Pour l’édition 2026 du festival de Cannes, le groupe France Télévisions, scruté de près dans le cadre de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, a décidé de faire dans la sobriété : l’équipe dirigeante ne sera plus logée dans des palaces, exception faite pour la PDG visée par une plainte pour abus de bien social.
Terminées les paillettes et les soirées glamours dans les hôtels de luxe. Durant l’édition 2026 du festival de Cannes, du 12 au 23 mai prochains, les équipes de France TV seront désormais réparties entre résidences et hôtels plafonnés entre 180 et 500 € la nuit. « La règle qu’on s’est fixée, c’est qu’il n’y aura plus personne dans aucun grand hôtel qui dépasse ces tarifs », a indiqué le nᵒ2 du groupe public, Stéphane Sitbon-Gomez, le 21 avril lors d’une réunion avec des journalistes. Hormis Delphine Ernotte, invitée par l’organisation du festival elle-même.
« Notre dispositif sera plus resserré pour des raisons économiques », justifie-t-il. L’équipe de C à vous arrivera 24 heures plus tard, le 13 mai. Certains chroniqueurs comme Patrick Cohen resteront à Paris. Les émissions « Télématin », « Quelle époque ! » et « Le Papotin » sont privées de déplacements.
Chambres avec vue
Si France Télévisions a décidé de réduire la voilure, c’est surtout à cause des révélations exhumées en février 2026 lors de la commission d’enquête par le député Charles Alloncle. Et celui-ci d’ajouter : « Je comprends l’émotion que ça a suscité », a confié Sitbon-Gomez, cité par Pure Médias.
L’affaire remonte à l’édition 2023. Plusieurs cadres dirigeants du groupe audiovisuel public avaient alors été logés dans le prestigieux hôtel Majestic, pour un coût total de 112 123 euros. Suites luxueuses, vue sur mer et prestations haut de gamme : un niveau de standing bien éloigné des plafonds habituellement imposés aux salariés (350 € la nuit). Rapidement, la divulgation de cette facture suscite interrogations et critiques.
Un syndicat porte plainte contre Delphine Ernotte
Selon les éléments révélés, une partie des frais concernait des invités extérieurs et aurait été refacturée. Le reste aurait été réglé via un mécanisme de « barter », consistant à échanger des espaces publicitaires contre des prestations. Une pratique qui soulève une question centrale : ces espaces, même invendus, n’ont-ils pas une valeur qui aurait pu être utilisée autrement, dans un contexte de contraintes budgétaires pour l’audiovisuel public ?
Delphine Ernotte a fait l’objet le même mois et pour la même affaire d’une information judiciaire. La procédure avait été initiée dès 2024 lorsque le syndicat CFE-CGC Médias déposait plainte pour « abus de biens sociaux et recel » et « soustraction, détournement ou destruction de biens d’un dépôt public par le dépositaire ». Une information judiciaire est depuis ouverte, signe que l’affaire dépasse désormais le simple débat médiatique. L’avocat du syndicat, Gilles-William Goldnadel, dénonçait à l’époque une gestion dispendieuse. Pour l’heure, aucune mise en examen n’a été prononcée à son encontre.
Voir aussi : « Il faut que Delphine Ernotte s’en aille » : un syndicaliste de France TV balance tout sur l’audiovisuel public
France TV sous les feux des projecteurs
Face aux critiques, France Télévisions se défend fermement : aucun argent public n’aurait été directement engagé dans ces dépenses. Delphine Ernotte auditionnée par Charles Alloncle en février dernier a insisté sur la légalité des pratiques et évoque un usage courant dans le secteur des médias. Mais depuis, l’« effet Alloncle » s’est fait sentir. L’audiovisuel public se voit contraint à l’exemplarité dans l’usage des ressources.

