Qu’il s’agisse de relations plus ou moins lointaines avec différents groupes politiques et associatifs, de publications sur les réseaux sociaux ou d’avancées dans les enquêtes policières, la mort de Quentin Deranque, tué par des activistes d’extrême gauche, a été réécrite par les médias de la gauche radicale. Un narratif qui a servi au retour de Raphaël Arnault.
« C’est ainsi qu’ils vont documenter les faits et gestes de ce groupe, minute par minute » : le 27 mars, BFMTV publiait des photos prises par les équipes du renseignement policier avant et après la mort de Quentin Deranque. Celles-ci, comme leur nom l’indique, n’ont pas vocation à intervenir. Elles suivaient les militants d’ultragauche qui allaient assassiner Quentin Deranque, bien que l’article ait pu induire certains lecteurs en erreur. Les élus LFI ont rapidement hurlé au « scandale d’État », les autorités n’ayant pas contredit la thèse du lynchage, en dépit de la présence de ces agents. Il faudra un second article pour rapporter que les agents ont assisté à « une rixe » sans pour autant « tout voir ». À savoir les deux minutes fatales, entre 17h57 et 17h59. BFM publiera le cliché de la victime se relevant difficilement à cette heure précise.
Quentin sali avant le retour de Raphaël Arnault
Les médias et la gauche maintiennent en tout cas leur narratif commun, directement inspiré des éléments de langage des activistes d’ultragauche.
À l’avant-garde de la chasse aux sorcières, Mediapart qui, le 12 mars, publiait une enquête-portrait intitulée « Quentin Deranque, catholique traditionaliste à la ville et néonazi en ligne », remettant délibérément en cause les témoignages des amis de la victime, qui n’ont eu de cesse de décrire avec émotion un jeune homme vivant sa foi catholique, réservé et toujours serviable. Le média d’Edwy Plenel a identifié trois comptes anonymes sur X attribués à Quentin Deranque. Des comptes qui ont publié entre 2023 et 2025 des messages qualifiés de « néofascistes », fustigeant Simone Veil voire l’immigration actuelle ou vantant « Adolf ». Un long article où la mort du jeune homme de 23 ans n’est nulle part regrettée. Comme s’il avait mérité son sort ?
Cette publication, opérant une véritable inversion accusatoire, a indéniablement désinhibé les journalistes et sonné l’hallali médiatique… et préparé le retour de Raphaël Arnault.
Le député insoumis, cofondateur de la Jeune Garde, est ainsi revenu sur la scène politique après avoir disparu des radars pendant six semaines, et avec la bénédiction de LFI qui souhaite le revoir sur les bancs de l’Assemblée nationale. Le Parisien, qui note « une forte pression politique » pour sa démission, ne s’en plaindra sans doute pas.
La complaisance médiatique à l’égard des assassins
Un schéma se dessine : les médias noircissent Quentin Deranque et blanchissent, ou du moins éclairent, ses assassins.
Si Quentin Deranque était un « militant identitaire » « lynché lors d’affrontements entre des membres d’ultradroite et d’ultragauche », selon (BFMTV), L’Humanité parle de son côté de « bagarre rangée ». Le Parisien, à la fin d’un article consacré à la prise de parole de Raphaël Arnault, précise que « le militant nationaliste a fréquenté un temps la section locale de l’Action française, un mouvement d’extrême droite royaliste. Et il a été ensuite l’un des fondateurs du groupe nationaliste révolutionnaire Allobroges Bourgoin. » La Provence, lui, évoque « le groupe fémonationaliste Némésis ». Le mot est nouveau, et l’un de ses avantages est qu’il est difficile de relier le préfixe « femo » au féminisme.
Autre biais dans la presse régionale : Sud-Ouest et Ouest-France offrent un exemple parfait en parlant tous deux du « député LFI Raphaël Arnault, dont des proches sont mis en cause dans la mort du militant d’extrême droite radicale Quentin Deranque ». ActuLyon évoque la « mort tragique du militant d’extrême droite radicale Quentin Deranque, lynché après une rixe impliquant des militants de l’ultra-droite et de l’ultra-gauche. »
BFMTV parle de « neuf suspects proches de l’ultragauche », notamment Jacques-Élie Favrot. Ce dernier étant membre de la Jeune Garde, la qualification « proche de l’ultragauche » est dès lors curieusement faible. Libération fait un autre choix. Plutôt que de minimiser les engagements politiques extrêmes des suspects, il induit le doute sur leurs rapports avec Raphaël Arnault, parlant de « deux de ses anciens collaborateurs et un de ses anciens stagiaires ». Or, les collaborateurs l’étaient toujours au moment des faits.
Blast, un média comme les autres
Raphaël Arnault a de surcroît accordé une interview à Blast, publiée le 1ᵉʳ avril, choix surprenant. L’élu a expliqué son silence par une volonté d’apaiser les choses, avant de dénoncer une « instrumentalisation politique » du décès. Selon lui, ses détracteurs exploitent la mort de Quentin Deranque pour « éteindre la gauche », inverser les valeurs et faire de l’antifascisme l’ennemi, sans réelle préoccupation pour la violence politique. Arnault vise là une « caste politique et médiatique » et Blast dénoncera durant l’entretien la Une de Marianne : Meurtre de Quentin – les nouveaux fascistes.
Pourtant, cet entretien sera largement relayé. L’occasion pour certains médias, notamment le Parisien, de donner à ce site militant ses lettres de noblesse en parlant de ses « confrères ». La Provence parle d’un « média indépendant », ce qui est un choix de mots étrange puisque 10% du budget de Blast provient de subventions publiques. Certains médias vont jusqu’à intégrer la vidéo de l’interview dans leur article, ce qui permettra à Blast d’améliorer son référencement et d’augmenter son nombre de vues. BFMTV de son côté le cite en ces termes. « Raphaël Arnault a aussi avoué avoir eu “peur que l’extrême droite se saisisse de cette opportunité” pour justifier des actes violents envers La France insoumise. “Ce qui a été le cas”, dénonce-t-il, avec “les attaques de plusieurs permanences” insoumises et “les menaces de mort avec un couteau” à l’encontre de la candidate LFI à la mairie de Strasbourg, Jamila Hadoum. » Libération rapporte également sa « peur affreuse que la violence s’embrase dans le pays ». On peut se féliciter que cela n’ait pas été le cas, et que les militants de droite ne soient, eux, pas des assassins.
Voir aussi : Les silences complices du Progrès (Lyon) sur les violences de la Jeune Garde
Les médias reprennent la désinformation de la gauche
L’un des mantras de la gauche est de citer les meurtres soi-disant commis par l’extrême droite, pour dénoncer qu’ils ne prennent pas plus de place dans les médias. France info et La Provence reprennent notamment cet argument de Raphaël Arnault qui « juge que les violences commises par l’extrême droite, comme le meurtre du rugbyman Martín Aramburú, n’ont pas été aussi médiatisées ».
Ce meurtre, qui avait eu lieu en mars 2020 dans le quartier Saint-Germain à Paris après une violente dispute dans un bar, n’avait pourtant pas grand-chose à voir avec un meurtre politique. Bien sûr, les meurtriers étaient « des militants d’ultradroite » (ayant fait partie du GUD), mais la qualification de racisme n’a pas été retenue par l’instruction, comme le précise ActuLyon.
Adélaïde Motte

