Mardi 20 et mercredi 21 janvier, Marine Le Pen a subi treize heures d’interrogatoire dans le cadre de son procès en appel dans l’affaire des assistants parlementaires. Un procès dont les médias se régalent, tant il jette l’opprobre sur l’un de leurs ennemis jurés.
Voir aussi : Marine Le Pen en procès : comment va-t-elle s’en sortir ? Que disent les médias ?
Ce n’est plus qu’une question de mois avant que la campagne présidentielle de 2027 ne commence. Or, les sondages montrent que le Rassemblement national caracole en tête. L’objectif des médias semble donc limpide : écarter les électeurs de ce parti « d’extrême droite » en insistant sur le procès des assistants parlementaires. Et surtout sur la culpabilité du parti et de Marine Le Pen.
Marine Le Pen, une actrice sans talent pour les médias
La stratégie de Marine Le Pen et du Rassemblement national était d’affirmer n’avoir pas eu conscience, au moment des faits, qu’ils constituaient une faute. Une stratégie que n’aimaient pas les médias, et qui est, on s’en doute, difficile à tenir. L’Humanité se réjouit donc des faux pas de Marine Le Pen qui « se défausse et s’enfonce ». Elle a par ailleurs décidé de « nier toute responsabilité », ce qui démontre selon l’article que « sa défense n’a pas évolué depuis le procès en première instance. » France 24 décrit « une attitude contenue devant les juges » et ajoute que « sitôt que l’agacement commence à pointer dans sa voix, il se voit aussitôt bridé ». Le Monde abonde en ce sens en affirmant que Marine Le Pen « concède peu et insiste sur sa “bonne foi” ». Les Échos confirment que « sur le fond, elle n’a pas changé d’un iota ».
Comment les médias veulent dévoiler un mensonge
Dans la plupart des grands procès, les journalistes ont leur avis sur le verdict à rendre, quasiment avant le procès. C’est le cas ici, où Marine Le Pen est évidemment coupable. Libération relate en raillant qu’elle « s’est efforcée de faire croire à la cour d’appel » qu’elle « ne serait au courant de rien, ou presque, et donc responsable de pas grand-chose » et ce « au mépris de l’évidence, mais avec un aplomb certain ». Les Échos notent des « explications parfois filandreuses ». BFM TV note une « défense fragile » et une manœuvre qui « apparaît souvent laborieuse et pourrait bien ne pas plus convaincre les magistrats qu’en mars dernier ». La deuxième semaine est ainsi « aussi laborieuse que dangereuse pour l’avenir de Marine Le Pen ». Le Rassemblement national ne doit pas uniquement convaincre la cour. Il doit aussi, et peut-être surtout, convaincre les Français, et les médias sont bien décidés à l’en empêcher.
Les autres prévenus du Rassemblement national, des proies faciles
En plus de lui reprocher de tenir à la version qui l’innocente, les médias reprochent à Marine Le Pen de mettre la responsabilité des faits étudiés sur d’autres qu’elle. Libération affirme ainsi qu’elle « se défausse sur son entourage ». Les journaux couvrent d’ailleurs d’autres interrogatoires, tels ceux de Julien Odoul ou Louis Alliot. Peut-être moins entraînés, ils semblent moins à l’aise face à la cour, ce qui permet de les désigner coupables avec d’autant plus de facilité. Louis Alliot fait face, tout comme Marine Le Pen, à une peine d’inéligibilité qui pourrait bien le mettre en grande difficulté pour les élections législatives. Quant à Nicolas Bay, son passage n’est « guère concluant ».
Ces images dont les médias se délectent
La force des mots est de générer des images chez les lecteurs, et les journalistes, dont une mauvaise plaisanterie dit qu’ils sont des écrivains ratés, le savent. L’Humanité se plaît à suivre les doigts de Marine Le Pen qui « en disent long ». Elle va « empoigner fermement » son pupitre, et tapoter « son lutrin brinquebalant », comme si la mauvaise qualité du mobilier du tribunal devait être imputée au Rassemblement national. Une Marine Le Pen vacillante donc, qui se fait chez Les Échos bretteuse, et quasi-fourbe. Le journal évoque un « duel feutré » à « fleurets mouchetés » entre elle et Michèle Agi, présidente de l’audience. Un duel que Michèle Agi emporte aisément si l’on en croit l’article, avec d’autant plus de facilité que Marine Le Pen est coupable. Le Monde, de son côté, explique qu’elle a répondu « parfois à côté » aux questions qui lui ont été posées. 20 Minutes note qu’elle a « semblé en difficulté ».
Et si Donald Trump se mêlait du procès ?
Il y a toutefois une carte qui n’avait pas été sortie pour dépeindre le procès de Marine Le Pen : l’ingérence américaine. Pour une fois, on laisse la Russie tranquille et on s’intéresse à Donald Trump. France Info donnait un reportage où Magali Lafourcade, magistrate spécialisée dans les droits de l’homme et non impliquée dans le procès, aurait reçu la visite de deux diplomates américains qui lui auraient parlé du procès pour savoir s’il ne s’agissait pas d’un procès uniquement politique. Magali Lafourcarde « s’inquiète et craint que cela puisse servir une désinformation ». Un nouveau clou dans le cercueil d’un Rassemblement national que les médias ont, à leur grand dam, bien du mal à tuer.
Adélaïde Motte


