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Ripaille sous surveillance : pourquoi Le Canon Français obsède la presse de gauche

30 avril 2026 | Temps de lecture : 10 minutes

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Il suf­fit par­fois d’un béret, d’un cochon gril­lé et de quelques chan­sons français­es pour déclencher l’alerte générale dans la presse mil­i­tante d’extrême gauche. Avec Le Canon Français, des jour­nal­istes, y com­pris au sein des médias publics, sem­blent moins enquêter sur un phénomène cul­turel qu’instruire le procès poli­tique du ter­roir. Ils peu­vent pour cela compter sur les hal­lu­ci­na­tions de l’eurodéputée insoumise Emma Fourreau.

« Vic­toire antifas­ciste, d’autres suiv­ront », exul­tait sur X le 27 avril l’eurodéputée insoumise Emma Four­reau. Le Parc des expo­si­tions de Quim­per a annon­cé l’annulation d’un ban­quet, prévu pour décem­bre 2026. Une con­séquence d’une cam­pagne d’extrême gauche bien rodée.

Le Canon Français voulait organ­is­er une fête de ter­roir : cochon gril­lé, chants pop­u­laires, grandes tablées, vin, bérets et con­vivi­al­ité assumée. Il s’est retrou­vé au cen­tre d’une séquence politi­co-médi­a­tique, où le procès en « extrême droite » précède sou­vent l’établissement des faits. Depuis plusieurs mois, ces ban­quets sont scrutés par une par­tie de la presse, inquiète de voir une entre­prise privée trans­former le folk­lore français en pro­duit cul­turel à succès.

Un banquet populaire devenu cible politique

Dernier événe­ment : le 18 avril, le « ban­quet nor­mand » du Canon français réu­nis­sait plus de 4 000 per­son­nes à Caen. Mais avant même que les pre­mières bouteilles ne soient débouchées, l’événement, organ­isé autour du ter­roir et de la « ripaille », avait déjà sus­cité l’hostilité d’élus de gauche, notam­ment celle d’Emma Four­reau, égale­ment con­seil­lère munic­i­pale à Caen.

Le fond de l’affaire date de l’automne 2025 : depuis une édi­tion à Quim­per, Le Canon Français est attaqué, d’abord en rai­son de la présence de l’homme d’affaire Pierre-Édouard Stérin par­mi ses sou­tiens orig­inels, ce qui suf­fit à cer­tains médias pour lire chaque ban­quet comme une opéra­tion poli­tique. Et même, selon la jour­nal­iste de La Mon­tagne Seher Turk­men, liée à la mou­vance antifas­ciste, comme « un pro­jet séparatiste » (dans un arti­cle de févri­er 2026). Le site offi­ciel de l’entreprise affirme pour­tant vouloir « faire vivre la con­vivi­al­ité et le ter­roir » à tra­vers des ban­quets géants organ­isés dans des lieux d’exception. Pour ses détracteurs, Le Canon Français ne serait pas seule­ment une entre­prise événe­men­tielle, mais un out­il de « bataille culturelle ».

Les détracteurs répètent inlassablement voir des « saluts nazis »

Le 30 mars dernier, Emma Four­reau s’était fendue d’une vidéo sur X, exigeant l’interdiction du ban­quet du 18 avril. L’élue dénonçait la présence de « dra­peaux roy­al­istes » et de « saluts nazis ». Début octo­bre, une péti­tion sur Change.org n’ayant atteint que 720 sig­nataires dénonçait des « saluts nazis » sans la moin­dre preuve. Le jour même du ban­quet, France 3 régions évoque aus­si des « saluts nazis » qui « auraient été arborés » en novem­bre 2025 en Bre­tagne. Vis­i­ble­ment, le ban­quet était déjà con­damné avant même d’avoir lieu. Mécan­isme clas­sique de la pro­pa­gande : la répétition.

Le 19 avril, 24 heures après la fête, Emma Four­reau dif­fuse une vidéo très courte, de 9 sec­on­des. On y entend de vagues cris (« boug­noules ») sans toute­fois voir de vis­ages. Selon nos infor­ma­tions, l’atmosphère était en effet lourde ce soir-là dans une rue de Caen, où un groupe d’une quar­an­taine de per­son­nes a déam­bulé après l’événé­ment, proférant des insultes. Un événe­ment qui seront ampli­fiés pour entach­er la répu­ta­tion de 4 000 par­tic­i­pants au ban­quet et bien sûr celle des organisateurs.

Presse régionale ou gauche radicale ?

Le pre­mier cadrage dur vient notam­ment de ICI Nor­mandie. Le 21 avril 2026, la jour­nal­iste de Radio France Mathilde Car­i­ou pub­lie un arti­cle titré : « Insultes racistes, saluts nazis : à Caen, le “ban­quet nor­mand” financé par Pierre-Edouard Stérin dégénère ». L’article rap­porte les témoignages de Tes­nim, présen­tée comme « mil­i­tante com­mu­niste », et de Nathan, présen­té comme « mil­i­tant LFI ». Tous deux accusent des par­tic­i­pants sup­posés du ban­quet d’avoir proféré des insultes racistes et, encore, d’avoir effec­tué des « saluts nazis » dans le cen­tre-ville de Caen.

Une journaliste d’un média public qui pige pour Streetpress

Mais la cou­ver­ture révèle un emballe­ment médi­a­tique : plus pro­fondé­ment, le prob­lème n’est pas que des témoins ou des jour­nal­istes mil­i­tants s’expriment, mais plutôt le statut don­né aux « témoignages ». Une très grave accu­sa­tion émanant d’un mil­i­tant a été placée en titre, faisant d’une affir­ma­tion un fait établi. Nulle part, l’intention par­ti­sane de nuire au ban­quet n’apparaît. D’un point de vue stricte­ment factuel, et dès le chapô de l’article, ICI Nor­mandie donne de fauss­es infor­ma­tions, qual­i­fi­ant Le Canon Français d’association. Il s’agit en réal­ité d’une entreprise.

Depuis, la jour­nal­iste Mathilde Car­i­ou a vu son « tra­vail » large­ment cri­tiqué sur les réseaux soci­aux. Elle a fait sup­primer son nom de l’article, arguant le cyber­har­cèle­ment. Le 25 avril, Téléra­ma s’émouvait du « har­cèle­ment » et des insultes dont la « jeune jour­nal­iste » était vic­time, citant Matthieu Mon­doloni, le directeur de l’information du réseau Ici. Mais ne devrait-on pas aus­si par­ler de « cyber­har­cèle­ment » lorsque des jour­nal­istes mil­i­tants jet­tent à la vin­dicte numérique des organ­isa­teurs de fêtes sans aucune preuve des faits reprochés ?

D’autant plus qu’une étude appro­fondie ajoute des élé­ments trou­blants. Mathilde Car­i­ou s’avère en effet très engagée. Elle a pu offici­er par le passé dans le média engagé à la gauche de la gauche Street­Press (qui, rap­pelons-le, avait tra­vail­lé en 2022 pour la cam­pagne de Jean-Luc Mélen­chon). Elle a d’ailleurs cou­vert en sep­tem­bre 2025, pour cette revue d’extrême gauche, le départ à Lori­ent d’une des flot­tilles pour Gaza, à laque­lle a par­ticipé… l’eurodéputée insoumise Emma Four­reau.

Accusations lourdes et preuves fragiles

France 3 Nor­mandie, dans un arti­cle de Marie-Char­lotte Nou­vel­lon pub­lié égale­ment le 21 avril, évoque aus­si des « témoignages » et une vidéo d’insultes racistes, soumise aux vérifi­ca­teurs de France Info et jugée apparem­ment authen­tique. Mais, comme dans les autres arti­cles, l’obsession du salut nazi et le même témoin, « Nathan », qui encore « assure avoir vu 10 à 15 per­son­nes faire des saluts nazis devant lui ».

Heureuse­ment, l’article cite un com­merçant qui, s’il dit avoir « passé une mau­vaise soirée », déclare ne pas avoir vu de « gestes déplacés ». France 3 pré­cise aus­si que le pro­cureur de la République de Caen a indiqué qu’aucune plainte n’avait été déposée con­cer­nant les événe­ments de cette soirée. Il rap­porte égale­ment la posi­tion du Canon français, qui con­teste tout lien automa­tique entre l’événement ter­miné à 17 heures et des faits allégués plusieurs heures plus tard en cen­tre-ville. Bref, un arti­cle plus nuancé.

De StreetPress à Libération, la mécanique de l’étiquetage

Mais le mal est fait et l’affaire s’inscrit dans une série. Le 5 novem­bre 2025, Arthur Louis sig­nait dans Libéra­tion un arti­cle sur un ban­quet en Ille-et-Vilaine à « l’arrière-goût d’extrême droite », citant encore des députés LFI évo­quant des « saluts nazis » qui auraient été « doc­u­men­tés par de nom­breux jour­nal­istes ». Le 21 avril 2026, Cop­pélia Pic­co­lo pub­li­ait, encore dans Libéra­tion, un arti­cle sur le ban­quet de Caen dénonçant des « saluts nazis, insultes et men­aces ». Bref : « un tor­rent de haine ». Deux jours plus tard, le 23 avril 2026, la même jour­nal­iste et le même quo­ti­di­en de gauche reve­naient sur le main­tien d’une nou­velle édi­tion à Troyes « mal­gré des inci­dents racistes et homo­phobes à Caen ».

Street­Press a égale­ment relayé l’idée que des par­tic­i­pants au ban­quet auraient été filmés en train de réalis­er des saluts nazis dans les rues de Caen. De son côté, L’Humanité pub­li­ait aus­si un court sujet à charge sans prou­ver à aucun moment les accu­sa­tions portées, se con­tentant de relay­er des vidéos sans que leurs auteurs puis­sent être iden­ti­fiés. Même l’hypothèse d’une action mil­i­tante de grou­pus­cules antifas pour dis­créditer Le Canon Français ne peut être écartée.

L’affaire est à vrai dire un cas d’école de manip­u­la­tion médi­a­tique : on y trou­ve l’invention pure et sim­ple de faits. Un témoin mil­i­tant devient source prin­ci­pale, les bras lev­és de chanteurs pop­u­laires devi­en­nent des saluts nazis. Une fête privée fran­chouil­larde devient le con­grès de Nuremberg.

Emma Fourreau veut absolument voir des saluts nazis

Le rôle d’Emma Four­reau reste cen­tral dans l’orchestration médi­a­tique. Le 19 avril, elle affirmera sur X que « les témoignages afflu­ent », jusqu’à « une cinquan­taine » quelques jours plus tard. Une semaine plus tard, le 27 avril, l’eurodéputée LFI pub­liera sur une nou­velle X une vidéo affir­mant : « Salut nazi lors du ban­quet du Canon Français à Caen ». Pour elle, pas de doute : ces ban­quets seraient « un out­il poli­tique au ser­vice du pire ».

En réponse, plusieurs com­men­taires scan­dal­isés : « Arrêtez avec votre panique morale », lui rétorque le créa­teur de con­tenu Vin­cent Lapierre. « Ridicule, et en plus c’est une main gauche », riposte le député RN Matthias Renault. « C’est une main gauche tocarde », abonde le mil­i­tant iden­ti­taire Jean-Eudes Gan­nat. « Il faut vous faire soign­er », ajoute le site Breizh info.

Le Canon Français porte plainte

« Nous trou­vons cette ten­ta­tive de cen­sure extrême­ment lib­er­ti­cide » : dans Valeurs actuelles le 20 avril, Géraud de la Tour annonçait que Le Canon Français por­tait plainte con­tre Emma Fourreau.

Et d’ajouter : « nous dénonçons une entrave à la lib­erté d’entreprendre et à la lib­erté de réu­nion, fondée sur des élé­ments erronés, sou­vent très graves ». Des élus « mul­ti­plient les men­songes et s’expriment sur de grandes antennes en nous prê­tant des inten­tions qui ne sont pas les nôtres », concluait-il.

Le procès d’intention est en effet évi­dent. Il serait exces­sif d’affirmer que tous les jour­nal­istes con­cernés appar­ti­en­nent eux-mêmes à l’extrême gauche. Ce qui est véri­fi­able, en revanche, c’est que leur tra­vail s’inscrit dans un écosys­tème où les rumeurs cir­cu­lent et les sources de gauche rad­i­cale occu­pent une place cen­trale dans la con­struc­tion d’un réc­it. Le résul­tat est une chaîne de légiti­ma­tion : ce qui naît dans la con­flict­ual­ité poli­tique se retrou­ve rapi­de­ment dans l’information locale puis nationale, la plu­part du temps sans recul.

Le Monde, une critique plus feutrée

À côté de cette presse accusatoire, Le Monde a adop­té, lui, une cri­tique plus soci­ologique. Le quo­ti­di­en du soir a seule­ment évo­qué Le Canon Français le 8 novem­bre 2025 : Camille Bor­denet pub­li­ait ain­si un entre­tien avec le soci­o­logue Benoît Coquard sur les ban­quets géants du Canon Français, décrits comme « la promesse d’un entre-soi ras­sur­ant, avec le diver­tisse­ment en prime ». Le soci­o­logue y voit une « pro­mo­tion sélec­tive d’un passé et de tra­di­tions » par­lant à des jeunes nos­tal­giques d’époques qu’ils n’ont pas con­nues. Il évoque aus­si une forme de tri social, notam­ment autour du prix d’entrée, proche de 80 euros. On peut con­tester cette lec­ture, mais elle a au moins le mérite de la retenue face à l’hystérie mil­i­tante et de traiter le phénomène comme un objet cul­turel : pourquoi ces fêtes attirent-elles ?

De son côté, Le Figaro a ouvert ses colonnes aux deux fon­da­teurs du Canon français Pierre-Alexan­dre de Boisse et Géraud de la Tour : « Les censeurs et les aigris n’auront pas la peau de notre pat­ri­moine cul­turel com­mun ». « Nous le dis­ons solen­nelle­ment : cette recrude­s­cence de l’expression de la haine con­tre tout ce qui évoque notre pat­ri­moine cul­turel com­mun et ceux qu’il fait vibr­er doit nous inquiéter col­lec­tive­ment », aler­tent les deux jeunes entrepreneurs.

Une affaire révélatrice du rapport médiatique au populaire

En défini­tive, cette nou­velle affaire du Canon Français racon­te donc moins l’histoire d’un ban­quet que celle d’un emballe­ment. Sélec­tion, drama­ti­sa­tion, général­i­sa­tion : une par­tie du monde médi­a­tique, la plus manip­u­la­trice, sem­ble ne plus savoir regarder une fête pop­u­laire sans y chercher une men­ace poli­tique. Le cochon, le vin, les chan­sons français­es et les bérets devi­en­nent sus­pects. Le folk­lore devient dossier à charge.

Rodophe Cha­la­mel

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