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Squeezie et Banijay : le mariage entre YouTube et la télévision avance

26 avril 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Ban­i­jay, leader mon­di­al de pro­duc­tion et de dis­tri­b­u­tion de con­tenus audio­vi­suels, a décidé d’acheter les droits de la pro­duc­tion YouTube « Qui réus­sira à stop­per le train », créée par Squeezie. Qui au pas­sage devient de plus en plus politique.

4,9 mil­liards de chiffre d’affaires en 2025 : le groupe Ban­i­jay est un véri­ta­ble mastodonte, présent dans une ving­taine de pays. Voici qu’il s’est porté acquéreur des droits de pro­duc­tion de l’émission « Qui réus­sira à stop­per le train ? » du youtubeur Squeezie.

Une émission virale sur YouTube

Ce dernier, de son vrai nom Lucas Hauchard, est âgé de 30 ans et cumule plus de 20 mil­lions d’abonnés sur la plate­forme de stream­ing. Son émis­sion de sep­tem­bre 2025 met en scène dix créa­teurs de con­tenu con­fron­tés à une série d’épreuves physiques et men­tales à bord d’un train en marche, avec à la clé 100 000 euros pour une asso­ci­a­tion. La vidéo qui a coûté entre 700 000 et 800 000 euros et mobil­isé une cen­taine de per­son­nes a dépassé les 15 mil­lions de vues. De quoi expli­quer l’appétit de Ban­i­jay pour ce genre de production.

Le leader des pro­duc­teurs indépen­dants est tra­di­tion­nelle­ment spé­cial­isé dans la télévi­sion et le stream­ing. Désor­mais, le groupe suit de près les créa­tions YouTube, en témoigne la PDG de Ban­i­jay France Alex­ia Laroche-Jou­bert au mag­a­zine Straté­gies en févri­er dernier :

« À la recherche de nou­veaux busi­ness, je me suis très vite posi­tion­née sur la cre­ator econ­o­my (com­pren­dre l’univers des youtubeurs), par curiosité, par respect pour leur tra­vail, par con­science que ce marché allait prob­a­ble­ment venir dans notre secteur ou que nous allions venir dans le leur. »

Et d’ajouter :

« Même s’il y a des couloirs de nage dif­férents, il y a des zones de rencontres. »

Cette acqui­si­tion démon­tre le souhait de Ban­i­jay de dévelop­per des for­mats prisés par les jeunes généra­tions. Le groupe audio­vi­suel explique dans un communiqué :

« Nous voyons un fort poten­tiel pour dévelop­per ce con­cept (Qui réus­sira à stop­per le train) à l’échelle mon­di­ale sur de mul­ti­ples plate­formes et auprès de publics var­iés à tra­vers le monde. »

YouTube et la télé : des frontières de plus en plus poreuses

Bien sûr, ce rap­proche­ment révèle une évo­lu­tion cul­turelle : longtemps cri­tiques vis-à-vis de la télévi­sion, qu’ils jugeaient trop for­matée ou dépassée, les youtubeurs sem­blent désor­mais enclins à exporter leurs con­cepts vers le petit écran, à l’instar du youtubeur Joy­ca dont une vidéo a été dif­fusée en prime time sur RMC Décou­verte, atti­rant plus de 900 000 spec­ta­teurs en jan­vi­er 2026.

Une muta­tion qui pose néan­moins la ques­tion de l’adaptation de ces for­mats, entre fidél­ité à l’esprit orig­i­nal et con­traintes de pro­duc­tion télévi­suelle — avec en toile de fond la néces­sité d’éviter toute accu­sa­tion de pla­giat ou de dénaturation.

Le deuxième youtubeur français opposé au RN

Enfin, cette col­lab­o­ra­tion inter­vient dans un con­texte où Squeezie s’est égale­ment fait remar­quer pour ses pris­es de posi­tion publiques. Lors des dernières élec­tions lég­isla­tives, le youtubeur mul­ti­mil­lion­naire avait appelé à faire bar­rage au Rassem­ble­ment nation­al, illus­trant l’engagement crois­sant de cer­tains créa­teurs de con­tenus dans le débat politique.

Voir aus­si : Influ­enceurs : le boom à 587 mil­lions qui inquiète

Cer­tains ont cri­tiqué la décon­nex­ion du youtubeur qui ne sem­ble pas con­fron­té aux prob­lèmes d’insécurité que vivent les électeurs du RN. Pour l’heure, son engage­ment poli­tique n’a vis­i­ble­ment eu aucune con­séquence sur son busi­ness ou sur ses con­trats passés avec de grands groupes.

L’an­nonce de Ban­i­jay inter­vient alors France Télévi­sions et YouTube ont aus­si offi­cial­isé le 23 avril un « parte­nar­i­at stratégique » autour de l’information. Une opéra­tion présen­tée comme une mod­erni­sa­tion déci­sive par Del­phine Ernotte, mais qui ressem­ble aus­si à un aveu tardif : le ser­vice pub­lic a lais­sé fil­er une par­tie du pub­lic vers les plate­formes qu’il se résout aujourd’hui à investir.

Jean-Charles Souli­er

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