Alors que CNews a dominé le paysage des chaînes d’information en continu en 2025, les chiffres du début d’année traduisent un essoufflement. Il n’en fallait pas davantage pour que les adversaires de la chaîne s’en prennent encore à elle. Entre polémiques récurrentes et concurrence ravivée de BFMTV et LCI, la chaîne du groupe Canal+ doit se battre sur deux fronts.
« Ils sont tous en panique », dramatisait Le Parisien ce 20 avril. Pour le quotidien de la capitale, l’inquiétude est vive au sein de la rédaction et de la direction de CNews. Il y a quelques jours, c’est L’Opinion qui rapportait qu’Emmanuel Macron n’était « pas mécontent d’observer les déboires de CNews ».
Car selon les données publiées par Médiamétrie, la chaîne de Vincent Bolloré voit ses audiences fléchir après quatorze mois de domination. Celle-ci avait réalisé une performance historique en 2025 avec 3,4 % de part d’audience, devançant pour la première fois BFMTV et s’imposant comme la première chaîne d’info de France. Le début d’année 2026 confirmait encore cette dynamique : en janvier, la chaîne atteignait 3,2%. Mais depuis, la tendance s’est inversée. En février, elle stagnait à 3,0 % et voyait BFMTV repasser en tête avec 3,5 %. Le début du mois d’avril confirme le recul, CNews chutant à 2,5 % de PDA, passant sous la barre des 3 %. Des chiffres que la chaîne a refusé de commenter, tout comme plusieurs de ses journalistes.
Grâce à @leparisieninfog, on comprend mieux ce qu’il se passe sur les chaînes info ! https://t.co/BJGERGOhGc pic.twitter.com/VUU9hmRhad
— Benoît Daragon (@bendarag) April 20, 2026
En 2025, CNews était la seule chaîne d’info rentable, bien entendu grâce à ses audiences record. Tout l’enjeu pour elle étant de le rester.
C’est la curée
Alors du côté des concurrents et des adversaires de la chaîne et de Vincent Bolloré, c’est de nouveau l’hallali. L’occasion est trop belle, en même temps que l’affaire de la maison d’éditions Grasset et quelques jours à peine après la campagne médiatique autour du maire de Saint-Denis Bally Bagayoko. Il y a quelques mois, c’est l’affaire Morandini qui laissait des traces, provoquant le départ (vers BFMTV) de Sonia Mabrouk.
Désormais, tout est bon pour s’en prendre à CNews, quitte à confondre problèmes conjoncturels et structurels. Côté conjoncturel, tout porte à croire que la couverture du conflit en Iran (et au Liban) a bénéficié à LCI et BFMTV. Une tendance déjà observée lors des grandes crises internationales, CNews étant moins encline à couvrir le terrain. À cela s’ajoute une ligne éditoriale souvent jugée trop favorable à Donald Trump et à Benjamin Netanyahu.
Un procès injuste ?
Tous les adversaires reprennent un chiffre symbolique : l’Heure des Pros de Pascal Praud, moteur de la domination de CNews avec 720 000 téléspectateurs en octobre 2025, voit son audience sur la tranche matinale divisée par deux entre avril 2025 et 2026, de 670 à 300 000. Bien sûr, l’animateur se bat, avec des audiences du soir encore très correctes (550 000), mais le ressac se fait aussi remarquer.
Plus généralement, la critique récurrente est celle de l’entre-soi, d’intervenants qui se seraient « enfermés dans leurs certitudes », d’une qualité ou d’une « prise de risque » en baisse. « La différence avec l’émission de Pascal Praud, c’est que nous, autour de la table, les gens ne pensent pas la même chose », taclaient les présentateurs des Grandes Gueules de RMC, Olivier Truchot et Alain Marschall, le 19 avril sur T18.
“La différence avec l’émission de Pascal Praud, c’est que nous autour de la table les gens ne pensent pas la même chose”@Olivier_Truchot et @AlainMarschall animateurs des @GG_RMC étaient nos invités dans #puremédiaslhebdo l’émission média du dimanche midi sur @T18_officiel 📺 pic.twitter.com/hbNgly5tqF
— puremedias.com (@puremedias) April 19, 2026
À vrai dire, le présentateur a maintes fois répondu à ses détracteurs, affirmant inviter des personnalités de tous bords, mais déplorant le refus quasi systématique des figures de gauche de participer aux débats. « On nous reproche de ne pas être équilibrés et d’avoir que des gens qui pensent pareil, j’espère remédier à cela », répétait ce 20 avril Pascal Praud, avant de pointer les plateaux du service public occupés par les journalistes du Monde et de Libération sans que l’Arcom ne réagisse en dépit d’un tel défaut de pluralisme.
Selon lui, les critiques visent surtout à décrédibiliser voire censurer la chaîne, qui bien sûr dérange le climat médiatique ambiant en raison de sa ligne éditoriale.
Pro & anti CNews
Sur X, un duel oppose le compte Twitter Destination Télé, qui défend CNews, et Clément Garin, qui la critique. Ce 20 avril, Garin soulignait que l’écart avec France Info (4ᵉ chaîne) se resserrait. Selon lui, les audiences se délitent parce que la chaîne continue de produire ce qui ne fonctionne plus – des débats sans vraie confrontation d’idées.
💥Dingue !
Regardez comment CNEWS explose la concurrence sur la cible publicitaire cruciale des 25–49 ans20h-21h
CNEWS Praud : 3,6%
BFMTV : 1,5%
LCI Rochebin : 0,7%
FRANCE INFO : 0,2%21h-22h
CNEWS Alloncle : 3%
BFMTV : 1,2%
LCI Rochebin : 0,5%
FRANCE INFO : 0,2% pic.twitter.com/oOC8GOf7AL— Destination Télé (@DestinationTele) April 17, 2026
Destination Télé, lui, souligne que Praud et CNews écrasent la concurrence auprès des 25–49 ans (3,6 % vs 1,5 % BFMTV) et des CSP+ (3,3 %). Il insiste : « CNews largement leader des chaînes infos toute la soirée ». Enfin, Destination Télé relaie ses succès ponctuels, notamment le documentaire Charles Alloncle, seul contre tous, réalisé par Genton Prod. et diffusé le 17 avril à 21h. Une production ayant atteint 583 000 téléspectateurs à 21h et le million avec sa rediffusion. Une manière pour cet observateur de souligner que la chaîne essaie d’innover du côté du reportage.

