Depuis décembre 2025, près de 1 000 postes ont été supprimés dans la presse écrite française. Sur les seize dernières années, ce sont plus de 10 500 emplois qui ont disparu, selon une étude de Trendeo. Magazines et quotidiens régionaux sont frappés de plein fouet et le pire est encore à craindre.
Depuis décembre 2025, les acteurs de la presse écrite (magazine et régionale principalement) ont annoncé la suppression d’environ 1 000 emplois.
Sur une période plus longue (depuis 2009), une étude de Trendeo publiée mi-avril 2026 recense environ 10 500 emplois détruits dans la presse écrite (11 685 suppressions pour seulement 1 216 créations).
Presse magazine : les plans les plus lourds
Le groupe Prisma Media (numéro un de la presse magazine : Capital, Géo, Femme actuelle, Voici, Télé-Loisirs, etc.) : prévoit de supprimer 261 postes sur environ 650, soit près de 40 % des effectifs. Il s’agit de la troisième vague de départs en deux ans. Le plan a été officialisé fin mars 2026 et a provoqué un fort émoi dans la profession.
Chez CMI France (Elle, Marianne, Franc-Tireur, etc., détenu par Daniel Křetínský), ce sont 132 postes qui sont menacés dans les rédactions et la régie publicitaire, soit environ 30 % des effectifs.
Les autres titres nationaux concernés sont Bayard (La Croix, presse jeunesse comme Okapi, J’aime lire, etc.) avec 59 suppressions de postes, soit 5 % des effectifs, Le Particulier (Groupe Figaro) avec un plan de 12 départs sur 36 salariés, et La Vie (Groupe Le Monde) avec la possible suppression de 8 postes sur 64 via une rupture conventionnelle collective.
En outre, du côté des Éditions Croque Futur, comprenant Challenges, Sciences et Avenir, La Recherche ; l’arrivée du nouvel actionnaire Bernard Arnault pose un risque de départs massifs via une clause de cession déclenchée par le changement d’actionnaire. Une grève hebdomadaire a été votée pour défendre l’indépendance.
Enfin, La Tribune (propriété de Rodolphe Saadé) supprime la totalité des 56 postes de rédaction (37 titulaires + 19 pigistes) dans le cadre d’un rapprochement avec BFM Business (avec promesse de 32 reclassements).
La presse quotidienne régionale n’est pas épargnée non plus
Le groupe Centre France (La Montagne, Le Populaire du Centre, La République du Centre, etc.) annonce 152 postes supprimés sur 1 600, soit environ 10 % des effectifs. C’est le sixième plan en dix ans. Il entraînera la fermeture de trois agences locales. Sur ces 152 postes, 30 étaient déjà vacants (non remplacés) et 122 correspondent à de nouveaux départs.
- Ouest-France, journal le plus lu en France, annonce 30 départs et Sud Ouest supprime 53 emplois.
- Le groupe Nice-Matin (propriété de Xavier Niel) prévoit 58 licenciements économiques principalement sur des postes techniques (rotativistes).
- Viamédia (filiale publicitaire du groupe Télégramme) supprime 17 emplois.
- Le groupe EBRA (Le Dauphiné libéré, L’Est républicain, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, etc.) prépare un plan d’économies (non encore chiffré ni officialisé au moment de l’article).
Même les agences de presse sont touchées
L’Agence France-Presse (AFP) est confrontée à un plan d’économies important (6 millions d’euros prévus en 2026, puis 10 à 12 millions par an à partir de 2027). Ces plans se traduisent par une dégradation des conditions de travail, une réduction de la couverture de proximité (surtout en région) et une menace sur la qualité de l’information.
Plusieurs voix (syndicats, historiens des médias, observatoires) soulignent un risque de « tsunami » si la filière ne se transforme pas rapidement. Les causes principales évoquées sont :
- la chute des ventes papier et de la diffusion (exemples : –9 % pour Paris Match, –5,9 % pour Le Point, etc. en 2025) ;
- la concurrence des réseaux sociaux et des géants du web sur l’attention et la publicité ;
- le retard accumulé dans la transition numérique pour certains groupes.
Un article du Monde note également des appels à un accompagnement législatif de l’État contre le « pillage » des contenus par l’IA et une critique de l’immobilisme gouvernemental sur les projets de loi relatifs à l’information.
En résumé, l’accélération brutale des restructurations touche à la fois les grands groupes magazine, la presse régionale et certains titres nationaux, avec un impact cumulé très lourd sur l’emploi et sur le maillage territorial de l’information.

