Samedi 21 février 2026, près de 3 200 personnes (selon la préfecture) ont défilé dans le 7ᵉ arrondissement de Lyon pour rendre hommage à Quentin Deranque, jeune catholique et militant nationaliste battu à mort le 12 février par des antifascistes de la Jeune Garde. Comment les médias ont-ils couvert cet évènement ? Tour d’horizon.
La manifestation a été abondamment discutée avant, pendant et après. La majorité des médias ont suivi et commenté cette marche. On retrouve, dans l’analyse des différents médias, le clivage droite/gauche.
Dans les médias de gauche, les journalistes insistent fortement sur le caractère extrémiste et « ultradroitiste » de la manifestation, la présence de figures radicales et les dérives observées, tout en présentant, pour certains, la mort de Quentin comme liée à des violences d’extrême gauche.
Les médias de droite quant à eux évitent de stigmatiser les personnes présentes à la manifestation et se concentrent sur les aspects positifs : absence de violence et ferveur des manifestants.
Le retour du « néonazisme » et du pire de « l’ultra-droite », selon la presse de gauche
Libération, sans surprise, étrille la manifestation en l’honneur de Quentin dans un article entièrement à charge. Dès le chapô, le ton de l’article est donné avec la phrase : « Le gratin des groupuscules néofascistes et néonazis du pays ».
Les journalistes de Libération livrent un papier hautement offensif et systématiquement diabolisant sur la marche blanche en hommage à Quentin Deranque. Dès les premières lignes, l’événement est présenté non pas comme un hommage mais comme « une belle réunion de famille pour tout ce que le pays compte de groupuscules néofascistes et néonazis » qui auraient élevé le jeune homme au rang de martyr.
Le ton est sarcastique et accusateur : les consignes préfectorales strictes (pas de visage cagoulé, pas de mouvement hors cortège, pas de geste intempestif) sont moquées comme une simple façon de « border au maximum » cette « réunion de famille ». La foule est décrite comme « composée majoritairement de jeunes hommes, le visage masqué d’une manière ou d’une autre » (lunettes noires, bérets, casquettes, cache-cou, masques chirurgicaux). L’article se concentre presque exclusivement sur le fichage des « figures d’extrême droite identifiées sur place ». L’organisatrice Aliette Espieux est qualifiée de « militante anti-avortement mariée à un néonazi ». Les parents de Quentin, qui avaient demandé un hommage « digne, calme et sans expression politique », sont cités pour souligner qu’ils ont refusé de participer. De plus, le RN et Jordan Bardella sont mentionnés comme ayant prudemment pris leurs distances pour ne pas « côtoyer l’ultradroite » de trop près. Le journaliste s’en amuse et explique d’un ton sarcastique que la présence du RN à ce « pèlerinage pour Pétain » aurait nui à leur stratégie de dédiabolisation.
Le Monde, moins sarcastique et offensif que Libération, décrit un hommage organisé par « l’ultradroite » qui tente d’éviter les dérapages pour se présenter « comme les gentils ». Il liste de nombreux slogans, dont « Blanc ! Blanc ! Réveille-toi ! », que nous avons d’ailleurs débunké. Les manifestants scandaient en réalité « Lyon, Lyon réveille-toi ».
🚨Marche pour Quentin : Le Monde diffuse une énorme fakenews en affirmant que le slogan “Blanc ! Blanc ! réveille-toi !” a été entonné par la foule à Lyon.
En réalité, c’est “Lyon ! Lyon ! Réveille-toi” qui a été scandé comme le montre cette vidéo de @Ligne__Droite. pic.twitter.com/bjDCY6zaah
— Observatoire du journalisme (Ojim) (@ojim_france) February 23, 2026
En outre, Le Monde insiste sur la volonté des organisateurs de la manifestation de faire de Quentin un martyre de la cause identitaire. Enfin, les deux auteurs s’autorisent un moment d’humour lorsqu’ils décrivent un manifestant comme étant « le comique de sa bande en noir » qui, devant prendre une rue à gauche, déclare « Ah non, pas à gauche, par pitié ».
Contrairement aux autres médias, l’Obs précise qu’un hommage à Quentin Deranque a été rendu dans l’église traditionaliste Saint-Georges, que fréquentait le jeune homme.
Des profils « sulfureux » de « l’ultradroite française » passés au crible par la presse de gauche
France 3 effectue des portraits détaillés de quatre figures majeures de « l’ultradroite française » dans le service d’ordre ou au micro. La journaliste rappelle que Quentin était un militant identitaire « mortellement frappé au sol par des militants antifascistes ».
L’Humanité commence par expliquer dans leur article que les militants présents ne sont pas « des tendres », « il y a là tout ce que la France compte d’ultra-nationalistes » et brosse un portrait à charge des manifestants. Le journal communiste rapporte que des membres du service d’ordre bousculent des journalistes au point où une commissaire de police doit leur dire « vous laissez les journalistes travailler ». Mais tous les journalistes ne sont pas mis à la même enseigne ! Selon l’auteur de l’article, le youtubeur Vincent Lapierre, Jordan Florentin, de Frontières, ou encore Paul Sugy, du Figaro, sont appréciés des manifestants contrairement aux autres journalistes. L’article de l’Humanité se conclut sur la mention du chant La Ligue noire, un chant contre-révolutionnaire qu’entonnent les manifestants.
🔴Meurtre de Quentin : le journal d’extrême gauche L’Humanité lance un contre-feu et dénonce lors de sa “grande émission” les violences de l’extrême droite.
La journaliste s’interroge : “Ne faut-il pas réfléchir sur ces questions là via le prisme du genre ?” pic.twitter.com/lTcjl6qQNt
— Observatoire du journalisme (Ojim) (@ojim_france) February 25, 2026
Un ton beaucoup plus nuancé chez les médias de droite
Paul Sugy, journaliste au Figaro et éditorialiste sur CNews, livre un récit descriptif et nuancé de la marche d’hommage à Quentin Deranque. Le journaliste décrit une foule hétéroclite (blousons noirs discrets, familles, bourgeois en Barbour, retraités, enfants, poussettes, abbés, militantes Némésis…), insiste sur la discipline imposée par les organisateurs (sobriété, interdiction des signes ostentatoires, service d’ordre zélé pour écarter slogans ou gestes déviants), et souligne le calme global de l’événement.
Le recueillement final (gerbe, torches, silence, chants traditionalistes comme « La Ligue noire » citée in extenso ou « La Cavalcade », Ave Maria) est présenté comme une scène forte et marquante, presque émouvante (« veillée scoute », frisson dans la foule, policier qui applaudit discrètement).
Paul Sugy note les slogans politiques anti-antifas et anti-LFI (« Antifas assassins », « LFI complices », « Jeune Garde en prison »), mais sans les surinterpréter comme preuve d’une « dérive fasciste généralisée ». Au contraire, il met en avant la diversité des participants (mères de famille venues par empathie parentale, discours sur la liberté d’expression) et conclut avec une pointe d’ironie : « On attendait le bruit des bottes. On a vu surtout des chaussures bateau. » Ce traitement tranche fortement avec la couverture des médias de gauche (Mediapart : « À Lyon des néonazis prennent la rue en toute impunité » ou dans Libération : « le gratin des groupuscules néofascistes et néonazis »).
Une foule sobre et disciplinée
La journaliste Maïlys Brunel, envoyée spéciale à Lyon pour le journal Le Point, rapporte dans son article un déroulement calme et sans affrontements pour la marche blanche en hommage à Quentin.
Le ton est dédramatisé, observateur et nuancé : l’autrice met en avant le respect des consignes strictes (« caractère pacifique », « aucune expression politique » rappelées par la préfecture), incarnées par Aliette Espieux (l’organisatrice de la marche) qui exhorte : « Ne répondez pas aux provocations, ne donnez pas aux milices d’extrême gauche du pain sur la planche ».
Elle décrit une foule sobre et disciplinée (tenue discrète, tatouages couverts, masques chirurgicaux, refus de donner les noms aux journalistes), avec des échanges positifs internes (« Ça nous fait plaisir de voir des petits jeunes comme vous. Ça nous donne de l’espoir pour demain ! »).
La journaliste donne la parole à deux personnes : une habitante du quartier, Ludivine, qui y voit un rassemblement « plutôt sain » dans son principe (hommage à une mort violente), tout en craignant des débordements en marge ; et Bernard (du Jura) qui exprime son ras-le-bol face à la violence et accuse Mélenchon de l’attiser. L’article se conclut sur une note positive : « aucun affrontement n’a lieu. Les deux camps ne se sont pas croisés ».
Harcelée par la présence médiatique
Du côté de Valeurs actuelles, on remarque que malgré la couverture extrêmement négative effectuée par les médias de gauche de l’évènement, « aucun incident majeur n’a été signalé, avant, pendant ou après l’événement ».
Voir aussi : Assassinat à Lyon de Quentin, militant identitaire : revue de presse
La journaliste France Goutierre rapporte toutefois qu’en marge du rassemblement, des « jets de projectiles, insultes et moqueries venus d’antifas et de quelques habitants du quartier » ont perturbé la marche.
En outre, une manifestante s’est dite « harcelée par la présence médiatique » au cours de la manifestation. Enfin, malgré l’arrestation de personnes liées à la mouvance antifasciste soupçonnées d’avoir assassiné Quentin, on apprend, toujours dans cet article de Valeurs actuelles, qu’Emmanuel Macron a demandé de dissoudre deux groupes de droite identitaire : Patria Albiges et le Bloc montpelliérain.
Jean-Charles Soulier

