En période de vents contraires, il existe deux manières de réagir. La réaction de responsabilité consiste à se remettre en question, même discrètement. La réaction de facilité consiste à se radicaliser dans ses orientations, comme pour se justifier. Avec cette rétrospective Vu de l’année 2025, France TV a manifestement choisi la facilité plutôt que la responsabilité.
Vu de l’année 2025 revisite les moments forts de l’année écoulée à partir d’extraits diffusés sur les différentes chaînes TV. Les 6 épisodes, d’environ 1 heure chacun, ont été diffusés sur France 2 les premiers jours de janvier à des heures tardives.
Certes, le genre de la rétrospective ne prétend ni à l’exhaustivité, ni à l’impartialité. Mais le téléspectateur pouvait légitimement s’attendre à un survol équilibré des événements, comme un point final à l’année qui s’est achevée. Malheureusement, force est de constater que cette rétrospective est extrêmement tendancieuse, à la fois quant à la sélection des thèmes abordés et quant aux montages qui sont faits. Alors prenons cette émission pour ce qu’elle est ; un révélateur des thèmes obsessionnels sur lesquels l’audiovisuel public revient en boucle, des sujets secondaires, et des sujets à éviter.
Les thèmes obsessionnels
Le premier thème qui revient en boucle, c’est bien entendu Donald Trump, qui est la personnalité la plus présente dans cette rétrospective.
Nous retrouvons le grand méchant shérif, entouré de milliardaires lors de son intronisation, graciant les émeutiers du Capitole, asséchant les moyens de l’USAID, l’agence américaine pour le développement, faisant la leçon à V. Zelensky, diffusant une vidéo sur Gaza ou demandant un changement de nom du golfe du Mexique. Des propos de Steve Bannon et Elon Musk accompagnent le tout, mais ces extraits sont très brefs et il en reste une impression de brutalité, qui permet d’enfoncer le clou du danger MAGA.
Le second thème obsessionnel est naturellement l’extrême droite. Avec notamment des séquences anciennes dans lesquelles Marine Le Pen réclamait des condamnations d’élus en cas de malversation ; et différents « experts » qui justifient le jugement contre elle et qui s’étonnent qu’elle n’accepte pas ce qu’elle avait elle-même réclamé. Mais la présentation des faits est là encore tendancieuse, pour ne pas dire malhonnête, dans la mesure où l’exécution provisoire, qui est à la base de la contestation du jugement et qui a largement fait débat, n’est jamais évoquée.
Bien entendu, il faut entendre extrême droite au sens de plus en plus large que les médias de gauche entendent lui donner ; Bruno Retailleau, Rachida Dati et Pierre-Edouard Stérin, Philippe de Villiers sont aussi ciblés.
Le troisième thème est celui de la diversité heureuse, avec des séquences pro-immigration qui s’enchaînent. Un ancien de chez Renault tente d’expliquer que « le terreau fasciste du vote de l’extrême droite », c’est de « détourner les gens de la réalité des causes qui génèrent leurs problèmes ». Il eut été intéressant d’en savoir plus sur « la réalité des causes » ou de comprendre pourquoi « les gens » se laissaient détourner si facilement, mais avec cette phrase visiblement apprise et répétée, il semblait avoir déjà tout donné.
Ensuite vient Ginette Kolinka, rescapée de la Shoah :
« Attention, dès que vous dites : “lui il est turc, lui il est comme ci, lui il est comme ça, lui il est musulman, elle elle est juive”, et bien ça, ces différences là, c’est le début d’Auschwitz-Birkenau. »
Plus loin, Alain Fontaine, président de l’association des maîtres restaurateurs, explique que « 30 % des gens sont issus de l’immigration. Si ces gens-là devaient partir, on aurait des problèmes économiques ». Mais qui a dit qu’il fallait renvoyer tous les immigrés ayant un travail ?
Nous entendons aussi que De Gaulle avait installé en 1940 la capitale de la France libre à Brazzaville. Ah, que serait devenue la France sans ses colonies ? Ceci est bien loin de l’année 2025, mais peu importe au réalisateur, tous les arguments sont bons à l’appui de la diversité heureuse.
Un quatrième thème revient de façon obsessionnelle et a probablement pris de l’ampleur en 2025. Appelons-le justice fiscale pour rester sobre, mais il a aussi des relents de haine des riches, de détestation de la réussite et de chasse aux milliardaires. Nous trouvons pêle-mêle des séquences qui s’efforcent de montrer que les riches trichent, que la théorie macroniste dite du « ruissellement » n’a jamais fonctionné, que le système fiscal français leur est favorable, que le pouvoir les protège.
Gabriel Zucman, pour son projet de taxe finalement rejeté, et Sophie Binet, pour ses charges violentes contre les chefs d’entreprises, qui lui ont pourtant valu une mise en examen pour « injures publiques », sont très présents dans ces séquences. Tout ceci est dit sous le couvert d’un impératif de justice sociale présentée comme une tradition française, comme si la réussite de certains était nécessairement une injustice pour les autres.
Et un nouveau thème en émergence
Le cinquième et dernier thème qui revient en boucle est plus nouveau et concerne les médias. Des sujets bien différents sont enchaînés : Marc Zuckerberg annonçant la fin du fact-checking pour les médias du groupe META ; l’IA, présentée comme un outil effrayant qui permet toutes les manipulations de contenus ; un intervenant expliquant que la société anglo-saxonne est patriarcale et raciste, donc comme 60 % des données disponibles sur internet sont des données anglo-saxonnes, l’IA va nécessairement reproduire ces biais ; Patrick Cohen justifiant la fermeture de C8 en comparant cette sanction à un retrait de permis pour un conducteur ayant dépassé son quota d’infractions ; et aussi quelques considérations très approximatives sur les algorithmes des réseaux sociaux et sur la puissance de X.
La conclusion que ce fourre-tout voudrait nous faire endosser est que le droit à une juste information est menacé, et qu’il faut appeler de nos vœux un contrôle renforcé de l’espace médiatique, en phase avec ce que le président de la République avait souhaité.
Le contrôle des médias est à l’évidence un thème qui a émergé en 2025 dans les préoccupations de médias mainstream qui sont plus ou moins contestés et en difficulté en termes d’audience.
Enfin, remarquons la présence de nombreux extraits de l’émission Quotidien des inénarrables Yann Barthès et Jean-Michel Apathie, dont le ton est parfaitement en phase avec cette rétrospective.
Du politiquement correct pour faire le lien
D’autres thèmes servent d’intermède, pour détendre l’atmosphère et faire la liaison entre les sujets obsessionnels qui reviennent sans cesse ; ainsi, une longue séquence sur Bétharram, des sujets sur la santé, les pesticides, les inondations, les incendies et le réchauffement climatique, les plastiques, quelques jeux et émissions TV, les discours orientés de la cérémonie des César, la contestation de la loi Duplomb, la journée de la femme…
Ces thèmes sont déclinés comme autant de laissez-passer de bienpensance, mais nous sentons bien qu’ils sont en fait secondaires. Ils sont là pour faire joli et se donner bonne mine. Il s’agit de montrer patte blanche afin de rallier le plus grand nombre autour des 5 thèmes principaux.
Et puis, quantité de sujets sont passés sous silence, ou à peine effleurés : l’insécurité, la dette, le narcotrafic, l’enlisement de la vie politique française, les outrances de LFI… Pour prendre un seul exemple, le malheureux Christophe Glèzes, toujours emprisonné, n’apparaît pas et les déplorables relations franco-algériennes sont tues.
La manipulation des montages
La méthode retenue est héritée du Zapping de Canal+, ce qui s’explique par le fait que le réalisateur de Vu de l’année 2025 est Patrick Menais, ancien réalisateur du Zapping qui avait été remercié par Canal+ pour faute lourde. Cette méthode, faite d’un enchaînement de séquences rapides, laisse la porte ouverte à toutes les manipulations de montage. Et des manipulations grossières, il n’en manque pas. En voici deux exemples, choisis parmi beaucoup d’autres :
Laurent Jacobelli est reçu sur BFMTV (épisode 2, 29 mn 31 sec), et il est interrogé sur une enquête du média d’extrême gauche Les Jours, qui fait apparaître des propos racistes tenus au sein d’un groupe Facebook auquel auraient appartenu 9 députés RN. Mais seule la longue et tendancieuse question est montrée, la réponse de L. Jacobelli est coupée ! Aucun droit de réponse… Avec de telles méthodes, il est possible d’introduire le doute partout.
Deuxième exemple fâcheux, toujours sur BFMTV (épisode 2, 29 min 57 s) : dans une séquence plutôt touchante au début, le jeune collégien Thays explique être victime de harcèlement scolaire parce qu’il est noir. Puis le témoignage est coupé par un extrait de W9, où Cyril Hanouna explique que la France donne sa chance à tout le monde et que les Français sont tolérants et ouverts. Sauf qu’en cherchant un peu, on s’aperçoit que l’extrait est tiré d’une séquence consacrée à la chanteuse Théodora, et n’a donc strictement rien à voir avec le harcèlement du jeune Thays. Puis retour sur BFMTV où la maman de Thays indique que les parents des harceleurs sont venus devant chez elle pour lui dire « qu’ils votaient Front national et qu’ils ne voulaient pas que les enfants se fréquentent ». Il s’agit donc, au passage, de discréditer à la fois Hanouna et le FN/RN. À ce niveau, ce n’est plus de la manipulation, c’est du charcutage.
Au final, Vu de l’année 2025 est un recyclage par France Télévisions du concept « Le zapping », que Canal+ avait inventé il y a 35 ans. Mais, outre que le concept est bien daté, ce recyclage est moins drôle que l’original, et beaucoup plus orienté.
Francesco Bargolino


