Ancien youtubeur, humoriste et militant animaliste, Rémi Gaillard se présentait à la mairie de Montpellier contre le maire actuel PS : Michaël Delafosse. Il a réalisé un score de 8,21%, échouant à se qualifier pour le second tour. Rémi Gaillard accuse dans un post sur X les médias subventionnés par la mairie de Montpellier d’avoir volontairement omis de parler des intimidations et menaces dont il a fait l’objet. Gaillard a déjà eu maille à partir avec France Télévisions.
Rémi Gaillard a annoncé sa candidature aux élections municipales à Montpellier le 4 février 2026, sous la liste « Yes We Clown » Le militant animaliste a préféré éviter toute étiquette partisane et centre sa campagne sur des thèmes rassembleurs comme l’écologie, la démocratie directe et la transparence.
Menaces et intimidations du clan Delafosse
Déjà candidat en 2020, où il avait obtenu près de 9,6 % des voix au premier tour, Rémi Gaillard revenait cette fois avec une campagne axée sur la critique de la dernière mandature socialiste : les accointances de Michaël Delafosse avec Jack Lang, des soupçons de détournement de fonds et des soupçons d’attributions de logements sociaux moyennant finances. Parmi les faits qu’il dénonce régulièrement figurent des incidents survenus sur sa propriété privée. En mai 2024, deux pins d’une vingtaine de mètres de haut, âgés de plusieurs dizaines d’années, ont été abattus sur son terrain alors qu’il n’était pas présent. Selon des informations publiées par InfOccitanie le 17 mai 2024, l’opération a été réalisée par une entreprise mandatée par la Métropole de Montpellier, présidée par Michaël Delafosse (qui cumule les fonctions de maire de Montpellier et de président de la métropole). L’article précise que les arbres ont été tronçonnés sur place après abattage. Rémi Gaillard a qualifié cet acte d’intrusion sur propriété privée et de possible manœuvre d’intimidation, notamment dans le contexte de sa précédente candidature en 2020 où des faits similaires avaient déjà été rapportés (abattage d’arbres mandaté par la métropole trois mois après le scrutin, toujours selon InfOccitanie).
Ces événements s’inscrivent dans une série d’accusations portées par le candidat contre l’équipe municipale. Il évoque également des menaces anciennes, comme le message publié en 2020 par François Villette, directeur adjoint du cabinet du maire, indiquant que les critiques de Gaillard lui donnaient « envie de sortir son revolver », accompagné d’une photo avec un fusil.
M. @MDelafosse, maire PS,
Pouvez-vous confirmer qu’il s’agit bien de @Fvillette, votre directeur adjoint de cabinet, qui tient à mon encontre des propos menaçants évoquant son revolver et qui s’affiche publiquement avec des armes sur les réseaux ?
Entre cabinet et cartel, la… pic.twitter.com/zFJtrE7biA— Rémi Gaillard (@nqtv) January 28, 2026
Le vidéaste a ressorti cet épisode en 2026 lors de débats publics et sur les réseaux, en le reliant à d’autres intimidations présumées.
Les pressions de France TV pour invisibiliser Rémi Gaillard
Un autre épisode fréquemment évoqué par Rémi Gaillard concerne sa polémique avec France Télévisions en janvier 2022, liée à l’émission « Ça commence aujourd’hui » présentée par Faustine Bollaert sur France 2. Le 10 janvier 2022, Pierre-Alain de Piccoli, surnommé Pierrot, ancien sans-abri montpelliérain, était invité pour témoigner de son parcours de sortie de la rue. Rémi Gaillard avait aidé Pierrot dès mars 2020 : pendant le premier confinement, il avait relayé une vidéo virale où celui-ci dénonçait sa situation d’« enfermé dehors » alors que le mot d’ordre national était « restez chez vous ». L’humoriste avait contribué à lui trouver un logement et un soutien concret. Selon les déclarations de Pierrot lui-même sur Twitter et un enregistrement audio diffusé par Rémi Gaillard, la production de l’émission lui aurait explicitement demandé de ne pas prononcer le nom de l’humoriste dans ses remerciements, sous peine de couper la séquence au montage. L’enregistrement, rendu public par Gaillard, capture plusieurs échanges téléphoniques avec la rédactrice en chef de l’émission.
Dans l’un d’eux, la productrice décrit Gaillard en ces termes : « C’est un mec très bien qui peut s’engager auprès des animaux, qui peut s’engager pour plein de causes. Par contre, à partir du moment où ça touche un système qui le fait chier, il va faire chier le système ». Elle ajoute que certaines personnes « ne doivent même pas être citées » sur l’antenne. Gaillard a qualifié ces propos de révélateurs d’une censure sélective et a posté sur X (anciennement Twitter) : « Bonjour France 2, comme le montre cet enregistrement, il semblerait que certaines personnes ne doivent même pas être citées sur vos antennes. Du coup, est-ce que je dois continuer de payer la redevance télé et financer ma propre censure ? »
Bonjour @Francetele,
Comme le montre cet enregistrement, il semblerait que certaines personnes ne doivent même pas être citées sur vos antennes.
Du coup, est-ce que je dois continuer de payer la redevance télé et financer ma propre censure ?@arretsurimages @morandiniblog @TPMP pic.twitter.com/e8Gh7VHpP1— Rémi Gaillard (@nqtv) January 12, 2022
Pierrot avait initialement publié un tweet remerciant publiquement Gaillard après la diffusion de l’émission, mais il a ensuite été invité à le supprimer, selon les éléments rapportés à l’époque. La réponse officielle des équipes de « Ça commence aujourd’hui », publiée sur Twitter le 14 janvier 2022, a été la suivante :
« Cher Rémi Gaillard, aucune consigne vous concernant, rassurez-vous. En général, on préfère laisser plus de place aux témoignages à l’antenne qu’aux remerciements. Merci pour l’aide que vous avez apportée à Pierrot et merci à tous pour l’élan de générosité après l’émission ! »
L’ex-humoriste a souvent repris cet exemple dans ses vidéos et interventions pour illustrer ce qu’il considère comme une forme de censure ou de traitement inégal sur le service public.
L’humoriste désormais candidat a de nouveau eu un démêlé avec France TV. Il a publié une vidéo sur X dans laquelle il illustre les incohérences du maire Michaël Delafosse concernant la gestion des fonds publics et une perquisition en cours à la mairie. Gaillard écrit : « Votre antenne locale vient de m’appeler pour me demander de supprimer cette vidéo qui illustre les incohérences du maire PS @MDelafosse. Curieux timing. Parce que pendant des années, vos émissions ont largement utilisé mes images, souvent sans me demander l’autorisation. Pourquoi cette rigueur soudaine ? Initiative journalistique… ou demande politique ? » Dans ce post, Rémi Gaillard dénonce la dépendance, voire la compromission, de France TV avec le baron du PS. À ce jour, France Télévisions n’a pas apporté de commentaire public sur cet échange ni sur les enregistrements antérieurs.
📺 @FranceTV,
Votre antenne locale vient de m’appeler pour me demander de supprimer cette vidéo qui illustre les incohérences du maire PS @MDelafosse.
Curieux timing.
Parce que pendant des années, vos émissions ont largement utilisé mes images, souvent sans me demander… https://t.co/Z3TCjzepA1
— Rémi Gaillard (@nqtv) March 9, 2026
Voir aussi : De la corruption et des conflits d’intérêts à France Télévisions ? Ces (sérieux) soupçons qui entachent le service public
Une couverture du candidat Gaillard en demi-teinte
Avec ses 1,4 million d’abonnés sur Instagram, 7 millions sur YouTube et 369 000 followers sur Twitter, Rémi Gaillard fait partie des poids lourds d’Internet. Toutefois, sur le plan médiatique local, la couverture reste contrastée. Midi Libre a organisé un débat entre candidats le 20 février 2026, où Rémi Gaillard a interpellé Delafosse sur divers sujets, dont la sécurité et l’exemplarité (séquences relayées sur les réseaux sociaux du candidat). Le journal a également publié un portrait du candidat, le présentant comme un « trublion » crédité autour de 10 % dans certains sondages. Le Parisien a également réalisé un reportage intitulé « Le clown de la campagne qui ne fait pas rire le maire de Montpellier ».
Cependant, les faits précis comme l’abattage des pins en 2024 ou les enregistrements avec France Télévisions sont peu développés dans la presse locale traditionnelle, qui privilégie souvent l’aspect atypique de sa candidature (Marianne, 8 mars 2026, décrit sa campagne comme un passage du buzz aux urnes). Des médias alternatifs comme InfOccitanie ont relayé plus en détail les accusations d’abattage d’arbres et les liens avec des intimidations passées. Sur les réseaux, le candidat antisystème multiplie les vidéos et directs pour documenter ces points, et a saisi le ministère de l’Intérieur pour une évaluation de sa sécurité personnelle.
À ce stade (mi-mars 2026), aucune procédure judiciaire publique n’a été confirmée sur l’abattage des pins ou les autres faits dénoncés comme intrusions ou harcèlement. La campagne s’est centrée sur les enjeux plus larges comme le programme économique, la sécurité ou les alliances politiques. En résumé, Rémi Gaillard utilise ces épisodes pour dénoncer un traitement inégal et un possible conflit d’intérêts local. La presse nationale et alternative en parle ponctuellement, tandis que les médias locaux en font un traitement plus mesuré, centré sur le caractère non conventionnel de sa liste. La campagne 2026 à Montpellier illustre ainsi les tensions entre une candidature atypique et la couverture médiatique institutionnelle. Rémi Gaillard échoue au seuil du second tour, reste à voir s’il conclura une alliance avec l’un des deux candidats derrière Michaël Delafosse en tête avec 33,41 % des voix.
Jean-Charles Soulier

