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Documentaire de France 2 sur l’Algérie : rumeurs et censure

9 février 2026

Temps de lecture : 4 minutes
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Documentaire de France 2 sur l’Algérie : rumeurs et censure

Temps de lecture : 4 minutes

Documentaire de France 2 sur l’Algérie : rumeurs et censure

Après une courte péri­ode d’accalmie (et de silences cal­culés), le cli­mat s’envenime à nou­veau entre l’Algérie et la France. Pour cause, un doc­u­men­taire dif­fusé par France 2 le 22 jan­vi­er. Inti­t­ulée « Rumeurs et coups tor­dus : la guerre secrète France-Algérie », l’enquête revient avec moult révéla­tions sur ce qui est présen­té comme des actions de bar­bouzerie attribuées aux autorités algéri­ennes con­tre des opposants algériens sur le ter­ri­toire français.

France 2 donne la parole à plusieurs acteurs, dont l’actuel ambas­sadeur à Alger (et aus­si à un ancien) ; mais la séquence qui sem­ble avoir mis le feu aux poudres est sans doute celle où le youtu­ber exilé Amir DZ décrit le prési­dent algérien, Abdel­mad­jid Teb­boune, de « voy­ou ». Inac­cept­able pour le gou­verne­ment et les médias algériens.

« Un coup de poignard dans le dos »

Il faut dire qu’avant même la dif­fu­sion de ce « Com­plé­ment d’enquête », l’a­gence offi­cielle algéri­enne, APS, en avait don­né l’alerte. Dans un édi­to­r­i­al au vit­ri­ol, ce média con­trôlé par la prési­dence ne s’expliquait pas qu’une telle chose puisse être présen­tée par un ser­vice pub­lic de l’audiovisuel français.

Poli­tique­ment, Alger a men­acé de pren­dre des mesures à l’aune de ce qui est perçu comme « un coup de poignard dans le dos ». Ain­si, dès le 26 jan­vi­er, un com­mu­niqué du min­istère des Affaires étrangères déclarait offi­cielle­ment l’ambassadeur français, Stéphane Romatet, « per­sona non gra­ta », prélude à son ren­voi défini­tif, voire à une rup­ture des rela­tions diplomatiques.

Au même moment, le chargé d’affaires de l’ambassade de France à Alger a été con­vo­qué par le min­istère algérien pour pro­test­er con­tre le doc­u­men­taire de France 2, qual­i­fié de « tis­su de con­tre-vérités offen­santes » et « hos­tile à l’État algérien, ses insti­tu­tions et symboles ».

Levée de boucliers

S’ensuit une lev­ée de boucliers dans les médias, publics ou para­publics, accu­sant « les milieux algéro­phobes » au sein de l’establishment français de chercher à sabor­der les efforts de rap­proche­ment entre les deux rives de la Méditerranée.

Anci­en­nement organe cen­tral du FLN, El-Moud­jahid par­le de « dérive médi­a­tique de la chaîne publique France 2 », et dénonce une impli­ca­tion de l’am­bas­sadeur « con­traire aux usages diplomatiques ».

Pour le jour­nal en ligne TSA Algérie, la chaine publique française « cible les élus fran­co-algériens et fait le jeu du Maroc ». Dans un arti­cle, ce site accuse l’émission de « servir l’extrême droite française et le Maroc, qui attaque ces élus pro-algériens sur le Sahara occi­den­tal tout en pra­ti­quant l’espionnage et la corruption. »

Plus incisif, Le Soir d’Algérie soupçonne France Télévi­sions d’être « sous influ­ence émi­ratie ». Il faut dire qu’en Algérie, un peu comme chez la gauche française, le nom des Émi­rats arabes est sys­té­ma­tique­ment asso­cié à des « vel­léités de subversion ».

L’ombre de Ségolène Royal

Cette grille de lec­ture est partagée par d’autres titres, dont le quo­ti­di­en de langue arabe Echorouk. Ce dernier juge que les réc­its médi­a­tiques tels que celui dif­fusé par France 2 s’apparentent à une « agres­sion idéologique », dans le sens où ils con­tribueraient à « la manip­u­la­tion de l’imaginaire collectif ».

Sur la même lancée, le quo­ti­di­en Enna­har reprend une déc­la­ra­tion du leader du Rassem­ble­ment nation­al démoc­ra­tique (RND, majorité) qui con­damne l’enquête de France 2, tout en dénonçant « son rôle dans l’escalade des ten­sions diplo­ma­tiques Algérie-France ». 

Pour les par­tis du pou­voir, c’est aus­si l’occasion de se racheter un peu après le recul – scan­daleux et inex­pliqué – sur la loi crim­i­nal­isant la colonisation.

Dans le même sil­lage, des sources con­cor­dantes accusent France 2 d’avoir cen­suré l’ex-ambassadeur Xavier Dri­en­court, dont l’interview fig­u­rait dans le teas­er de « Com­plé­ment d’enquête » mais fut sup­primée de la ver­sion dif­fusée le 22 jan­vi­er 2026. Selon le JDD, citant le site algérien Algérie patri­o­tique, France Télévi­sions aurait priv­ilégié les pro­pos « plus mod­érés » de l’actuel ambas­sadeur Stéphane Romatet. Ce choix est présen­té comme « un geste d’apaisement ».

Xavier Drtien­court est con­nu pour ses dia­tribes con­tre le sys­tème poli­tique algérien. Il a d’ailleurs été cité dans la dépêche de l’APS algéri­enne comme un « faux diplo­mate obsessionnel ».

Selon le jour­nal­iste Mohamed Sifaoui, Ségolène Roy­al serait inter­v­enue, en amont, pour édul­cor­er le doc­u­men­taire dans un sens favor­able à Alger. Coïn­ci­dence de cal­en­dri­er : l’ex-candidate à la prési­den­tielle a été accueil­lie les bras ouverts à Alger, ce lun­di 26 jan­vi­er.

Françoise Adèle

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