Banijay, leader mondial de production et de distribution de contenus audiovisuels, a décidé d’acheter les droits de la production YouTube « Qui réussira à stopper le train », créée par Squeezie. Qui au passage devient de plus en plus politique.
4,9 milliards de chiffre d’affaires en 2025 : le groupe Banijay est un véritable mastodonte, présent dans une vingtaine de pays. Voici qu’il s’est porté acquéreur des droits de production de l’émission « Qui réussira à stopper le train ? » du youtubeur Squeezie.
Ce dernier, de son vrai nom Lucas Hauchard, est âgé de 30 ans et cumule plus de 20 millions d’abonnés sur la plateforme de streaming. Son émission de septembre 2025 met en scène dix créateurs de contenu confrontés à une série d’épreuves physiques et mentales à bord d’un train en marche, avec à la clé 100 000 euros pour une association. La vidéo qui a coûté entre 700 000 et 800 000 euros et mobilisé une centaine de personnes a dépassé les 15 millions de vues. De quoi expliquer l’appétit de Banijay pour ce genre de production.
🔴Libération s’attaque à Aya Nakamura et Géraldine Nakache après une vidéo réalisée avec Squeezie : le journal accuse les deux femmes de “slutshaming décomplexé” après qu’elles ont associé la pole dance à un “truc méga sexy”. pic.twitter.com/3fPT6DGP5H
— Observatoire du journalisme (Ojim) (@ojim_france) November 25, 2025
Le leader des producteurs indépendants est traditionnellement spécialisé dans la télévision et le streaming. Désormais, le groupe suit de près les créations YouTube, en témoigne la PDG de Banijay France Alexia Laroche-Joubert au magazine Stratégies en février dernier :
« À la recherche de nouveaux business, je me suis très vite positionnée sur la creator economy (comprendre l’univers des youtubeurs), par curiosité, par respect pour leur travail, par conscience que ce marché allait probablement venir dans notre secteur ou que nous allions venir dans le leur. »
Et d’ajouter :
« Même s’il y a des couloirs de nage différents, il y a des zones de rencontres. »
Cette acquisition démontre le souhait de Banijay de développer des formats prisés par les jeunes générations. Le groupe audiovisuel explique dans un communiqué :
« Nous voyons un fort potentiel pour développer ce concept (Qui réussira à stopper le train) à l’échelle mondiale sur de multiples plateformes et auprès de publics variés à travers le monde. »
YouTube et la télé : des frontières de plus en plus poreuses
Bien sûr, ce rapprochement révèle une évolution culturelle : longtemps critiques vis-à-vis de la télévision, qu’ils jugeaient trop formatée ou dépassée, les youtubeurs semblent désormais enclins à exporter leurs concepts vers le petit écran, à l’instar du youtubeur Joyca dont une vidéo a été diffusée en prime time sur RMC Découverte, attirant plus de 900 000 spectateurs en janvier 2026.
Une mutation qui pose néanmoins la question de l’adaptation de ces formats, entre fidélité à l’esprit original et contraintes de production télévisuelle — avec en toile de fond la nécessité d’éviter toute accusation de plagiat ou de dénaturation.
Le deuxième youtubeur français opposé au RN
Enfin, cette collaboration intervient dans un contexte où Squeezie s’est également fait remarquer pour ses prises de position publiques. Lors des dernières élections législatives, le youtubeur multimillionnaire avait appelé à faire barrage au Rassemblement national, illustrant l’engagement croissant de certains créateurs de contenus dans le débat politique.
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Certains ont critiqué la déconnexion du youtubeur qui ne semble pas confronté aux problèmes d’insécurité que vivent les électeurs du RN. Pour l’heure, son engagement politique n’a visiblement eu aucune conséquence sur son business ou sur ses contrats passés avec de grands groupes.
L’annonce de Banijay intervient alors France Télévisions et YouTube ont aussi officialisé le 23 avril un « partenariat stratégique » autour de l’information. Une opération présentée comme une modernisation décisive par Delphine Ernotte, mais qui ressemble aussi à un aveu tardif : le service public a laissé filer une partie du public vers les plateformes qu’il se résout aujourd’hui à investir.
Jean-Charles Soulier

