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Massage cardiaque : la justice et l’administration Trump s’écharpent pour réanimer (ou non) Voice of America

15 avril 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Coup de théâtre judi­ci­aire après les coupes bru­tales imposées par l’administration Trump aux médias publics améri­cains. Un juge a ordon­né la remise en marche de Voice of Amer­i­ca, avant que la cour d’appel ne la sus­pende en partie. 

Après une année d’attente, les jour­nal­istes de Voice of Amer­i­ca ont cru, grâce à une déci­sion de jus­tice ren­due à la mi-mars, pou­voir rejoin­dre leurs rédac­tions. Mais les pre­miers arrivés ont décou­vert en arrivant « un décor de chantier », des stu­dios lais­sés à l’abandon, des équipements à réin­staller. Et la jus­tice a fait marche arrière.

Une reprise a été enclenchée à la suite d’une dou­ble déci­sion du juge fédéral Royce C. Lam­berth, du tri­bunal de dis­trict du Dis­trict of Colum­bia, ren­due suc­ces­sive­ment les 7 et 17 mars. Tous les jour­nal­istes et tech­ni­ciens, placés en con­gé for­cé depuis juin 2025, devaient retrou­ver le tra­vail fin mars, et les antennes inter­na­tionales de ce média devaient repren­dre du service.

Le bras de fer continue !

Le juge avait fondé sa déci­sion sur « l’illégalité » de la nom­i­na­tion de Keri Lake à la tête de l’US Agency for Glob­al Media (USAGM, désignée par Don­ald Trump pour accélér­er les dés­in­vestisse­ments dans les médias publics, que son admin­is­tra­tion juge budgé­ti­vores et mar­qués à gauche). Le dirigeant améri­cain avait fustigé la dif­fu­sion de « pro­pa­gande rad­i­cale », via des reportages sur le « priv­ilège blanc » ou « les migrants transgenres ».

Un décret du 14 mars 2025 qual­i­fi­ait l’USAGM d’activité bureau­cra­tique « non néces­saire » et ordon­nait sa réduc­tion à la « présence et fonc­tion min­i­males exigées par la loi », ce qui se traduit par une mise en con­gé de plus de 1 000 salariés de VOA et la coupe com­plète des sub­ven­tions à RFE/RL et RFA.

Le juge a donc déclaré les mesures annon­cées depuis 2025 comme « nulles et non avenues », tout en reprochant au gou­verne­ment d’avoir passé out­re le man­dat du Con­grès, qui finance VOA, et en esti­mant que l’administration n’avait pas pris en compte les langues et régions que VOA est légale­ment tenue de desservir.

Voix inaudible

L’administration Trump a aus­sitôt inter­jeté appel. Trois juges se penchent sur le dossier. L’appel qui date du 31 mars bloque pour l’instant toute démarche visant à réin­té­gr­er les employés, comme souhaité par la direc­tion de VOA et stip­ulé par la déci­sion de pre­mière instance. Ce qui met sérieuse­ment en péril le pro­jet de redé­ploiement, lancé précipitamment.

Tout reste donc incer­tain. D’ailleurs, avant même cette sus­pen­sion, la sit­u­a­tion était frag­ile. L’USAGM s’était dite inca­pable d’honorer la pre­mière ordon­nance de la jus­tice, arguant de dif­fi­cultés logis­tiques : au 23 mars, l’agence ne pou­vait inté­gr­er qu’environ trois employés par heure, de 9 h à 15 h, soit env­i­ron 70 par semaine, ajoutant ne pas être en mesure de réin­té­gr­er la total­ité des 1 042 employés.

Cer­taines rédac­tions et ser­vices lin­guis­tiques ont donc com­mencé effec­tive­ment à repren­dre des pro­duc­tions, mais l’écrasante majorité est restée à l’arrêt faute d’effectif et de bud­get. Le site de VoA en langue anglaise n’a rien pub­lié depuis le 15 mars, mais celui en chi­nois est aujourd’hui actif.

C’est d’ailleurs celui-ci qui a été visé par… des jour­nal­istes du média. En effet, quelques-uns d’entre eux ont décidé de porter plainte, le 23 mars dernier, con­tre l’administration Trump pour « pro­pa­gande » et « cen­sure ». Ils lui reprochent d’avoir util­isé le média chi­nois et sup­primé la cou­ver­ture des man­i­fes­ta­tions en Iran, dif­fu­sant par ailleurs des images de Trump réal­isées par l’intelligence arti­fi­cielle « dans le style du cher leader Kim Jong-Il ».

Une affaire qui révèle le besoin de la nou­velle admin­is­tra­tion d’utiliser un out­il de soft pow­er qu’ils ont eux-mêmes ten­té de déman­tel­er. En jan­vi­er dernier, Radio Far­da, autre média d’influence améri­cain de Radio Free Europe en far­si, réémet­tait par ondes cour­tes en Iran.

RFE/RL ne bénéficie pas des mêmes soutiens

La dis­corde judi­ci­aire entourant VOA a ain­si des réper­cus­sions inter­na­tionales. De nom­breux médias (et d’autres organ­ismes) européens et africains ont subi la stratégie de déman­tèle­ment de l’USAGM et la sus­pen­sion mas­sive de l’aide extérieure américaine.

Radio Free Europe/Radio Lib­er­ty (RFE/RL), his­torique­ment financée par le Con­grès améri­cain, a subi les mêmes coups, mais ne béné­fi­cie pas des mêmes sou­tiens. Toutes les démarch­es entre­pris­es aux États-Unis pour la redé­mar­rer n’ont jusqu’ici pas eu l’effet escomp­té. Ce groupe a déjà obtenu, dès 2025, plusieurs ordon­nances de référé oblig­eant l’USAGM à déblo­quer des tranch­es de finance­ment que le Con­grès avait votées.

Il fau­dra une aide d’urgence de 5,5 mil­lions d’euros de… l’Union européenne pour éviter une fer­me­ture bru­tale. Mais cela sem­ble insuff­isant pour empêch­er l’effondrement. Les fer­me­tures se suc­cè­dent. Inex­orable­ment. La dernière en date : celle de ses bureaux en Bul­gar­ie et en Roumanie annon­cée pour le 31 mars dernier en rai­son de restric­tions budgétaires.

Mus­sa A.

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