À l’Assemblée, la commission d’enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement » de l’audiovisuel public a remis sur la table un sujet explosif : la transparence des rémunérations. Face au rapporteur Charles Alloncle, certains responsables de France Télévisions ont esquivé, au risque d’alimenter la défiance.
Après une première manche agitée, l’audition du 28 janvier 2026 des responsables de l’information de France Télévisions (Alexandre Kara, Muriel Pleynet, Romain Messy, Célia Meriguet, Nathalie Saint-Cricq) illustre une contradiction devenue classique : exiger des comptes des autres, tout en rechignant à en rendre sur soi-même. La commission, créée à la demande du groupe UDR (parti d’Éric Ciotti), entend précisément tester la solidité des principes affichés par le service public quand il s’agit d’argent public.
Une transparence à géométrie variable
Interrogés sur le montant de leurs rémunérations, plusieurs dirigeants auditionnés ont refusé de les rendre publics, estimant ne pas avoir à s’en expliquer. Charles Alloncle a dénoncé ce refus dans un message publié le 28 janvier, rappelant que ces salaires sont financés par l’impôt.
Le député, qui s’était déjà attiré les foudres du présentateur milliardaire Nagui, ne devrait pas arranger son cas auprès de l’audiovisuel public ! Dans le même échange, Muriel Pleynet a justifié la position de la direction : selon elle, les députés ont déjà accès aux données et « cette audition est publique », donc il n’y aurait pas à exposer davantage ces montants. Argument légaliste, certes, mais politiquement maladroit : la question posée n’est pas seulement celle de l’accès, c’est celle de l’acceptabilité par le financeur, c’est-à-dire le contribuable.
« Data-room » : l’écran de fumée
Nathalie Saint-Cricq, membre de la tribu Duhamel, elle, a renvoyé vers la « data room » fournie aux députés, refusant de donner son salaire à l’oral. Or la journaliste avait déjà indiqué sur RTL percevoir 5 789 euros nets par mois. Autrement dit : l’information circule, mais le geste de transparence, en séance, devant les Français, demeure évité. À moins que la journaliste ne s’inquiète de voir les députés l’interroger sur l’ensemble de ces revenus et révèle des éléments dérangeants ?
La commission en a profité pour tirer à boulets rouges sur la culture de l’entre-soi, plus d’ailleurs que sur la reddition de comptes.
Pour se défendre, l’éditorialiste a aussi invoqué dix années de participation « bénévole » à une émission dominicale, comme preuve que « l’appât du gain » n’expliquerait pas son choix du service public. L’argument est respectable… mais il ne répond pas à la question structurelle des écarts internes et de la hiérarchie salariale.
Quand les moyens rencontrent les résultats
Au-delà des personnes, l’affaire renvoie à la performance et à la gouvernance. La Cour des comptes a alerté sur la situation financière de France Télévisions et sur la nécessité de réformes. Dans ce contexte, la transparence des rémunérations n’est pas un détail : c’est un marqueur de sérieux budgétaire. Sur franceinfo TV, Charles Alloncle affirme ainsi que le budget a fortement augmenté tandis que l’audience resterait autour de 0,9 % en 2025. Le chiffre d’audience, lui, est corroboré par Le Monde (0,9 % sur l’année 2025). Reste une question politique simple, que la commission a le mérite de poser frontalement : à quel moment le service public accepte-t-il d’être évalué, et pas seulement financé ?
Claude Lenormand


