Après son rapport explosif sur l’audiovisuel public, Charles Alloncle passe à l’étape législative. Sa première proposition de loi vise les conflits d’intérêts entre dirigeants du secteur public et sociétés de production privées. Un texte sans grand avenir immédiat, mais politiquement révélateur.
Pas de répit pour l’audiovisuel public. Charles Alloncle n’a pas attendu longtemps pour transformer son rapport en objet parlementaire. Le député UDR a déposé, le 12 mai, une proposition de loi « visant à prévenir les conflits d’intérêts dans les sociétés nationales de programme ». Le texte, qui pourrait être examiné lors de la niche parlementaire UDR du 25 juin, reprend l’une des recommandations de la commission d’enquête qu’il a conduite pendant six mois.
Un article unique, une cible précise : les conflits d’intérêts
La proposition de loi est brève : un article unique. Mais son objet est loin d’être anodin. Elle vise à soumettre à un contrôle renforcé les mobilités d’anciens responsables de l’audiovisuel public vers des sociétés privées de production. Seraient concernés ceux qui ont exercé des fonctions de « sélection, conclusion ou supervision » de contrats de production, de coproduction ou de commande d’œuvres audiovisuelles.
Concrètement, il s’agit d’éviter qu’un responsable ayant participé à l’attribution de contrats publics puisse ensuite rejoindre trop facilement une société susceptible d’avoir bénéficié de ces mêmes circuits. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, la HATVP, serait chargée d’émettre un avis sur ces reconversions, sur le modèle déjà appliqué à certains responsables publics rejoignant le privé. Le mécanisme peut difficilement être contesté en matière de transparence.
Le « système des castes » dans le viseur
Dans l’exposé des motifs, Charles Alloncle estime que « les procédures de prévention des conflits d’intérêts se révèlent insuffisantes ». Durant la commission d’enquête, il avait déjà dénoncé un « système de castes et de privilèges », visant notamment l’opacité supposée des relations entre France Télévisions, Radio France et certaines sociétés de production privées.
Le texte complète ainsi un diagnostic plus large : coût du service public, gouvernance, externalisation, animateurs-producteurs, pluralisme éditorial. Le rapport Alloncle avait également recommandé d’interdire aux salariés de l’audiovisuel public de diriger parallèlement une société de production et de mettre fin au « système des animateurs-producteurs » qui bénéficie très largement à des personnalités comme Nagui.
Maintenir la pression
En l’état des rapports de force parlementaires, cette proposition de loi a peu de chances d’être adoptée telle quelle. Mais ce n’est sans doute pas son seul objectif. Elle fonctionne aussi comme un galop d’essai en cas de victoire des droites RN-UDR en 2027 : poser des marqueurs, tester les résistances, alimenter le débat d’idées et surtout maintenir la pression sur l’audiovisuel public, sur des sujets longtemps laissés dans l’ombre.
Sur X, le créateur de contenu Raphaël Paillot constatait, non sans ironie : « Charles Alloncle, député du parti dit libéral, ne recommande même pas la privatisation, au contraire, il porte un regard stratégique sur les médias publics auxquels il reconnaît une fonction différente du secteur privé. Le RN, parti dit socialiste, veut tout privatiser sans réfléchir aux moyens d’influence que pourrait apporter un service public repensé ».
https://x.com/raphpaillot/status/2054656714935595161?s=20
Une critique qui illustre l’enjeu politique que revêt la question de la privatisation et de la réforme du service public, une question déjà abordée également par Jordan Bardella.
Piqué au vif, franceinfo, média du service public, a présenté le texte comme une nouvelle initiative d’un élu labellisé « contesté » et accusé par la gauche de vouloir affaiblir le secteur.
Reste une question simple : pourquoi l’audiovisuel public, financé par plusieurs milliards d’euros publics, échapperait-il à des règles strictes de prévention des conflits d’intérêts ? Sur ce terrain, Charles Alloncle oblige ses adversaires à répondre autrement que par l’indignation.

