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Médias : sus à la Hongrie qui bloque des fonds ukrainiens suspects de blanchiment d’argent

26 mars 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

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La Hon­grie a blo­qué un charge­ment de plusieurs dizaines de mil­lions d’euros sur la route de l’Autriche à l’Ukraine dans le cadre d’une enquête pour blanchi­ment d’argent. Une his­toire rocam­bo­lesque qui fait les choux gras des médias, avec des voleurs et des vic­times, le tout sur fond de ten­sions poli­tiques et énergétiques.

L’affaire con­cer­nant la Hon­grie et l’Ukraine, elle est passée à peu près inaperçue en France. Le 6 mars, deux four­gons de la banque d’État ukraini­enne trans­portaient 70 mil­lions d’euros, répar­tis entre 33 mil­lions de dol­lars, 30 mil­lions d’euros et 9 kilos d’or, de l’Autriche à la banque ukraini­enne Oschad­bank. Or, autour de Budapest, la cap­i­tale hon­groise, ils ont été inter­cep­tés par les autorités nationales dans le cadre de la lutte con­tre le blanchi­ment d’argent. Vik­tor Orbán craint que Tisza, le pre­mier par­ti d’opposition aux élec­tions du mois d’avril, ne soit financé par l’Ukraine.

La Hon­grie est régulière­ment engagée dans une passe d’armes avec l’Ukraine. En effet, elle est avec la Slo­vaquie et la République tchèque le seul pays à blo­quer cer­taines déci­sions européennes en faveur de l’Ukraine, notam­ment des prêts pour financer la guerre. Actuelle­ment, la Hon­grie bloque un prêt européen de 90 mil­liards d’euros et un nou­v­el ensem­ble de sanc­tions con­tre la Russie, et la Slo­vaquie se pré­pare à user de son veto si Vik­tor Orbán per­dait les élec­tions. De son côté, l’Ukraine rechigne à faire répar­er l’oléoduc Drou­j­ba, qui, après un pas­sage par l’Ukraine, dessert la Hon­grie, la Slo­vaquie et la Tchéquie en pét­role russe. L’Assemblée hon­groise a égale­ment rejeté l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne le 10 mars.

De Vienne à Kiev, pourquoi passer par la Hongrie et pas par la Slovaquie et la Pologne, un trajet plus court ?

De Vienne à Kiev, pourquoi passer par la Hongrie et pas par la Slovaquie et la Pologne, un trajet plus court ?

Depuis jan­vi­er 2026, plus d’un mil­liard d’euros en euros et en dol­lars ain­si que 146 kg de lin­gots d’or sont passés en Ukraine via la Hon­grie. Les autorités hon­grois­es se deman­dent donc pourquoi les fonds ne passent pas directe­ment par les ban­ques. Par ailleurs le tra­jet Vienne-Kiev le plus direct passe par la Pologne et pas par la Hon­grie, le tra­jet hon­grois prend 3 heures de plus que le slo­vaquo-polon­ais. Pourquoi alors pass­er par la Hon­grie ? Sinon pour cam­ou­fler une opération ?

Dis­cern­er les bons et les mau­vais dans cette affaire n’est guère dif­fi­cile à l’aune d’une cer­taine doxa. Vik­tor Orbán est con­ser­va­teur, hos­tile à l’Union européenne et mem­bre d’un « par­ti d’extrême droite » (La Dépêche). L’Ukraine de son côté, est un pays en con­flit depuis plusieurs années avec la Russie. La Dépêche par­le donc d’un « or ukrainien pris en otage par la Hongrie ».

Les médias français s’indignent du traitement subi par les Ukrainiens

Selon les dires de l’Ukraine, que la Hon­grie a infir­més, les sept ressor­tis­sants ukrainiens arrêtés dans l’interception du four­gon ont été mal­traités. La Hon­grie les soupçon­nant d’être liés aux ser­vices de ren­seigne­ment ukrainiens, ils ont eu les yeux bandés pen­dant leur trans­port et ont été menot­tés pen­dant 28 heures. Plus grave, l’un d’entre eux était dia­bé­tique et a fini par per­dre con­nais­sance. Les autorités lui ont donc injec­té un médica­ment qui a provo­qué de l’hypertension. Il a dû être hos­pi­tal­isé. Le Parisien titre donc « Menot­tés 28h, injec­tion for­cée de médica­ment ». L’article pré­cis­era que « l’une des per­son­nes arrêtées a été hos­pi­tal­isée après avoir reçu une injec­tion médica­menteuse sous la con­trainte. Souf­frant d’un dia­bète, elle « a été soumise de force à l’injection d’un médica­ment qui a provo­qué une forte aug­men­ta­tion de sa gly­cémie et une hyper­ten­sion », indique le min­istère ukrainien. » Tout ceci a été totale­ment démen­ti par les autorités hon­grois­es qui pré­cisent que par­mi les mem­bres du con­voi fig­u­rait un ancien général des ser­vices secrets ukrainiens.

De l’art de manier les mots et l’info

L’article de La Dépêche com­porte une impré­ci­sion qui prête à con­fu­sion. Le Parisien cite le min­istère ukrainien des Affaires étrangères en ces ter­mes : les employés de la banque « ont été menot­tés pen­dant 28 heures », « ont eu les yeux bandés pen­dant leur trans­port ». Or, La Dépêche écrit « Menot­tés pen­dant 28 heures con­séc­u­tives et les yeux bandés ». On com­prend donc que les employés ont eu les yeux bandés pen­dant 28 heures, ce qui a pri­ori n’est pas le cas. Le jour­nal­iste récidive à pro­pos du sort des fonds inter­cep­tés, en expli­quant que « Budapest se donne le droit de garder l’argent pen­dant 60 jours max­i­mum, le temps de réalis­er une enquête ». Cette expres­sion se jus­ti­fie par le fait que le Par­lement hon­grois a adop­té mar­di 10 mars, soit qua­tre jours après l’interception du four­gon ukrainien, une loi per­me­t­tant la con­ser­va­tion des fonds, loi pro­posée par Vik­tor Orbán. Cette pré­ci­sion n’est néan­moins pas don­née par La Dépêche.

Le choix des témoins

Enfin, l’art du jour­nal­isme con­siste à choisir ses témoins, au mieux en fonc­tion de leur exper­tise, au pire en fonc­tion de leur opin­ion. Euronews cite large­ment la NBU, la banque nationale ukraini­enne, qui affirme que les fonds inter­cep­tés et leur trans­fert sont par­faite­ment légaux. Des affir­ma­tions qui ne sont jamais mis­es en bal­ance avec ce que la Hon­grie pour­rait avoir à en dire. L’article cite égale­ment les autorités ukraini­ennes qui évo­quent les con­di­tions de déten­tion des pas­sagers du fourgon.

Blanchiment ? Pour qui ?

Dans les affaires inter­na­tionales, il est tou­jours plus dif­fi­cile d’être caté­gorique, tout sim­ple­ment parce que l’on con­naît moins les détails des affaires, sans oubli­er que les sources doivent être traduites. La plu­part des arti­cles sont donc moins caté­goriques que d’ordinaire. Il n’en reste pas moins que la Hon­grie est désignée comme la coupable, alors qu’il pour­rait tout aus­si bien s’agir d’une authen­tique affaire de blanchi­ment d’argent. Blanchi­ment des­tiné à des Ukrainiens bien placés ou bien des­tiné à l’opposition hon­groise au moment où la Hon­grie est en pleine cam­pagne élec­torale pour les élec­tions lég­isla­tives du 12 avril ?

Adélaïde Motte

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