Fer de lance du combat culturel et médiatique en faveur de la gauche depuis des années, le millionnaire Olivier Legrain est visé depuis le 7 janvier 2026 par une plainte pour agression sexuelle. Selon Mediapart, l’ancien industriel est accusé par une journaliste « de lui avoir imposé des avances répétées » alors qu’elle cherchait des financements pour son média.
Depuis des années, il s’est imposé comme l’un des plus importants mécènes de la presse de gauche, au sein de laquelle il « saupoudre » sa fortune. Politis, Le Média (époque Denis Robert), Blast, Le Poing, StreetPress (dont il détient 2,4 % des parts), Basta!, Regards, Les Jours… Nombreux sont les médias d’extrême gauche à avoir bénéficié (et surtout à bénéficier encore) de la générosité d’Olivier Legrain.
Car l’homme – qui « rêvait » en 2020 d’ouvrir des « maisons d’hospitalité » pour migrants sur tout le territoire – a depuis compris une chose : pour convaincre, il faut gagner le combat culturel. Et pour le gagner, c’est dans les médias qu’il faut investir. Depuis, cet ancien industriel – reconverti en psychothérapeute – a donc surinvesti le terrain médiatique avec un objectif bien précis en tête : « faire gagner la gauche en 2027 ».
De nombreux signalements depuis trois ans
Début janvier 2026, le millionnaire a ainsi concrétisé de nombreux projets qu’il avait dans les tuyaux depuis un moment : acquisition des murs du 70, boulevard Barbès à Paris (où il financera la création d’une « Maison des médias libres »), lancement d’une chaîne TikTok – pour « toucher un public jeune », rapprochement avec l’ex-patron du Seuil Hugues Jallon pour peaufiner ses réflexions…
Voir aussi : Olivier Legrain, le mécène de gauche en quête de rôle pour 2027
Tout semblait donc aller pour le mieux pour celui qui « a l’impression d’être sur Terre pour aider les gens ». Sauf que voilà… À peine ses « grands plans » pour 2027 lancés, que voilà notre Olivier Legrain, auto-proclamé féministe et pro-immigration, empêtré dans une affaire d’agression sexuelle.
Comme le révèle Mediapart le vendredi 30 janvier 2026, l’ancien patron d’industrie est en effet accusé par une journaliste « de lui avoir imposé des avances répétées » alors qu’elle cherchait des financements urgents pour la survie de son média.
« Depuis le 7 janvier 2026, Olivier Legrain est visé par une plainte pour agression sexuelle, déposée au commissariat de Belfort », nous apprend Mediapart. Dans les colonnes du quotidien, Anouck*, la victime présumée, explique que les faits de « harcèlement, d’intimidation et de violence sexuelle » – dont elle accuse Olivier Legrain – auraient été commis « du 7 décembre 2021 au 17 juin 2022 » (elle avait alors 31 ans et lui 70).
Depuis cette période, elle aurait tenté d’alerter en vain des médias indépendants et des associations, « souvent en mentionnant Olivier Legrain, parfois en parlant d’un « mécène » ». Mais « rien n’y a fait » : « sa souffrance psychique ne l’a pas laissée en paix ».
« Coincée par l’enjeu financier »
Dans un courrier adressé à la justice, et dont Mediapart se fait l’écho, Anouck est revenu en détails sur sa « descente aux enfers ». Tout commence à l’automne 2021. Anouck dirige alors un petit média indépendant « vivant grâce au mécénat privé ».
C’est dans le cadre de sa recherche de financements que la journaliste aurait rencontré Olivier Legrain. L’escalade est rapide : tutoiement immédiat, appels le week-end, questions sur sa vie privée et ses origines, compliments insistants… Dès leurs premiers échanges, Olivier Legrain aurait « forcé une proximité ».
Après un premier accord de financement à hauteur de 15 000 euros en décembre 2021, et une proposition de dîner en tête-à-tête (qu’Anouck accepte, se sentant « coincée » par « l’enjeu financier »), c’est le soir du 2 février 2022 que la situation aurait basculé.
Lors d’un dîner au restaurant avec Olivier Legrain, elle affirme qu’il aurait glissé sa main à l’intérieur de sa cuisse en ramassant un parapluie, avant d’orienter « la discussion sur le sexe » et de poser des « questions intimes » et « sexuelles ». « Choquée, elle dit avoir invoqué ses douleurs de dos pour abréger le dîner.
« J’étais racisée et précaire. »
À partir de là, s’installe, selon la victime présumée, une période de « harcèlement » entrecoupée de foultitude de tentatives d’appels, de SMS et de propositions de dîner.
« En mai 2022, Anouck s’effondre : dépression, pensées suicidaires. « Elle est placée en arrêt et sous traitement par son médecin généraliste, et retourne vivre chez ses parents, à Belfort », détaille Mediapart.
« J’étais dans une situation d’asymétrie totale : c’est un homme de 70 ans, j’étais une femme de 31 ans ; il est blanc, je suis racisée ; il est millionnaire et puissant, j’étais précaire et reconnue en situation de handicap », explique de son côté Anouck, qui a finalement décidé de saisir la justice, jugeant que « l’emprise » qu’Olivier Legrain aurait exercée sur elle l’a plongée « dans un état d’hypervigilance et d’anxiété » qui se poursuit trois ans après.
Selon le quotidien, d’autres femmes ont elles aussi ressenti un « malaise suscité par une familiarité trop grande » au contact d’Olivier Legrain. Interrogé par Mediapart, Olivier Legrain a « reconnu » une grande partie des récits qui lui ont été rapportés. « Simplement, il réfute toute violence sexuelle. »
Il jure désormais qu’il ne signe plus ses SMS par « je t’embrasse » – mais plutôt par « bien à toi » – et qu’il a arrêté « les baisemains ».
Lorelei Bancharel


