­taire et tech­no numérique sur le monde. L’Israël de Netanya­hou attend de son allié qu’il s’engage au-delà de ce périmètre ; il l’entraîne imprudem­ment dans une crise énergé­tique au Proche-Ori­ent qui risque de faire per­dre à Wash­ing­ton dix ans de pro­gres­sion tech­nologique. Parce qu’Israël a besoin d’un hin­ter­land et d’un rim­land élar­gi. Au détri­ment de ses voisins.

L’élection prési­den­tielle améri­caine de 2028 représente la date butoir. La crise actuelle a le mérite de la clarté. D’un côté la posi­tion Carl­son-Vance qui sert de loco­mo­tive à un sys­tème que Trump ne con­trôlera plus bien­tôt. De l’autre le joint-ven­ture Israël et chré­tiens sion­istes, pro­mu par les admi­ra­teurs de Netanya­hou les plus vocaux aux États-Unis, et qui risque en fait de faire explos­er les deux pays. D’un côté l’Amérique ne peut plus servir de gen­darmerie à l’État hébreu. De l’autre, Israël réalise qu’il lui sera trop dan­gereux de rester colonie améri­caine. D’où cette tragédie des deux ter­res promis­es. D’où aus­si la tragédie du Proche-Ori­ent en son entier.

La marche de l’aveugle et du par­a­ly­tique ne pour­ra dur­er longtemps. Les deux équipes de cam­pagne le savent.

André Archim­baud

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