Ojim.fr

Je fais un don

En soutenant aujourd’hui l’OJIM, vous nous aidez à vous informer sur ceux qui vous informent et vous maintenez un espace de liberté sur la toile. Vous avez besoin de l'OJIM ? Nous avons besoin de votre soutien ! Ensemble "on les aura !"

Je fais un don

En soutenant aujourd’hui l’OJIM, vous nous aidez à vous informer sur ceux qui vous informent et vous maintenez un espace de liberté sur la toile. Vous avez besoin de l'OJIM ? Nous avons besoin de votre soutien ! Ensemble "on les aura !"

L’année 2025 passée au filtre de France Télévisions

10 janvier 2026

Temps de lecture : 8 minutes
Accueil | Veille médias | L’année 2025 passée au filtre de France Télévisions

L’année 2025 passée au filtre de France Télévisions

Temps de lecture : 8 minutes

L’année 2025 passée au filtre de France Télévisions

En péri­ode de vents con­traires, il existe deux manières de réa­gir. La réac­tion de respon­s­abil­ité con­siste à se remet­tre en ques­tion, même dis­crète­ment. La réac­tion de facil­ité con­siste à se rad­i­calis­er dans ses ori­en­ta­tions, comme pour se jus­ti­fi­er. Avec cette rétro­spec­tive Vu de l’an­née 2025, France TV a man­i­feste­ment choisi la facil­ité plutôt que la responsabilité. 

Vu de l’an­née 2025 revis­ite les moments forts de l’an­née écoulée à par­tir d’ex­traits dif­fusés sur les dif­férentes chaînes TV. Les 6 épisodes, d’en­v­i­ron 1 heure cha­cun, ont été dif­fusés sur France 2 les pre­miers jours de jan­vi­er à des heures tardives.

Certes, le genre de la rétro­spec­tive ne pré­tend ni à l’ex­haus­tiv­ité, ni à l’im­par­tial­ité. Mais le téléspec­ta­teur pou­vait légitime­ment s’at­ten­dre à un sur­vol équili­bré des événe­ments, comme un point final à l’an­née qui s’est achevée. Mal­heureuse­ment, force est de con­stater que cette rétro­spec­tive est extrême­ment ten­dan­cieuse, à la fois quant à la sélec­tion des thèmes abor­dés et quant aux mon­tages qui sont faits. Alors prenons cette émis­sion pour ce qu’elle est ; un révéla­teur des thèmes obses­sion­nels sur lesquels l’au­dio­vi­suel pub­lic revient en boucle, des sujets sec­ondaires, et des sujets à éviter.

Les thèmes obsessionnels

Le pre­mier thème qui revient en boucle, c’est bien enten­du Don­ald Trump, qui est la per­son­nal­ité la plus présente dans cette rétrospective.

Nous retrou­vons le grand méchant shérif, entouré de mil­liar­daires lors de son intro­n­i­sa­tion, gra­ciant les émeu­tiers du Capi­tole, asséchant les moyens de l’U­SAID, l’a­gence améri­caine pour le développe­ment, faisant la leçon à V. Zelen­sky, dif­fu­sant une vidéo sur Gaza ou deman­dant un change­ment de nom du golfe du Mex­ique. Des pro­pos de Steve Ban­non et Elon Musk accom­pa­g­nent le tout, mais ces extraits sont très brefs et il en reste une impres­sion de bru­tal­ité, qui per­met d’en­fon­cer le clou du dan­ger MAGA.

Le sec­ond thème obses­sion­nel est naturelle­ment l’ex­trême droite. Avec notam­ment des séquences anci­ennes dans lesquelles Marine Le Pen récla­mait des con­damna­tions d’élus en cas de malver­sa­tion ; et dif­férents « experts » qui jus­ti­fient le juge­ment con­tre elle et qui s’é­ton­nent qu’elle n’ac­cepte pas ce qu’elle avait elle-même réclamé. Mais la présen­ta­tion des faits est là encore ten­dan­cieuse, pour ne pas dire mal­hon­nête, dans la mesure où l’exé­cu­tion pro­vi­soire, qui est à la base de la con­tes­ta­tion du juge­ment et qui a large­ment fait débat, n’est jamais évoquée.

Bien enten­du, il faut enten­dre extrême droite au sens de plus en plus large que les médias de gauche enten­dent lui don­ner ; Bruno Retail­leau, Rachi­da Dati et Pierre-Edouard Stérin, Philippe de Vil­liers sont aus­si ciblés.

Le troisième thème est celui de la diver­sité heureuse, avec des séquences pro-immi­gra­tion qui s’en­chaî­nent. Un ancien de chez Renault tente d’ex­pli­quer que « le ter­reau fas­ciste du vote de l’ex­trême droite », c’est de « détourn­er les gens de la réal­ité des caus­es qui génèrent leurs prob­lèmes ». Il eut été intéres­sant d’en savoir plus sur « la réal­ité des caus­es » ou de com­pren­dre pourquoi « les gens » se lais­saient détourn­er si facile­ment, mais avec cette phrase vis­i­ble­ment apprise et répétée, il sem­blait avoir déjà tout donné.

Ensuite vient Ginette Kolin­ka, rescapée de la Shoah :

« Atten­tion, dès que vous dites : “lui il est turc, lui il est comme ci, lui il est comme ça, lui il est musul­man, elle elle est juive”, et bien ça, ces dif­férences là, c’est le début d’Auschwitz-Birke­nau. »

Plus loin, Alain Fontaine, prési­dent de l’as­so­ci­a­tion des maîtres restau­ra­teurs, explique que « 30 % des gens sont issus de l’im­mi­gra­tion. Si ces gens-là devaient par­tir, on aurait des prob­lèmes économiques ». Mais qui a dit qu’il fal­lait ren­voy­er tous les immi­grés ayant un travail ?

Nous enten­dons aus­si que De Gaulle avait instal­lé en 1940 la cap­i­tale de la France libre à Braz­zav­ille. Ah, que serait dev­enue la France sans ses colonies ? Ceci est bien loin de l’an­née 2025, mais peu importe au réal­isa­teur, tous les argu­ments sont bons à l’ap­pui de la diver­sité heureuse.

Un qua­trième thème revient de façon obses­sion­nelle et a prob­a­ble­ment pris de l’am­pleur en 2025. Appelons-le jus­tice fis­cale pour rester sobre, mais il a aus­si des relents de haine des rich­es, de détes­ta­tion de la réus­site et de chas­se aux mil­liar­daires. Nous trou­vons pêle-mêle des séquences qui s’ef­for­cent de mon­tr­er que les rich­es trichent, que la théorie macro­niste dite du « ruis­selle­ment » n’a jamais fonc­tion­né, que le sys­tème fis­cal français leur est favor­able, que le pou­voir les protège.

Gabriel Zuc­man, pour son pro­jet de taxe finale­ment rejeté, et Sophie Binet, pour ses charges vio­lentes con­tre les chefs d’en­tre­pris­es, qui lui ont pour­tant valu une mise en exa­m­en pour « injures publiques », sont très présents dans ces séquences. Tout ceci est dit sous le cou­vert d’un impératif de jus­tice sociale présen­tée comme une tra­di­tion française, comme si la réus­site de cer­tains était néces­saire­ment une injus­tice pour les autres.

Et un nouveau thème en émergence

Le cinquième et dernier thème qui revient en boucle est plus nou­veau et con­cerne les médias. Des sujets bien dif­férents sont enchaînés : Marc Zucker­berg annonçant la fin du fact-check­ing pour les médias du groupe META ; l’IA, présen­tée comme un out­il effrayant qui per­met toutes les manip­u­la­tions de con­tenus ; un inter­venant expli­quant que la société anglo-sax­onne est patri­ar­cale et raciste, donc comme 60 % des don­nées disponibles sur inter­net sont des don­nées anglo-sax­onnes, l’IA va néces­saire­ment repro­duire ces biais ; Patrick Cohen jus­ti­fi­ant la fer­me­ture de C8 en com­para­nt cette sanc­tion à un retrait de per­mis pour un con­duc­teur ayant dépassé son quo­ta d’in­frac­tions ; et aus­si quelques con­sid­éra­tions très approx­i­ma­tives sur les algo­rithmes des réseaux soci­aux et sur la puis­sance de X.

La con­clu­sion que ce fourre-tout voudrait nous faire endoss­er est que le droit à une juste infor­ma­tion est men­acé, et qu’il faut appel­er de nos vœux un con­trôle ren­for­cé de l’e­space médi­a­tique, en phase avec ce que le prési­dent de la République avait souhaité.

Le con­trôle des médias est à l’év­i­dence un thème qui a émergé en 2025 dans les préoc­cu­pa­tions de médias main­stream qui sont plus ou moins con­testés et en dif­fi­culté en ter­mes d’audience.

Enfin, remar­quons la présence de nom­breux extraits de l’émis­sion Quo­ti­di­en des iné­narrables Yann Barthès et Jean-Michel Apathie, dont le ton est par­faite­ment en phase avec cette rétrospective.

Du politiquement correct pour faire le lien

D’autres thèmes ser­vent d’in­ter­mède, pour déten­dre l’at­mo­sphère et faire la liai­son entre les sujets obses­sion­nels qui revi­en­nent sans cesse ; ain­si, une longue séquence sur Béthar­ram, des sujets sur la san­té, les pes­ti­cides, les inon­da­tions, les incendies et le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, les plas­tiques, quelques jeux et émis­sions TV, les dis­cours ori­en­tés de la céré­monie des César, la con­tes­ta­tion de la loi Duplomb, la journée de la femme…

Ces thèmes sont déclinés comme autant de lais­sez-pass­er de bien­pen­sance, mais nous sen­tons bien qu’ils sont en fait sec­ondaires. Ils sont là pour faire joli et se don­ner bonne mine. Il s’ag­it de mon­tr­er pat­te blanche afin de ral­li­er le plus grand nom­bre autour des 5 thèmes principaux.

Et puis, quan­tité de sujets sont passés sous silence, ou à peine effleurés : l’in­sécu­rité, la dette, le nar­co­traf­ic, l’en­lise­ment de la vie poli­tique française, les out­rances de LFI… Pour pren­dre un seul exem­ple, le mal­heureux Christophe Glèzes, tou­jours empris­on­né, n’ap­pa­raît pas et les déplorables rela­tions fran­co-algéri­ennes sont tues.

La manipulation des montages

La méth­ode retenue est héritée du Zap­ping de Canal+, ce qui s’ex­plique par le fait que le réal­isa­teur de Vu de l’an­née 2025 est Patrick Menais, ancien réal­isa­teur du Zap­ping qui avait été remer­cié par Canal+ pour faute lourde. Cette méth­ode, faite d’un enchaîne­ment de séquences rapi­des, laisse la porte ouverte à toutes les manip­u­la­tions de mon­tage. Et des manip­u­la­tions grossières, il n’en manque pas. En voici deux exem­ples, choi­sis par­mi beau­coup d’autres :

Lau­rent Jaco­bel­li est reçu sur BFMTV (épisode 2, 29 mn 31 sec), et il est inter­rogé sur une enquête du média d’ex­trême gauche Les Jours, qui fait appa­raître des pro­pos racistes tenus au sein d’un groupe Face­book auquel auraient appartenu 9 députés RN. Mais seule la longue et ten­dan­cieuse ques­tion est mon­trée, la réponse de L. Jaco­bel­li est coupée ! Aucun droit de réponse… Avec de telles méth­odes, il est pos­si­ble d’in­tro­duire le doute partout.

Deux­ième exem­ple fâcheux, tou­jours sur BFMTV (épisode 2, 29 min 57 s) : dans une séquence plutôt touchante au début, le jeune col­légien Thays explique être vic­time de har­cèle­ment sco­laire parce qu’il est noir. Puis le témoignage est coupé par un extrait de W9, où Cyril Hanouna explique que la France donne sa chance à tout le monde et que les Français sont tolérants et ouverts. Sauf qu’en cher­chant un peu, on s’aperçoit que l’ex­trait est tiré d’une séquence con­sacrée à la chanteuse Théodo­ra, et n’a donc stricte­ment rien à voir avec le har­cèle­ment du jeune Thays. Puis retour sur BFMTV où la maman de Thays indique que les par­ents des harceleurs sont venus devant chez elle pour lui dire « qu’ils votaient Front nation­al et qu’ils ne voulaient pas que les enfants se fréquentent ». Il s’ag­it donc, au pas­sage, de dis­créditer à la fois Hanouna et le FN/RN. À ce niveau, ce n’est plus de la manip­u­la­tion, c’est du charcutage.

Au final, Vu de l’an­née 2025 est un recy­clage par France Télévi­sions du con­cept « Le zap­ping », que Canal+ avait inven­té il y a 35 ans. Mais, out­re que le con­cept est bien daté, ce recy­clage est moins drôle que l’o­rig­i­nal, et beau­coup plus orienté.

Francesco Bar­goli­no