Mercredi 4 février 2026, en pleine commission d’enquête sur l’audiovisuel public, le président Jérémie Patrier-Leitus a décidé de suspendre l’audition après s’être disputé avec le rapporteur Charles Alloncle au sujet de Mediawan. On vous explique.
Après de nombreux rebondissements et des révélations de corruption, la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public a repris. Le 4 février 2026, Charles Alloncle interroge quatre anciens ministres de la Culture : Roselyne Bachelot, Aurélie Filippetti, Franck Riester et Rima Abdul-Malak.
Séance houleuse
La séance prend une tournure houleuse lorsque Charles Alloncle, rapporteur de la commission, affirme que Mediawan est majoritairement détenu (50 %) par un fonds d’investissement américain, ce que Jérémie Patrier-Leitus dément immédiatement en affirmant que Mediawan est « un groupe français » et pas un « agent de l’étranger ».
La situation a dégénéré lorsque Charles Alloncle a insinué que le président pouvait avoir des « liens » avec des actionnaires de Mediawan, ce qui a été perçu comme une attaque personnelle par Patrier-Leitus. Ce dernier a dénoncé de telles affirmations comme des « accusations très graves », avant de couper le micro du rapporteur et de suspendre brutalement la séance, provoquant la stupeur dans l’hémicycle.
🚨Incident grave en commission d’enquête : le président a VIOLEMMENT interrompu la séance après que @CHAlloncle a rappelé que Mediawan — premier bénéficiaire des contrats de France TV — est majoritairement détenu par un fonds d’investissement américain. pic.twitter.com/gtJwLnIQGL
— Observatoire du journalisme (Ojim) (@ojim_france) February 4, 2026
Un verrouillage du débat
Pendant la suspension, Charles Alloncle a exprimé sa consternation en lançant l’exclamation devenue emblématique de l’incident : « Mais Jérémie, franchement, qu’est-ce que tu fais là ? », marquant là son désaccord face à la décision de son interlocuteur.
La suspension brutale de la séance, décidée alors que plusieurs anciens ministres de la Culture étaient auditionnés, a donné le sentiment d’un verrouillage du débat plus que d’une exigence de rigueur. Cet épisode illustre les limites de cette commission censée faire la lumière sur l’indépendance et le fonctionnement des médias publics, mais dont les travaux semblent entravés dès lors que les questions deviennent trop sensibles.
La collaboration entre le député Jérémie Patrier-Leitus et Charles Alloncle semble de plus en plus compromise étant donné les désaccords de fond entre les deux hommes sur la façon de mener la commission. Charles Alloncle souhaite obtenir des réponses sur les manquements du service public et leur dépendance à des acteurs privés, quitte à répéter ses questions et à insister, alors que Jérémie Patrier-Leitus veut ménager et protéger les personnes auditionnées des questions désagréables.
Voir aussi : Mediawan, infographie
Premier bénéficiaire des contrats de France TV
Pour rappel, Mediawan est une société de production détenue par Xavier Niel, Mathieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton. Ce groupe privé présent dans 14 pays est le premier bénéficiaire des contrats de France Télévisions. En 2024, ce géant de l’audiovisuel a perçu 111 millions d’euros de France TV sur un ensemble de 920 millions d’euros consacrés à l’achat de programmes.
Le groupe produit ainsi plusieurs émissions pour le service public telles que « C dans l’air », « C à vous » et « Ça commence aujourd’hui ». Or, Mathieu Pigasse, l’un des actionnaires, entend bien utiliser tous les moyens mis à sa disposition pour mener une bataille politique contre le RN, quitte à contrevenir à l’obligation de neutralité du service public.
Pour être plus précis, les droits de vote de Mediawan sont détenus à 50, 06% par le trio Niel/Pigasse/Capton, le fonds américain KKR en détient 41,4%. On peut dire que Mediawan est une société française mais aussi rappeler que son premier actionnaire est l’Américain KKR.
Jean-Charles Soulier


