Après 48 heures de coma dépassé, Quentin D., 23 ans, agressé par des antifas de la Jeune Garde de Lyon, proches de LFI, est décédé de ses blessures. Revue de presse et réactions politiques.
Rappel des faits
Le jeudi 12 février, Rima Hassan, eurodéputée (LFI), était reçue avec les honneurs à Sciences Po Lyon pour une conférence. Le groupe féministe identitaire Nemesis protestait pacifiquement devant l’IEP avec une banderole « islamo-gauchistes hors de nos facs » tenue par sept jeunes femmes. Une dizaine de copains se tenaient à une cinquantaine de mètres pour les protéger. Une quarantaine d’antifas se sont jetés sur eux avec un essai de strangulation d’une jeune fille jetée à terre. Les membres de Nemesis se sont alors dispersés, Quentin n’était plus là. Retrouvé désorienté, convulsant, il a été transporté à l’hôpital Édouard Herriot en urgence absolue, est tombé dans le coma et est mort 72 heures plus tard.
Un peu plus tôt, le jeune Quentin D., étudiant en mathématiques et sympathisant du groupe identitaire Academia Christiana, esseulé, était agressé, passé à tabac, puis achevé à coups de pieds par un groupe d’une dizaine d’antifas quai Fulchiron le long de la Saône. Un membre du groupe antifa La Jeune Garde, Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault (fondateur et ancien porte-parole de la Jeune Garde), a été reconnu parmi les assaillants.
L’avocat de la famille de Quentin a précisé que « le jeune Quentin n’était ni agent de sécurité, ni membre d’un quelconque service d’ordre et qu’il n’avait aucun antécédent judiciaire. Quentin n’a jamais été mis en cause dans la moindre affaire et encore moins pour violence par le passé, son casier judiciaire est vierge. »
Il a ajouté :
« La thèse de la simple “rixe” entre deux groupes rivaux ne semble pas correspondre à la réalité des faits : il s’agirait plutôt d’un lynchage gratuit de la part de plusieurs individus, en surnombre et armés, qui se seraient acharnés sur la victime isolée. »
De la « rixe » de Libération au « service d’ordre » du Monde
Le titre de Libération est un chef-d’œuvre de mensonge :
« À Lyon, un militant d’extrême droite dans « un état désespéré » après une rixe, Bardella condamne les antifas. L’article poursuit : « Le jeune homme de 23 ans a été grièvement blessé jeudi 12 février au soir dans la capitale des Gaules lors de heurts avec des personnes présentées comme des “antifas” en marge d’une action du groupuscule identitaire Némésis. »
Trois mensonges en quelques lignes, c’est une sorte de record. Non, Quentin ne s’est pas retrouvé dans une « rixe », il a été victime d’un guet-apens par des antifas de la Jeune Garde qui l’ont suivi, tabassé et terminé à coups de pieds lorsqu’il était à terre, atteste une vidéo tournée depuis un balcon du quai Fulchiron. Non, il ne se trouvait pas parmi les « heurts » lorsque les jeunes femmes de Nemesis ont été agressées. Il était isolé et a été suivi non pas par des personnes « présentées comme des antifas » mais par des membres bien identifiés de la Jeune Garde.
Le Monde est plus réservé :
« À Lyon, un militant identitaire grièvement blessé, ses proches accusent les antifas, la justice prudente », poursuivant : « Le groupuscule d’ultradroite Némésis affirme qu’un membre de son service d’ordre a été tabassé, jeudi, par des activistes du groupe antifasciste de la Jeune Garde. Les autorités judiciaires restent prudentes sur les circonstances de ce drame. » Soulignons les qualificatifs : Nemesis est un « groupuscule d’ultra-droite », alors que les antifas sont des « activistes du groupe antifasciste la Jeune Garde ».
Dans Le Figaro du 15/02, Vincent Trémolet de Villers prend le contrepied de Libération :
« Quentin dans cette histoire n’est pas « un militant » pris dans une « rixe » mais un martyr de la liberté d’expression que l’extrême gauche, aidée par trop de complices, veut remplacer par son hideuse loi de la meute. Puisqu’Emmanuel Macron se réfugie une fois encore dans la nuit de l’équivalence ; puisqu’une grande partie des médias se voile le visage avec le mouchoir du Tartuffe ; puisque La France Insoumise ajoute dans sa défense l’obscène à l’odieux, il convient de rappeler calmement pourquoi Quentin est mort. D’abord Rima Hassan reçue comme une rock star à Sciences Po Lyon. À quel titre une femme dont la seule œuvre consiste à nazifier Israël, donc à justifier par ses mots – « le Hamas a une action légitime » – les pogroms d’hier et préparer les massacres de demain, est-elle reçue ainsi ? À Paris, Sciences Po a refusé sa venue mais ailleurs par lâcheté ou complaisance les universités lui font la haie d’honneur. L’extrême gauche n’a pas simplement son entrée dans les facs, sa carte dans l’audiovisuel public, elle parade aussi à l’Assemblée. Pourquoi ? Parce qu’une coalition coupable qui va de Gabriel Attal à Marine Tondelier en passant par François Hollande les a fait élire. Ensuite parce que des milices depuis des années sèment la terreur en toute impunité. Celles qui ciblent nommément le RN, Éric Zemmour ou Bruno Retailleau, qui pourchassent les jeunes femmes de Nemesis, qui intimident les catholiques et protègent les islamistes. « Le fascisme peut revenir sur scène à condition qu’il s’appelle antifascisme », nous a prévenu Pasolini. Ce « totalitarisme antifasciste » prophétisé par Finkielkraut était là à Lyon jeudi soir dans sa forme la plus sauvage, mais il plane dans l’atmosphère depuis trop longtemps comme un conformisme vénéneux. Une génération entière formée à déshumaniser tout ce qui s’approcherait de près ou de loin de « l’extrême droite », un personnel politique qui par couardise donne le change, un clergé médiatique qui forge les anathèmes et à la fin un gamin venu paisiblement protéger une banderole contre « l’islamo-gauchisme dans nos facs » qui meurt sous un déchaînement de coups. Des coups sans visage puisque les bourreaux portent toujours une cagoule. Quentin dans cette histoire n’est pas « un militant » pris dans une « rixe » mais un martyr de la liberté d’expression que l’extrême gauche, aidée par trop de complices, veut remplacer par son hideuse loi de la meute. »
Toujours dans Le Figaro, Éric Delbecque, expert en sécurité intérieure, estime que c’est le climat idéologique entretenu par l’extrême gauche qui est à l’origine du drame.
Sur Boulevard Voltaire, Marc Baudriller analyse :
« Qui était Quentin, dont la mort a été annoncée ce samedi soir par le parquet ? Un « droitard » violent ou un étudiant modèle ? Chez les proches du jeune homme, l’heure est au recueillement – quoi de plus digne ? Mais ce terrible drame est lourd d’enjeux sur l’image et l’avenir des antifas, ces milices d’extrême gauche qui avaient jusqu’ici blessé, menacé, cassé et terrorisé et qui viennent de tuer. Derrière les antifas lyonnais impliqués dans la mort terrible de Quentin, LFI porte une lourde responsabilité. On le sait, les violences ont éclaté à l’occasion de l’invitation de Rima Hassan, députée européenne LFI, à Sciences Po Lyon. La Jeune Garde, l’organisation des antifas lyonnais, a fourni à LFI un député, Raphaël Arnault, qui a créé ce mouvement et siège aujourd’hui sur les bancs du parti de Mélenchon à l’Assemblée nationale ».
Réactions politiques
Pierre-Romain Thionnet, eurodéputé (RN), accuse sur X : « Nous devons accuser LFI et sa stratégie d’institutionnalisation de la violence, parfaitement documentée. Ils doivent rendre des comptes. » Sur le même réseau, Jordan Bardella affirme : « L’impunité de l’extrême gauche doit cesser… Les faits sont d’une extrême gravité et appellent la mobilisation de l’ensemble de la classe politique. » De son côté, Marine Le Pen a appelé vendredi à considérer comme « terroristes » les « milices d’extrême gauche ».
Marion Maréchal a déclaré : « Un jeune homme de 24 ans a été lynché par un commando antifa alors qu’il assurait la sécurité des filles du collectif Némésis », soulignant que « l’impunité judiciaire et la complaisance médiatique avec la gauche radicale ont conduit à ce drame ».
Alexandre Dupalais, candidat du RN et de l’Union des droites (UDR, Ciotti) à la mairie de Lyon, a annoncé suspendre sa campagne, accusant « l’État macroniste » de « complaisance coupable avec le terrorisme d’ultragauche ».
Le président des Républicains, Bruno Retailleau, récent candidat officiel à l’élection présidentielle de 2017, a tenu à souligner « l’extrême violence qui règne dans les satellites qui gravitent autour de LFI ». Le secrétaire général du parti Renaissance, Gabriel Attal, a dénoncé « la violence de l’extrême gauche [qui] s’est déchaînée », évoquant des faits « extrêmement graves ».
Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de la lutte contre les discriminations, a dénoncé, samedi sur France Info, l’agression « insupportable » dont a été victime jeudi un homme de 23 ans « entre la vie et la mort parce que vraisemblablement il a été lynché et roué de coups, ce qui est absolument insupportable ».
Invité du Grand Jury RTL/Public Sénat/Le Figaro/M6 Gérald Darmanin a déclaré : « Aujourd’hui, c’est l’ultragauche qui a tué, c’est incontestable. » Le garde des Sceaux a poursuivi : « Il y a en effet des discours politiques, notamment ceux de La France insoumise et de l’ultragauche, qui mènent malheureusement (…) à une violence très débridée sur les réseaux sociaux, une violence extrême sur les réseaux sociaux et dans le monde physique », jugeant qu’il y avait une « complaisance de La France insoumise (…) pour la violence politique ».
Le président Emmanuel Macron a dénoncé sur le réseau social X « un déferlement de violence inouï », appelant « au calme, à la retenue et au respect ». « À sa famille et à ses proches, j’adresse mes pensées et le soutien de la nation », estimant qu’« aucune cause, aucune idéologie ne justifieront jamais que l’on tue ».
LFI se défend
Mise en cause, l’eurodéputée Rima Hassan affirme que son service d’ordre « est celui de La France insoumise, qui n’a jamais recours à la violence et qui n’est en aucun cas impliqué dans ces affrontements ». La députée européenne appelle à une enquête « sur ces faits extrêmement graves et inacceptables ». La députée LFI du Rhône Anaïs Beloussa-Chérifi, candidate à la mairie de Lyon, dénonce « des violences graves (…) à la suite de tensions entre des militants identitaires d’extrême droite et des militants antifascistes », ajoutant « La France insoumise condamne sans ambiguïté toute violence physique, comme elle l’a toujours fait ».
Sur X, Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a indiqué que La France Insoumise « condamne avec la plus grande fermeté toute violence physique… Contrairement à ce que certains veulent faire croire, à aucun moment Rima Hassan ou les équipes de La France insoumise qui l’accompagnaient pour la conférence organisée à l’IEP de Lyon n’ont eu de contact avec les groupuscules fascistes qui ont tenté de la perturber (…). Ce climat de violences doit cesser. Personne ne doit perdre sa vie pour ses idées. »
Le député LFI Éric Cocquerel met de l’huile sur le feu, invoquant un « contexte lyonnais » avec « depuis de nombreuses années [des] ratonnades, [des] actions de l’extrême droite, sans que ça fasse beaucoup de unes de l’actualité », et sans que la police « intervienne » nécessairement. Il pointe des meetings LFI régulièrement « perturbés » par des « groupuscules d’extrême droite », « sans que la police [agisse] », insinuant que Quentin était l’agresseur et non l’agressé. Jean-Luc Mélenchon s’est alarmé de la dégradation de plusieurs locaux et permanences LFI, dénonçant des « accusations sans aucun fondement contre les “insoumis” en exploitant le drame survenu à Lyon ».
Sur un plan européen, Martin Sellner, patron des identitaires autrichiens, a publié une vidéo d’hommage à Quentin, tandis que le militant anglais Tommy Robinson, proche de Némésis, a salué « un jeune patriote courageux ».
À l’heure où nous mettons en publication, il n’est pas encore possible de déterminer les suites judiciaires de ce drame. Le procureur de la République de Lyon Thierry Dran tiendra une conférence de presse pour faire le point sur l’enquête lundi 16 à 15 heures.
Claude Lenormand

