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Salaire dans l’audiovisuel public : la gêne des « vertueux » face aux questions… et aux chiffres

3 février 2026

Temps de lecture : 3 minutes
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Salaire dans l’audiovisuel public : la gêne des « vertueux » face aux questions… et aux chiffres

Temps de lecture : 3 minutes

Salaire dans l’audiovisuel public : la gêne des « vertueux » face aux questions… et aux chiffres

À l’Assemblée, la com­mis­sion d’enquête sur « la neu­tral­ité, le fonc­tion­nement et le finance­ment » de l’audiovisuel pub­lic a remis sur la table un sujet explosif : la trans­parence des rémunéra­tions. Face au rap­por­teur Charles Allon­cle, cer­tains respon­s­ables de France Télévi­sions ont esquivé, au risque d’alimenter la défiance.

Après une pre­mière manche agitée, l’audition du 28 jan­vi­er 2026 des respon­s­ables de l’information de France Télévi­sions (Alexan­dre Kara, Muriel Pleynet, Romain Messy, Célia Meriguet, Nathalie Saint-Cricq) illus­tre une con­tra­dic­tion dev­enue clas­sique : exiger des comptes des autres, tout en rechig­nant à en ren­dre sur soi-même. La com­mis­sion, créée à la demande du groupe UDR (par­ti d’Éric Ciot­ti), entend pré­cisé­ment tester la solid­ité des principes affichés par le ser­vice pub­lic quand il s’agit d’argent public.

Une transparence à géométrie variable

Inter­rogés sur le mon­tant de leurs rémunéra­tions, plusieurs dirigeants audi­tion­nés ont refusé de les ren­dre publics, esti­mant ne pas avoir à s’en expli­quer. Charles Allon­cle a dénon­cé ce refus dans un mes­sage pub­lié le 28 jan­vi­er, rap­pelant que ces salaires sont financés par l’impôt.

Le député, qui s’était déjà attiré les foudres du présen­ta­teur mil­liar­daire Nagui, ne devrait pas arranger son cas auprès de l’audiovisuel pub­lic ! Dans le même échange, Muriel Pleynet a jus­ti­fié la posi­tion de la direc­tion : selon elle, les députés ont déjà accès aux don­nées et « cette audi­tion est publique », donc il n’y aurait pas à expos­er davan­tage ces mon­tants. Argu­ment légal­iste, certes, mais poli­tique­ment mal­adroit : la ques­tion posée n’est pas seule­ment celle de l’accès, c’est celle de l’acceptabilité par le financeur, c’est-à-dire le contribuable.

« Data-room » : l’écran de fumée

Nathalie Saint-Cricq, mem­bre de la tribu Duhamel, elle, a ren­voyé vers la « data room » fournie aux députés, refu­sant de don­ner son salaire à l’oral. Or la jour­nal­iste avait déjà indiqué sur RTL percevoir 5 789 euros nets par mois. Autrement dit : l’information cir­cule, mais le geste de trans­parence, en séance, devant les Français, demeure évité. À moins que la jour­nal­iste ne s’inquiète de voir les députés l’interroger sur l’ensemble de ces revenus et révèle des élé­ments dérangeants ?

La com­mis­sion en a prof­ité pour tir­er à boulets rouges sur la cul­ture de l’entre-soi, plus d’ailleurs que sur la red­di­tion de comptes.
Pour se défendre, l’éditorialiste a aus­si invo­qué dix années de par­tic­i­pa­tion « bénév­ole » à une émis­sion domini­cale, comme preuve que « l’appât du gain » n’expliquerait pas son choix du ser­vice pub­lic. L’argument est respectable… mais il ne répond pas à la ques­tion struc­turelle des écarts internes et de la hiérar­chie salariale.

Quand les moyens rencontrent les résultats

Au-delà des per­son­nes, l’affaire ren­voie à la per­for­mance et à la gou­ver­nance. La Cour des comptes a alerté sur la sit­u­a­tion finan­cière de France Télévi­sions et sur la néces­sité de réformes. Dans ce con­texte, la trans­parence des rémunéra­tions n’est pas un détail : c’est un mar­queur de sérieux budgé­taire. Sur fran­ce­in­fo TV, Charles Allon­cle affirme ain­si que le bud­get a forte­ment aug­men­té tan­dis que l’audience resterait autour de 0,9 % en 2025. Le chiffre d’audience, lui, est cor­roboré par Le Monde (0,9 % sur l’année 2025). Reste une ques­tion poli­tique sim­ple, que la com­mis­sion a le mérite de pos­er frontale­ment : à quel moment le ser­vice pub­lic accepte-t-il d’être éval­ué, et pas seule­ment financé ?

Claude Lenor­mand