Coup de théâtre judiciaire après les coupes brutales imposées par l’administration Trump aux médias publics américains. Un juge a ordonné la remise en marche de Voice of America, avant que la cour d’appel ne la suspende en partie.
Après une année d’attente, les journalistes de Voice of America ont cru, grâce à une décision de justice rendue à la mi-mars, pouvoir rejoindre leurs rédactions. Mais les premiers arrivés ont découvert en arrivant « un décor de chantier », des studios laissés à l’abandon, des équipements à réinstaller. Et la justice a fait marche arrière.
Une reprise a été enclenchée à la suite d’une double décision du juge fédéral Royce C. Lamberth, du tribunal de district du District of Columbia, rendue successivement les 7 et 17 mars. Tous les journalistes et techniciens, placés en congé forcé depuis juin 2025, devaient retrouver le travail fin mars, et les antennes internationales de ce média devaient reprendre du service.
Le bras de fer continue !
Le juge avait fondé sa décision sur « l’illégalité » de la nomination de Keri Lake à la tête de l’US Agency for Global Media (USAGM, désignée par Donald Trump pour accélérer les désinvestissements dans les médias publics, que son administration juge budgétivores et marqués à gauche). Le dirigeant américain avait fustigé la diffusion de « propagande radicale », via des reportages sur le « privilège blanc » ou « les migrants transgenres ».
Un décret du 14 mars 2025 qualifiait l’USAGM d’activité bureaucratique « non nécessaire » et ordonnait sa réduction à la « présence et fonction minimales exigées par la loi », ce qui se traduit par une mise en congé de plus de 1 000 salariés de VOA et la coupe complète des subventions à RFE/RL et RFA.
Le juge a donc déclaré les mesures annoncées depuis 2025 comme « nulles et non avenues », tout en reprochant au gouvernement d’avoir passé outre le mandat du Congrès, qui finance VOA, et en estimant que l’administration n’avait pas pris en compte les langues et régions que VOA est légalement tenue de desservir.
Voix inaudible
L’administration Trump a aussitôt interjeté appel. Trois juges se penchent sur le dossier. L’appel qui date du 31 mars bloque pour l’instant toute démarche visant à réintégrer les employés, comme souhaité par la direction de VOA et stipulé par la décision de première instance. Ce qui met sérieusement en péril le projet de redéploiement, lancé précipitamment.
Tout reste donc incertain. D’ailleurs, avant même cette suspension, la situation était fragile. L’USAGM s’était dite incapable d’honorer la première ordonnance de la justice, arguant de difficultés logistiques : au 23 mars, l’agence ne pouvait intégrer qu’environ trois employés par heure, de 9 h à 15 h, soit environ 70 par semaine, ajoutant ne pas être en mesure de réintégrer la totalité des 1 042 employés.
Certaines rédactions et services linguistiques ont donc commencé effectivement à reprendre des productions, mais l’écrasante majorité est restée à l’arrêt faute d’effectif et de budget. Le site de VoA en langue anglaise n’a rien publié depuis le 15 mars, mais celui en chinois est aujourd’hui actif.
C’est d’ailleurs celui-ci qui a été visé par… des journalistes du média. En effet, quelques-uns d’entre eux ont décidé de porter plainte, le 23 mars dernier, contre l’administration Trump pour « propagande » et « censure ». Ils lui reprochent d’avoir utilisé le média chinois et supprimé la couverture des manifestations en Iran, diffusant par ailleurs des images de Trump réalisées par l’intelligence artificielle « dans le style du cher leader Kim Jong-Il ».
Une affaire qui révèle le besoin de la nouvelle administration d’utiliser un outil de soft power qu’ils ont eux-mêmes tenté de démanteler. En janvier dernier, Radio Farda, autre média d’influence américain de Radio Free Europe en farsi, réémettait par ondes courtes en Iran.
RFE/RL ne bénéficie pas des mêmes soutiens
La discorde judiciaire entourant VOA a ainsi des répercussions internationales. De nombreux médias (et d’autres organismes) européens et africains ont subi la stratégie de démantèlement de l’USAGM et la suspension massive de l’aide extérieure américaine.
Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), historiquement financée par le Congrès américain, a subi les mêmes coups, mais ne bénéficie pas des mêmes soutiens. Toutes les démarches entreprises aux États-Unis pour la redémarrer n’ont jusqu’ici pas eu l’effet escompté. Ce groupe a déjà obtenu, dès 2025, plusieurs ordonnances de référé obligeant l’USAGM à débloquer des tranches de financement que le Congrès avait votées.
Il faudra une aide d’urgence de 5,5 millions d’euros de… l’Union européenne pour éviter une fermeture brutale. Mais cela semble insuffisant pour empêcher l’effondrement. Les fermetures se succèdent. Inexorablement. La dernière en date : celle de ses bureaux en Bulgarie et en Roumanie annoncée pour le 31 mars dernier en raison de restrictions budgétaires.
Mussa A.

