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Avec le rapport Alloncle, « la peur a changé de camp »

3 mai 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Ser­vice pub­lic dévoyé, écoles de jour­nal­isme for­matées, pro­pa­gande : cette semaine dans « I‑Média » sur TV Lib­ertés, Flo­ri­ane Jean­nin et Jean-Yves Le Gal­lou rece­vaient Édouard Chan­ot, directeur de l’Ob­ser­va­toire du jour­nal­isme. L’occasion de revenir sur le rap­port Allon­cle, grande vic­toire de la mou­vance médi­a­tique alternative.

 

 

Flo­ri­ane Jeanin : Édouard Chan­ot, vous avez écrit « Brèche dans le main­stream, l’ère des médias alter­nat­ifs ». Quelle est cette brèche ? Et est-ce quelque chose de par­ti­c­ulière­ment historique ?

Édouard Chan­ot : Tout dépend de l’échelle his­torique bien sûr, mais il y a eu en effet une rup­ture avec le « main­stream », grâce à l’avène­ment des médias alter­nat­ifs vers 2010, puis à par­tir de 2018 avec l’ap­pari­tion de CNews (que l’on peut class­er davan­tage comme un « média de tran­si­tion »). La mou­vance alter­na­tive a émergé bien sûr grâce à deux leviers majeurs. Pre­mière­ment, la tech­nolo­gie, évidem­ment, je n’in­vente rien, vous le savez tous. On peut main­tenant filmer une émis­sion avec un iPhone alors qu’il fal­lait par le passé trois caméras, etc. Le deux­ième point, c’est évidem­ment l’indépen­dance finan­cière. Con­crète­ment, les dons. C’est ce qui a per­mis de rompre avec le mod­èle des grandes for­tunes, ou de l’État, qui étaient encore récem­ment les deux grands pro­prié­taires, si je puis dire, du dis­cours médiatique.

Flo­ri­ane Jeanin : Seule­ment un tiers des Français fait encore con­fi­ance aux médias dom­i­nants. Est-ce une crise de con­fi­ance ou de légitim­ité ? Les médias sont-ils encore un contre-pouvoir ?

Édouard Chan­ot : La ten­dance est la même à tra­vers l’Occident, en France comme aux États-Unis Les études mon­trent qu’environ 30 % de l’opinion ne fait pas con­fi­ance aux grands médias en France. Pour­tant, 60 % des gens dis­ent vouloir suiv­re l’actualité. Quand on écoute les soci­o­logues sur les plateaux, ce serait un para­doxe de l’opinion, qui ne se con­naî­trait pas elle-même. Alors au fond tout irait au mieux dans le meilleur des mon­des. Mais en creux, c’est en réal­ité le procès implicite des médias dom­i­nants, qui ont promis d’être un con­tre-pou­voir mais sont devenus les servi­teurs dociles du pouvoir.

F.J. : Le rap­port Allon­cle vient d’être adop­té par les par­lemen­taires. Il a été voté, glob­ale­ment, par une majorité de députés UDR, LR et RN. Le bloc cen­tral s’est par­tielle­ment abstenu et la gauche a voté con­tre. Le vote s’est donc joué à un cheveu. N’est-ce pas ?

E.C. : De toute évi­dence, le rap­port à l’on­cle a été adop­té grâce à l’ab­sten­tion du bloc cen­tral, ou du moins grâce au vote du prési­dent qui aurait pu au moins s’ab­stenir, voire vot­er con­tre. Mal­gré ses cri­tiques des propo­si­tions de Charles et même de ses pro­pos à son oncle pen­dant des semaines et des mois, il a fait pencher la bal­ance. J’ai ten­dance à penser que des ini­tia­tives pour­raient émerg­er du bloc cen­tral, plus mod­érées mal­heureuse­ment que celles de Charles Allon­cle, mais qui iraient dans le sens d’une refonte de l’audiovisuel pub­lic suite à cette affaire reten­tis­sante, qui est objec­tive­ment l’une des plus grandes vic­toires de Charles Allon­cle, bien sûr, mais aus­si du mou­ve­ment des médias alter­nat­ifs qui a véhiculé des mes­sages ana­logues ces quinze dernières années.

F.J. : revenons peut-être aux con­di­tions quelque peu grotesques qui ont entouré l’adop­tion de ce rap­port. Pour­riez-vous revenir un peu en arrière, pour nous et pour les téléspec­ta­teurs, sur toutes ces con­di­tions et tous ces aspects des couliss­es ? Un point en par­ti­c­uli­er m’a inter­pel­lé : la déc­la­ra­tion de M. Gabriel Attal, qui a déclaré : « Ce serait étrange qu’il ne soit pas adopté.»

E.C. : Une fois de plus, ils se sont abstenus. Vous faites référence aux con­di­tions rocam­bo­lesques. Allon­cle a rap­porté avoir obtenu des infor­ma­tions dans des con­di­tions qu’il jugeait lui-même absol­u­ment lunaires, des sources au sein même de l’audiovisuel lui ayant apporté des doc­u­ments dans des endroits totale­ment incon­grus – on imag­ine des park­ings, etc. Elles demandaient des garanties d’anonymat, d’utiliser des ser­vices de mes­sagerie cryp­tée, etc.

Mais le résul­tat est là : aujourd’hui, la peur a changé de camp. D’après les enquêtes menées au sein de l’au­dio­vi­suel pub­lic, l’at­mo­sphère y est dif­férente, beau­coup plus anx­iogène, et Charles Allon­cle a, per­mis, au moins pour quelques semaines, que la peur change de camp. Del­phine Ernotte s’est fait man­i­feste­ment beau­coup d’ennemis en onze ans de pou­voir. Elle a coupé des têtes. Ça a sans doute joué.

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