Accueil E Veille médias E Antoun Sehnaoui, magnat « iconoclaste » de la presse libanaise

Antoun Sehnaoui, magnat « iconoclaste » de la presse libanaise

26 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Faire un don à l'OJIM

Faire un don à l'OJIM
Levé 22 572,98€
Objecif 30 000,00€
Donateurs 240
75,2%

La con­cen­tra­tion des médias entre les mains d’une poignée de patrons n’est pas l’apanage des pays occi­den­taux. Le prob­lème se pose avec autant d’acuité au Liban, où une lutte féroce pour l’information et « le nar­ratif » poli­tique oppose des clans irréconciliables.

Antoun Sehnaoui défraie la chronique depuis quelques années au pays du Cèdre. Ce ban­quier et homme aux affaires ten­tac­u­laires s’est engagé active­ment con­tre le Hezbol­lah et ses relais médi­a­tiques, tout en con­tin­u­ant à héberg­er des comptes ban­caires de cer­tains dig­ni­taires du par­ti chiite.

Qui est Antoun Sehnaoui ?

Âgé de 54 ans, Antoun Sehanoui est issu d’une famille de ban­quiers et d’hommes poli­tiques maronites. Il est fils du ban­quier Nabil Sehnaoui et de May Chehab, arrière‑petite‑fille de l’émir Bachir Chehab II, ancien sou­verain du Mont‑Liban au XIXᵉ siècle.

Il grandit au Liban pen­dant la guerre civile, puis part aux États‑Unis où il obtient en 1994 un diplôme en Busi­ness Admin­is­tra­tion, spé­cial­i­sa­tion finance inter­na­tionale et ban­caire, à l’University of South­ern Cal­i­for­nia (USC).

Une ascension fulgurante

De retour à Bey­routh, il crée en 1998 la mai­son d’édition News­Me­dia SAL, qui lance Exec­u­tive, présen­té comme le pre­mier mag­a­zine d’affaires anglo­phone indépen­dant au Liban.

Par­al­lèle­ment, il investit dans la finance en reprenant Fidus Wealth Man­age­ment, tout en tra­vail­lant pour la Société Générale de Banque au Liban (SGBL).

À par­tir de 2007, il cumule plusieurs respon­s­abil­ités à la tête de la Société générale de banque au Liban (SGBL), dont il devient l’actionnaire majori­taire, et de la Société Générale de Banque en Jor­danie. Au même moment, il siège au con­seil d’administration de l’Association des Ban­ques du Liban.

Sous sa direc­tion, la SGBL mul­ti­plie les acqui­si­tions. En 2011, elle rachète une large par­tie des act­ifs de la Lebanese Cana­di­an Bank (LCB).

Éten­dant son champ d’influence à la cul­ture, il fonde, en 2013, la société Ezekiel Film Pro­duc­tion, qui devient parte­naire du label français Rouge Inter­na­tion­al, et entre à l’Académie des arts et des sci­ences du ciné­ma, qui organ­ise les Oscars.

À par­tir de 2017, Antoun Sehnaoui s’implante dans la zone finan­cière d’Abu Dhabi Glob­al Mar­ket et rachète, entre autres, Pikes Peak Nation­al Bank, une petite banque de Col­orado Springs, des­tinée à servir de tête de pont pour une expan­sion sur le marché nord‑américain.

En 2018, son groupe devient l’un des prin­ci­paux action­naires de SOLIDERE, la grande société immo­bil­ière chargée de la recon­struc­tion du centre‑ville de Beyrouth.

En Europe, la SGBL ren­force sa posi­tion en achevant, en 2018, l’acquisition de Banque Riche­lieu France, Banque Riche­lieu Mona­co et Riche­lieu Ges­tion. Ce qui va le hiss­er au troisième rang des ban­ques libanais­es, avec env­i­ron 26 mil­liards de dol­lars d’actifs.

Sehnaoui a lorgné sur Marianne

À par­tir de 2021, Antoun Sehnaoui com­mence à s’intéresser aux médias grand pub­lic. C’est ain­si qu’il lance, avec Frédéric Domont, ancien grand reporter à RFI et spé­cial­iste du Liban, Ici Bey­routh, site d’information en français et en anglais engagé con­tre le Hezbollah.

Ce site est con­sid­éré, avec Nidaa Al-Watan, MT et Anna­har, le fer de lance du courant dit « sou­verain­iste » et anti-guerre.

En 2024, il a été à deux doigts de racheter de Mar­i­anne. Mais sa répu­ta­tion con­tro­ver­sée et ses antécé­dents financiers au Liban et ailleurs ont joué à sa défaveur.

À not­er qu’une pre­mière ten­ta­tive de rachat avait déjà échoué en 2014, faute d’accord sur le prix.

La bête noire du Hezbollah

Antoun Sehnaoui joue le grand mécène. Mais sa prox­im­ité avec les cer­cles de pou­voir à Wash­ing­ton ont fini par soulever le cour­roux d’une par­tie de ses com­pa­tri­otes. En avril 2026, il s’affichait aux côtés de Mor­gan Orta­gus, alors envoyée spé­ciale de Don­ald Trump au Moyen-Ori­ent, très cri­tiquée par le camp pro-Hezbol­lah. Son nom a par ailleurs été gravé sur le mur des dona­teurs du Musée mémo­r­i­al de l’Holocauste des États-Unis, ce qu’il a évo­qué sur X. Une action suff­isante, aux yeux de ses détracteurs, pour l’accabler.

Le média proche du Hezbol­lah, Al-Akhbar, lui imputait déjà en août 2025 toutes les « dérives » poli­tiques actuelles. « Sehanoui exhibe son sion­isme », titrait ce jour­nal, se référant à une enquête du Wash­ing­ton Jew­ish Week. Celle-ci évoque le rôle du ban­quier libanais dans des pro­jets « sus­pects » comme celui de la con­struc­tion d’un opéra israé­lo-améri­cain à Tel-Aviv.

Des ini­tia­tives polémiques au pays du Cèdre alors que le pays est en proie aux raids de Tsa­hal. Ses adver­saires poli­tiques lui reprochent d’avoir imprimé, au nom de la sou­veraineté du Liban, une ligne édi­to­ri­ale « pro-israéli­enne » aux médias dont il a le con­trôle. En décem­bre 2025, il pub­li­ait une inter­view avec l’ambassadeur israélien aux États-Unis dans les colonnes d’Ici Bey­routh. L’OJIM en avait fait écho dans la foulée.

L’interview a provo­qué une onde de choc. Une députée, Paula Yacoubian – chré­ti­enne – avait déposé plainte con­tre le baron l’accusant d’entretenir des « rela­tions illé­gales avec l’ennemi israélien ». L’affaire a été classée sans suite. Ce qui a fait dire à cer­tains que l’homme restera impuni.

Bien sûr, l’accusation n’est pas nou­velle. Déjà en juin 2022, le site Al-Khanad­eq le décrivait comme « une pieu­vre améri­caine ». Sehnaoui était accusé de favoris­er la fuite des devis­es et d’influencer les élec­tions, grâce notam­ment à ses « ingérences finan­cières ».

Mus­sa A.

SOS

Cet article vous a plu ? Il a pourtant un coût. L’OJIM vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs. Après déduction fiscale, un don de 100 € revient à 34 €.

Mots-clefs :