Jacques de Guillebon

Jacques de Guillebon

Un scrupule. Littéralement, un minuscule caillou dans la sandale du légionnaire qui peut lui faire perdre la bataille. Jacques de Guillebon est ainsi dans les institutions qu’il pénètre. Il aime le mot qui dérange, la formule qui cloue, et les coups qu’il prend et redonne en retour « avec tendresse et violence » selon les mots de l’éditeur Victor Loupan. Catholique, il assume son héritage et sa foi dans les milieux laïcs. Critique du libéralisme et de la société du spectacle, il apparait comme le sapeur d’une droite bourgeoise et consumériste. Cela lui vaut de nombreux ennemis. Mais aussi des alliés de qualité.

Parcours universitaire

Jacques de Guillebon est né en 1978. Après un Bac littéraire au lycée Rabelais de Meudon, il enchaine plusieurs années dans les méandres de la vie étudiante dont il n’obtient qu’une première année de Deug.

Parcours professionnel

Il a 20 ans lorsqu’il fait la rencontre des jeunes plumes animant la revue Immédiatement, en 1998. À la lecture de la revue, il est stupéfait par la précocité et le talent de certains. Il décide alors de fréquenter le cercle que Luc Richard et Sébastien Lapaque organisent au Café de la mairie, place Saint-Sulpice. Ce n’est qu’en 2001 qu’il débarque dans la rédaction, six mois avant le départ de Sébastien Lapaque. Il fait ses premières armes, découvre le fonctionnement interne d’une revue et rencontre un grand nombre d’écrivains et d’éditeurs.

Entre 2002 et 2004, il rejoint la Fondation du 2 mars (ex-fondation Marc Bloch) où il est l’homme à tout faire. Il rencontre de nombreux intellectuels comme Guaino, Todd, Taguieff, Debray, Raynaud…

En 2003, par l’entremise d’Élisabeth Lévy avec qui il travaillait à la Fondation Marc Bloch, il commence à piger au Figaro Magazine, sous la direction de Joseph Macé-Scaron. La future directrice de Causeur l’impose dans les pages « Livres » que dirige alors Jean Sévillia. C’est avec ce dernier que les choses se gâtent. Même si à cette époque, cela lui donne un certain statut, Guillebon pâtit de la censure de l’historien conservateur attaché à une position plutôt bourgeoise et libérale. Question style, Guillebon se lasse d’écrire « pour la pharmacienne d’Aurillac » selon les directives mêmes de Sévillia. Après un mail vengeur à l’adresse de ce dernier, le jeune homme claque la porte du Figaro magazine en 2005 et cesse toute collaboration.

En 2005, après un entretien dans La Nef, le directeur du mensuel catholique Christophe Geffroy lui propose une collaboration, puis décide de l’embaucher en octobre 2005. Il dirige notamment les pages culturelles auxquelles il donne un ton plus polémique. Il fait aussi découvrir à ses lecteurs toute une culture d’auteurs marqués à gauche, tel Guy Debord, Jean-Claude Michéa, et plus largement des penseurs critiques du système libéral et technicien. Il y tient depuis une longue chronique au ton libre intitulée « Contre-culture » qui entend aller à rebours du libéralisme culturel et économique. L’écrivain reste quatre ans en CDI dans ce mensuel, avant de changer de statut et de devenir « simple » conseiller de rédaction.

En 2007, le critique cinéma Laurent Dandrieu lui propose des piges dans l’hebdomadaire libéral-conservateur Valeurs actuelles. Il signe quelques papiers avant que les mêmes différents surviennent. La même année, il sera sollicité par Atlantico.fr dès le lancement du site. Il décide de n’écrire que sur les sujets qui lui conviennent, puis prend ses distances avec la ligne « de droite » qui se resserre inéluctablement sur le libéralisme économique.

Jacques de Guillebon entre au quotidien gratuit Direct Soir, en 2009. C’est Guillaume Zeller, rédacteur en chef adjoint, qui le lui a proposé. Il y fait essentiellement des dépêches pendant un an. Il réussit, néanmoins, à consacrer un article « à la gloire du Prince Jean », ainsi qu’un dossier sur la décroissance, thème que le journaliste affectionne particulièrement.

Nous sommes encore 2009. À la fin de son contrat chez Direct Soir, commence la grande époque Causeur, qu’il intègre par l’intermédiaire de l’éditeur français François Miclo. Il collabore d’abord au site, de façon bénévole, avant d’écrire dans le « print » et de percevoir une rémunération. Il devient en 2013 rédacteur en chef adjoint de la revue lorsque celle-ci parait en kiosque. Polyvalent, il écrit aussi bien dans les pages culturelles dirigées par l’écrivain Jérôme Leroy, que dans le dossier central ou les pages d’actualités. Il participe aux conférences de rédaction et ramène régulièrement avec lui de nouvelles plumes. Au sein de la revue, il représente la ligne catholique antilibérale avec Eugénie Bastié, Romaric Sangars, Théophane Le Méné ou Paul Piccarreta.

En 2011, suite à ses prises de position contre les manifestants des pièces « Golgota picnic » et « Sur le concept du visage du fils de Dieu », il se fait remarquer par le rédacteur en chef de Témoignage Chrétien, Jérôme Anciberro. S’ensuit une collaboration jusqu’à l’arrivée de Christine Pedotti à la tête de l’hebdomadaire de gauche. Celle-ci ayant pris position pour le « Mariage pour tous » et ne désirant pas de voies dissidentes au sein de la rédaction, elle se sépare de lui.

Toujours en 2011, il fait la rencontre du journaliste et éditeur Michel Cool qu’il croise sur le plateau d’une émission KTO/La Procure, après la publication de son livre sur Frédéric Ozanam. Michel Cool lui propose d’écrire pour l’hebdomadaire La Vie, dont il est rédacteur en chef. Il continuera d’y collaborer après le départ de Michel Cool et le passage de Jérôme Anciberro de Témoignage Chrétien à La Vie.

Autres activités

Depuis 2005, il est officieusement apporteur de manuscrits : avec son ami l’écrivain Falk van Gaver, tous deux ont fourni une partie non négligeable des auteurs que l’éditeur Victor Loupan publie. Aux Presses de la Renaissance tout d’abord, aux Éditions de l’œuvre ensuite. Début 2014, l’éditeur et essayiste Jean-François Colosimo lui a demandé le même travail pour les éditions du Cerf.

Parcours militant

Politiquement, Jacques de Guillebon, qui n’a jamais eu de carte nulle part, se déclare pour la suppression de partis politiques.

À gauche

Il a eu quelques relations à une certaine époque avec Julien Coupat et la « bande de Tiqqun », installés aujourd’hui à Tarnac. Il les retrouve notamment dans les grandes manifestations antimondialistes du début des années 2000. A Gênes en 2001, lors d’un sommet du G8 où les forces de l’ordre ont pratiqué une répression et une atteinte aux droits démocratiques « sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, selon Amnesty International ». Puis à Bruxelles et Barcelone 2002. Il déjeune avec quelques catholiques de gauche, tel l’essayiste Jean-Claude Guillebaud, Jacques Julliard, et le journaliste Jérôme Anciberro. Il est dans l’entourage des revues L’Ecologiste et La Décroissance.

À droite

Le Front national de Jean-Marie Le Pen ne l’a jamais intéressé. Sous la houlette de Marine Le Pen, il s’accorde cependant avec les idées chevènementistes. Quant à Marion Maréchal, il déjeune avec elle de temps en temps. Entre 2008 et 2010, il signe quelques papiers pour L’Action Française.

Il a également, semble-t-il, été la « plume » de l’ancien ministre de la défense Charles Million pour qui il aurait écrit quelques articles de géopolitiques ainsi que des tribunes publiées dans la presse. Il a également rédigé certains discours de Christine Boutin en 2011, lors de sa présentation finalement avortée à la présidentielle.

Combien il gagne

À Direct Soir, il gagne 2000 euros mensuels. À Causeur, il est d’abord rémunéré 500 puis 1000 euros mensuel lors du passage en kiosque. À La Nef, il est payé 2000 euros comme salarié, puis 250 euros pour sa chronique mensuelle.

Publications

  • Nous sommes les enfants de personne, Presses de la Renaissance, 2005 (rééd. Xénia, 2010, avec une préface de Chantal Delsol).
  • La France excédée, Presses de la Renaissance, 2006
  • Le nouvel ordre amoureux (en collaboration avec Falk van Gaver), éditions de L’Œuvre, 2008. Émission télé sur France 24.
  • Contre Culture (et autres textes fumants), éditions de La Nef, 2011
  • Frédéric Ozanam, la cause des pauvres, éditions de L’Œuvre, 2011
  • Damien de Molokaï, le saint lépreux, éditions de L’Œuvre, 2012
  • -L’Anarchisme chrétien, éditions de L’Œuvre, 2012, Emission télé Chaine Histoire, -L’Impasse : du mariage laïc au mariage gay, éditions de L’Œuvre, 2013.

Nous somme les enfants de personne est son premier livre, paru en 2005, ainsi que le plus remarqué. Son passage dans l’émission d’Ardisson lui vaudra l’assentiment du reste de la presse ainsi que de nombreux éloges.

Collaborations

  • Enquête sur le roman, dir. Stéphan Carbonnaux, Le Grand Souffle, 2007
  • Le livre noir de la Révolution française, dir. Renaud Escande, éditions du Cerf, 2008
  • Oser agir chrétien, un regard de rébellion, dir. Gwen Garnier-Duguy, éditions de La Nef, 2008
  • Pour Benoît XVI, dir. Christophe Geffroy, éditions de La Nef, 2009
  • Du religieux dans l’art, dir. Alain Santacreu, L’Harmattan, 2012

Collectif

Il dirige le collectif « Vivre et penser comme des chrétiens » A contrario, 2005, réédité sous le titre L’homme a-t-il besoin du Christ ?, Via Romana, 2011. Ainsi que Philippe Muray, (en codirection avec Maxence Caron), « Les Cahiers d’Histoire de la Philosophie », Le Cerf, 2011.

Il l’a dit

À propos des manifestations contre la pièce de Roméo Castellucci, « Sur le concept du visage du fils de Dieu ». Culturemag, 28 octobre 2011 : « Si l’art en est arrivé à cette extrémité-là, le chrétien conscient a le devoir de s’interroger profondément pour connaitre la cause de cette aporie. Le bon chrétien de 2011 doit d’abord se souvenir de tout ce que sa tradition a repoussé, a condamné, a nié, au nom des bonnes mœurs, du bon goût, des bonnes manières que son être bourgeois avait définis »

À propos des Veilleurs, Causeur.fr , 22 avril 2013 : « C’est souvent en commençant par s’asseoir qu’un peuple se lève ».

À propos de Clément Méric. Causeur.fr, 8 juin 2013 : « Nous attendons avec impatience de connaître les origines sociales des skins interpellés pour savoir si la guerre civile aujourd’hui a lieu entre « chasseurs de skins » de Sciences Po et skins prolos […] Nous rigolons quand des communistes nous appellent à la non-violence. Nous rigolons devant cette mascarade atroce où un pauvre garçon tombé pour rien devient le symbole d’une gauche sans cause. »

À propos de Clément Méric. Causeur.fr, 26 juin 2013 : « Ces images infirment donc définitivement la thèse hurlée sur toutes les ondes par une gauche de bonne conscience, Jean-Luc Mélenchon en tête, d’un malheureux Clément Méric victime d’un « assassinat », donc d’un meurtre avec préméditation. Il faut d’ailleurs qu’elle soit bien dérangeante cette vidéo qui, pour avoir été entre les mains de la police depuis le 6 juin, a dû attendre presque trois semaines avant d’être évoquée publiquement. Il faut croire que la gauche qui nous gouverne, qui a déjà selon toute probabilité trafiqué les images de la Manif pour Tous du 24 mars, a un sérieux problème avec les images en général, et en particulier quand elles appuient le réel contre ses rêves. »

Sur le pape François. Causeur.fr , 14 mars 2013 : « Personne ne l’attendait et ce fut lui, le Pape François. Ni Hollande, ni Ier, ni Desouche, mais François, comme tout le monde et comme nul autre. François comme le Poverello bien sûr, mais aussi comme le Xavier, évangélisateur de l’Extrême-Orient et figure fondatrice de la Compagnie de Jésus ; François aussi comme celui de Sales, l’immense pasteur savoyard et en passant patron des journalistes. »

Ils ont dit

À propos de l’essai « L’anarchisme chrétien » co-écrit avec Falk van Gaver.

Jean-Claude Guillebaud :« Leur absolue liberté de ton et d’écriture donne leur prix à ces pages jamais tièdes ni convenues » La Vie, 31 mai 2012.

Arthur Lamaze : « À l’heure où l’on voudrait nous faire communier sous l’autel des grandes idoles du Marché, du Progrès ou de la Croissance, chrétiens et anarchistes pourraient bien se retrouver.[…] Le philosophe Justin, martyr chrétien du IIe siècle, Père de l’Église et peut-être bien proto-anarchiste, ne se disait-il pas lui-même « athée de tous les faux dieux » ? Témoignage chrétien, 29 mai 2012

« C’est pourtant le serpent de mer que Jacques de Guillebon et Falk van Gaver ont décidé d’enfourcher, afin de sortir de la crypto-zoologie nombre de figures hétérodoxes fascinées tout à la fois par le Christ et révulsées à l’idée de servir un autre pouvoir que celui du Tout-Puissant. » Rémi Lélian, Causeur numéro 47, mai 2012.

« Bernanosien approximatif (…) sympathisant lepéniste (…) Jacques de Guillebon a un seul talent, celui de faire croire qu’il sait écrire, et peut-être même celui de nous faire croire qu’il sait penser », Juan Asensio

Crédit photo : capture d’écran vidéo émission “Tout le monde en parle” (France 2) via INA.fr (DR)