Après une courte période d’accalmie (et de silences calculés), le climat s’envenime à nouveau entre l’Algérie et la France. Pour cause, un documentaire diffusé par France 2 le 22 janvier. Intitulée « Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie », l’enquête revient avec moult révélations sur ce qui est présenté comme des actions de barbouzerie attribuées aux autorités algériennes contre des opposants algériens sur le territoire français.
France 2 donne la parole à plusieurs acteurs, dont l’actuel ambassadeur à Alger (et aussi à un ancien) ; mais la séquence qui semble avoir mis le feu aux poudres est sans doute celle où le youtuber exilé Amir DZ décrit le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, de « voyou ». Inacceptable pour le gouvernement et les médias algériens.
« Un coup de poignard dans le dos »
Il faut dire qu’avant même la diffusion de ce « Complément d’enquête », l’agence officielle algérienne, APS, en avait donné l’alerte. Dans un éditorial au vitriol, ce média contrôlé par la présidence ne s’expliquait pas qu’une telle chose puisse être présentée par un service public de l’audiovisuel français.
Politiquement, Alger a menacé de prendre des mesures à l’aune de ce qui est perçu comme « un coup de poignard dans le dos ». Ainsi, dès le 26 janvier, un communiqué du ministère des Affaires étrangères déclarait officiellement l’ambassadeur français, Stéphane Romatet, « persona non grata », prélude à son renvoi définitif, voire à une rupture des relations diplomatiques.
Au même moment, le chargé d’affaires de l’ambassade de France à Alger a été convoqué par le ministère algérien pour protester contre le documentaire de France 2, qualifié de « tissu de contre-vérités offensantes » et « hostile à l’État algérien, ses institutions et symboles ».
Levée de boucliers
S’ensuit une levée de boucliers dans les médias, publics ou parapublics, accusant « les milieux algérophobes » au sein de l’establishment français de chercher à saborder les efforts de rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée.
Anciennement organe central du FLN, El-Moudjahid parle de « dérive médiatique de la chaîne publique France 2 », et dénonce une implication de l’ambassadeur « contraire aux usages diplomatiques ».
Pour le journal en ligne TSA Algérie, la chaine publique française « cible les élus franco-algériens et fait le jeu du Maroc ». Dans un article, ce site accuse l’émission de « servir l’extrême droite française et le Maroc, qui attaque ces élus pro-algériens sur le Sahara occidental tout en pratiquant l’espionnage et la corruption. »
Plus incisif, Le Soir d’Algérie soupçonne France Télévisions d’être « sous influence émiratie ». Il faut dire qu’en Algérie, un peu comme chez la gauche française, le nom des Émirats arabes est systématiquement associé à des « velléités de subversion ».
L’ombre de Ségolène Royal
Cette grille de lecture est partagée par d’autres titres, dont le quotidien de langue arabe Echorouk. Ce dernier juge que les récits médiatiques tels que celui diffusé par France 2 s’apparentent à une « agression idéologique », dans le sens où ils contribueraient à « la manipulation de l’imaginaire collectif ».
Sur la même lancée, le quotidien Ennahar reprend une déclaration du leader du Rassemblement national démocratique (RND, majorité) qui condamne l’enquête de France 2, tout en dénonçant « son rôle dans l’escalade des tensions diplomatiques Algérie-France ».
Pour les partis du pouvoir, c’est aussi l’occasion de se racheter un peu après le recul – scandaleux et inexpliqué – sur la loi criminalisant la colonisation.
Dans le même sillage, des sources concordantes accusent France 2 d’avoir censuré l’ex-ambassadeur Xavier Driencourt, dont l’interview figurait dans le teaser de « Complément d’enquête » mais fut supprimée de la version diffusée le 22 janvier 2026. Selon le JDD, citant le site algérien Algérie patriotique, France Télévisions aurait privilégié les propos « plus modérés » de l’actuel ambassadeur Stéphane Romatet. Ce choix est présenté comme « un geste d’apaisement ».
Xavier Drtiencourt est connu pour ses diatribes contre le système politique algérien. Il a d’ailleurs été cité dans la dépêche de l’APS algérienne comme un « faux diplomate obsessionnel ».
Selon le journaliste Mohamed Sifaoui, Ségolène Royal serait intervenue, en amont, pour édulcorer le documentaire dans un sens favorable à Alger. Coïncidence de calendrier : l’ex-candidate à la présidentielle a été accueillie les bras ouverts à Alger, ce lundi 26 janvier.
Françoise Adèle


