Des Arabes chez Epstein : ce que la presse a révélé (jusqu’ici)

4 mars 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Le rapport du tristement célèbre pédocriminel américain Jeffrey Epstein avec le monde arabe reste peu connu ou peu médiatisé.

Les révéla­tions qui ont été faites jusqu’ici mon­trent que peu de per­son­nal­ités arabes sont citées dans le dossier Epstein. Quelques nababs émi­ratis, dont le patron de DP World, qui a aus­sitôt démis­sion­né de son poste, vite rem­placé par un autre dig­ni­taire, dont on décou­vre que lui aus­si était com­pro­mis dans la même affaire.

Ces scan­dales font les choux gras des médias pro-qataris, tou­jours si prompts à descen­dre en flammes les frères enne­mis émi­ratis. Or, les médias à la sol­de de Doha occul­tent sci­em­ment, par exem­ple, l’implication d’un ancien chef de la diplo­matie qatarie.

Les lecteurs doivent faire un recoupe­ment de la presse des deux camps rivaux pour espér­er obtenir une syn­thèse plus ou moins complète.

Un réseau tentaculaire

Si la présence d’un nom dans les dossiers ren­dus publics ne sig­ni­fie pas automa­tique­ment cul­pa­bil­ité ou mise en cause pénale, comme l’explique le site tunisien Tunisie Tele­graph, le con­tenu de cer­tains mails et des témoignages sont sans appel. Les obser­va­teurs ont recen­sé 14 dirigeants arabes.

Le pre­mier nom livré sur la place publique est celui de Sul­tan Ahmed bin Sal­im, prési­dent du hold­ing émi­rati DP World. Plus à l’aise pour en par­ler, le site d’information améri­cain d’expression arabe Al-Hur­ra (anci­enne chaîne qui a cessé d’émettre il y a quelques mois) inscrit cet épisode dans le cadre d’un réseau de rela­tions plus vaste que celui que le crim­inel sex­uel améri­cain avait essayé de tiss­er au Moyen-Ori­ent, en par­ti­c­uli­er aux Émi­rats, au Qatar et en Égypte.

L’enquête cite égale­ment des échanges où Jef­frey Epstein don­nait des con­seils aux Qataris durant la crise du blo­cus de 2015–2017 (qui a été imposé au petit émi­rat par les autres monar­chies du Golfe).

Epstein « conseiller politique »

Sur cet aspect, le site maro­cain Hes­press (réputé proche des thès­es émi­raties) cite des échanges attribués à Epstein avec le cheikh Jaber Yusuf Jas­sim Al Thani, où il recom­mande au Qatar de « calmer le jeu ». Le texte ajoute qu’Epstein aurait sug­géré au Qatar de se rap­procher d’Israël ou de s’engager finan­cière­ment (fonds pour vic­times du ter­ror­isme) pour préserv­er de bonnes rela­tions avec Don­ald Trump.

De nom­breux jour­naux, dont Echorouk, ont repris des infor­ma­tions selon lesquelles un mem­bre du Con­grès affirme avoir pu iden­ti­fi­er une per­son­nal­ité émi­ratie citée dans ces doc­u­ments, com­por­tant une « vidéo de torture ».

Les ram­i­fi­ca­tions de Jef­frey Epstein sont arrivées jusqu’au Yémen ! C’est ce que nous apprend le jour­nal Al-Khabar Al-Yemeni, qui décrit une rela­tion « étroite » d’Epstein avec l’homme d’affaires yéménite Shahir Abdul­haq, proche de la sphère des décideurs dans son pays, et décédé en 2020.

Autres noms arabes cités dans cette affaire, celui du min­istre koweï­tien de l’Information Anas Al‑Rashid, qui se serait ren­du dans la mythique île d’Epstein. Il y a aus­si le nom du roi du Maroc, Mohammed VI, avec des pho­tos de lui en com­pag­nie du pédocrim­inel améri­cain. Ce dernier aurait, par ailleurs, ten­té d’acheter un palais au Maroc, mais la trans­ac­tion n’a pas abouti.

Des étoffes de la Kaaba chez Epstein ?

L’affaire qui aurait pu indign­er au plus haut point l’opinion arabe, c’est celle de trois pièces présen­tées comme des frag­ments de la sainte kiswa (étoffe de la Kaa­ba) qui auraient été offertes à Jef­frey Epstein, cer­taine­ment pour sat­is­faire son fétichisme, apparem­ment sans lim­ites. Les images dif­fusées sont, en fait, telle­ment scan­daleuses que d’aucuns ont émis des doutes sur leur véracité.

Un nom de femme cité par la presse arabe, celui de la diplo­mate émi­ratie Hind Al-Owais, recon­nue à la fois comme maitresse et rabat­teuse d’Epstein.

Par­mi les rabat­teurs cités jusqu’ici, le nom d’un Algérien exilé en Norvège, Daniel Siad, pour­suivi en France par cinq femmes man­nequins pour les avoir enrôlées dans le réseau Epstein. En Algérie, per­son­ne n’en par­le. Il faut dire que lui-même ne se présente guère comme Algérien…

Un Occident « immoral »

Au-delà des révéla­tions croustil­lantes, un vaste courant d’opinion dans la région arabe trou­ve dans les his­toires d’orgies et d’abus sex­uels rap­portés dans le dossier Epstein l’occasion de clamer que « les élites occi­den­tales sont mal placées pour don­ner des leçons de civilisation ! »

Les pages « opin­ions » des jour­naux et des sites, ain­si que les réseaux soci­aux, foi­son­nent de com­men­taires et de digres­sions allant dans ce sens.

Le site de la chaîne libanaise Al-Mayadeen estime dans une chronique que l’affaire Epstein ne doit pas être inter­prétée comme une « dévi­a­tion indi­vidu­elle », mais comme le révéla­teur d’un sys­tème où l’argent, les réseaux et l’influence « fab­riquent de l’impunité ». L’auteur sou­tient que « le scan­dale met à nu l’inanité du réc­it moral­iste occi­den­tal dans un ordre néolibéral fondé sur la dom­i­na­tion et la marchandisation. » 

Le quo­ti­di­en Al-Raiah décrit les dossiers Epstein comme « une grande fail­lite civil­i­sa­tion­nelle » de l’Occident, qu’il accuse de duplic­ité en matière de droits humains, de la femme et de l’enfant.

Du côté des inter­nautes, les réac­tions sont plus vives. « Si Epstein avait été musul­man, ils auraient acca­blé l’islam de ter­ror­isme et de dépra­va­tion, mais comme il est Occi­den­tal, on par­le d’une sim­ple “affaire indi­vidu­elle” », écrit Sba Tahravei sur son compte X.

Pour Ahmed Rais, l’affaire Epstein « fait tomber les illu­sions sur la civil­i­sa­tion occi­den­tale. » Et d’enchainer :

« L’Occident n’est pas une civil­i­sa­tion de valeurs ni de morale, mais une civil­i­sa­tion dom­inée par la guerre, l’argent et les vices. »

Belqees Al-Yamani s’en prend aux « athées arabes » qui con­tin­ueraient à idéalis­er l’Occident, tout en dén­i­grant l’islam, « mal­gré ce qui s’est passé sur l’île de Chi­tane », iro­nisant sur le nom d’Epstein !

Voir aus­si : Quand les médias français font de Jef­frey Epstein un « agent du Krem­lin » mais taisent ses autres allégeances

Mus­sa A.

Pho­to : DOJ

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