Entre les crises partout sur le globe, les élections municipales et l’absence persistante de budget, on en oublierait presque que Marine Le Pen et le Rassemblement National sont actuellement jugés en appel pour l’affaire des assistants parlementaires. Avec, à la clé, la possibilité ou non de se présenter en 2027. Inutile de dire que les médias ont des idées à défendre sur la question, et qu’ils ne s’en privent pas.
Et si elle s’en sortait ?
Marine Le Pen semble avoir plus de chances de s’en sortir en deuxième instance. Ses avocats se félicitent que l’affaire soit jugée sur le droit plutôt que sur la politique, Marine Le Pen se dit émue, comme juriste, que le droit soit respecté. Europe 1 note que « les débats ont laissé entrevoir un climat jugé plus favorable par les prévenus ». Naturellement, certains médias s’étouffent et, si Libération évite de parler de corruption, ce n’est sans doute que par crainte d’une accusation de diffamation. Il titre que « la défense de Marine Le Pen flatte la cour d’appel » avant d’assurer que l’avocat de Marine Le Pen « brosse la nouvelle juge dans le sens du poil ». « Qu’elle est bien cette cour d’appel, quand même, avec sa première chambre, ses beaux lustres et ses tas de fenêtres. Et puis ses magistrats, tellement moins méchants et politisés que ceux du tribunal judiciaire, porte de Clichy ! » poursuit le journaliste.
Mensonge ou changement de tactique ?
L’une des raisons pour lesquelles Marine Le Pen pourrait bien s’en sortir est qu’elle a modifié sa défense. Un changement qui n’a rien de bien étonnant, si on imagine les longues discussions qu’elle a dû avoir avec ses avocats depuis plusieurs semaines. Quant à savoir si sa nouvelle défense est sincère ou non, Dieu sonde les reins et les cœurs, mais les journalistes aiment s’y essayer. BFMTV explique que « la figure du RN est entrée en appel avec un nouvel état d’esprit » consistant à dire : « J’entends ce qu’on me reproche mais moi je dois expliquer que je n’ai pas voulu commettre de délit, ma démarche n’était pas de commettre un délit. » Un état d’esprit, de fait, cela peut changer. France 24 est moins généreux et note « un discours tranchant avec ses virulents démentis des faits en première instance ».
Journaliste, policier, avocat et juge
L’affaire des assistants parlementaires dure donc depuis plusieurs années et, quand on suit un sujet pendant longtemps, on finit par le connaître sur le bout des doigts. Il semble également qu’à force de suivre le procès de Marine Le Pen, certains journalistes finissent par se découvrir une vocation de juge. France 24 s’offusque ainsi que le directeur général des finances représentant le Parlement européen lors de l’audience ait « eu droit pendant près de six heures à la barre à un interrogatoire digne d’un prévenu » et note que « les différents avocats de la défense ont passé au grill le représentant du Parlement européen ». Pour qui sait comment se déroule un procès, cela n’a pourtant rien d’étonnant. On ne découvre souvent une faille dans l’accusation qu’à force d’interroger les témoins, et ces interrogatoires sont rarement une partie de plaisir. On le voit dans les vrais procès, mais aussi dans de simples séries télévisées.
Ceux qui défendent Marine Le Pen
Il serait vain de maintenir le narratif selon lequel le procès de Marine Le Pen n’est pas politique. Il l’est, ne serait-ce que parce que les magistrats sont des êtres humains. Or, évolution du corps électoral oblige, le rejet de l’extrême-droite en général et du Rassemblement National en particulier est de plus en plus difficile à tenir pour les médias, et certains, à tout le moins certains journalistes, n’essaient plus. Au Figaro, certains prennent clairement fait et cause pour ce parti. D’abord en pointant les mauvais traitements dont ils sont victimes : « bien que les onze prévenus disposent dans le prétoire de places réservées, munies d’étiquettes à leurs noms, la présidente leur demande de venir s’asseoir au plus près de la cour, sur des fauteuils pliables rouges. Un par un, ils s’avancent pour se serrer devant l’estrade, comme des étudiants assidus au premier rang d’un amphithéâtre bondé. » On brosse aussi un portrait discrètement touchant de certains prévenus, tels Bruno Gollnisch, « pâle et les traits hâves », qui a « gratifié [Marine Le Pen] d’un galant baisemain », Wallerand de Saint-Just, que Marine Le Pen prononce « Saint Ju », et Fernand Le Rachinel, qui, « à 83 ans, ne fait pas son âge ».
L’extrême droite, l’extrême droite, l’extrême droite
Le Rassemblement national rassemble ainsi plus d’un tiers des Français dans les intentions de vote quels que soient les sondages observés. Si l’on ajoute à ces résultats des partis moins importants, comme Reconquête, Debout la France, l’UDR, IDL, etc., on arrive à presque un Français sur deux se classant à droite des Républicains, c’est-à-dire, pour la classe médiatique, à l’extrême droite. Une extrême droite qui n’en a donc plus que le nom, mais ce nom a la vie dure. France 24, qui est, on le rappelle, une filiale du service public contrainte à une certaine neutralité, parlera donc de « la triple candidate du parti d’extrême droite » et même de « la cheffe de file de l’extrême droite », appellation qui aurait de quoi faire bondir un certain nombre de personnalités politiques et d’électeurs.
Adélaïde Motte
Photo : Marine Le Pen en février 2025 à Madrid. Vox España. Licence : CC0 1.0 Universal


