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Proposition de loi : Charles Alloncle s’attaque d’abord aux conflits d’intérêts dans l’audiovisuel public

16 mai 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Après son rap­port explosif sur l’audiovisuel pub­lic, Charles Allon­cle passe à l’étape lég­isla­tive. Sa pre­mière propo­si­tion de loi vise les con­flits d’intérêts entre dirigeants du secteur pub­lic et sociétés de pro­duc­tion privées. Un texte sans grand avenir immé­di­at, mais poli­tique­ment révélateur.

Pas de répit pour l’audiovisuel pub­lic. Charles Allon­cle n’a pas atten­du longtemps pour trans­former son rap­port en objet par­lemen­taire. Le député UDR a déposé, le 12 mai, une propo­si­tion de loi « visant à prévenir les con­flits d’intérêts dans les sociétés nationales de pro­gramme ». Le texte, qui pour­rait être exam­iné lors de la niche par­lemen­taire UDR du 25 juin, reprend l’une des recom­man­da­tions de la com­mis­sion d’enquête qu’il a con­duite pen­dant six mois.

Un article unique, une cible précise : les conflits d’intérêts

La propo­si­tion de loi est brève : un arti­cle unique. Mais son objet est loin d’être anodin. Elle vise à soumet­tre à un con­trôle ren­for­cé les mobil­ités d’anciens respon­s­ables de l’audiovisuel pub­lic vers des sociétés privées de pro­duc­tion. Seraient con­cernés ceux qui ont exer­cé des fonc­tions de « sélec­tion, con­clu­sion ou super­vi­sion » de con­trats de pro­duc­tion, de copro­duc­tion ou de com­mande d’œuvres audiovisuelles.

Con­crète­ment, il s’agit d’éviter qu’un respon­s­able ayant par­ticipé à l’attribution de con­trats publics puisse ensuite rejoin­dre trop facile­ment une société sus­cep­ti­ble d’avoir béné­fi­cié de ces mêmes cir­cuits. La Haute Autorité pour la trans­parence de la vie publique, la HATVP, serait chargée d’émettre un avis sur ces recon­ver­sions, sur le mod­èle déjà appliqué à cer­tains respon­s­ables publics rejoignant le privé. Le mécan­isme peut dif­fi­cile­ment être con­testé en matière de transparence.

Le « système des castes » dans le viseur

Dans l’exposé des motifs, Charles Allon­cle estime que « les procé­dures de préven­tion des con­flits d’intérêts se révè­lent insuff­isantes ». Durant la com­mis­sion d’enquête, il avait déjà dénon­cé un « sys­tème de castes et de priv­ilèges », visant notam­ment l’opacité sup­posée des rela­tions entre France Télévi­sions, Radio France et cer­taines sociétés de pro­duc­tion privées.

Le texte com­plète ain­si un diag­nos­tic plus large : coût du ser­vice pub­lic, gou­ver­nance, exter­nal­i­sa­tion, ani­ma­teurs-pro­duc­teurs, plu­ral­isme édi­to­r­i­al. Le rap­port Allon­cle avait égale­ment recom­mandé d’interdire aux salariés de l’audiovisuel pub­lic de diriger par­al­lèle­ment une société de pro­duc­tion et de met­tre fin au « sys­tème des ani­ma­teurs-pro­duc­teurs » qui béné­fi­cie très large­ment à des per­son­nal­ités comme Nagui.

Maintenir la pression

En l’état des rap­ports de force par­lemen­taires, cette propo­si­tion de loi a peu de chances d’être adop­tée telle quelle. Mais ce n’est sans doute pas son seul objec­tif. Elle fonc­tionne aus­si comme un galop d’essai en cas de vic­toire des droites RN-UDR en 2027 : pos­er des mar­queurs, tester les résis­tances, ali­menter le débat d’idées et surtout main­tenir la pres­sion sur l’audiovisuel pub­lic, sur des sujets longtemps lais­sés dans l’ombre.

Sur X, le créa­teur de con­tenu Raphaël Pail­lot con­statait, non sans ironie : « Charles Allon­cle, député du par­ti dit libéral, ne recom­mande même pas la pri­vati­sa­tion, au con­traire, il porte un regard stratégique sur les médias publics aux­quels il recon­naît une fonc­tion dif­férente du secteur privé. Le RN, par­ti dit social­iste, veut tout pri­va­tis­er sans réfléchir aux moyens d’in­flu­ence que pour­rait apporter un ser­vice pub­lic repensé ».

https://x.com/raphpaillot/status/2054656714935595161?s=20

Une cri­tique qui illus­tre l’enjeu poli­tique que revêt la ques­tion de la pri­vati­sa­tion et de la réforme du ser­vice pub­lic, une ques­tion déjà abor­dée égale­ment par Jor­dan Bardel­la.

Piqué au vif, fran­ce­in­fo, média du ser­vice pub­lic, a présen­té le texte comme une nou­velle ini­tia­tive d’un élu label­lisé « con­testé » et accusé par la gauche de vouloir affaib­lir le secteur.

Reste une ques­tion sim­ple : pourquoi l’audiovisuel pub­lic, financé par plusieurs mil­liards d’euros publics, échap­perait-il à des règles strictes de préven­tion des con­flits d’intérêts ? Sur ce ter­rain, Charles Allon­cle oblige ses adver­saires à répon­dre autrement que par l’indignation.

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