Sicile : le journaliste phare de la lutte anti-mafia arrêté pour extorsion de fond

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On se croirait dans un bon vieux film de mafiosi à la sauce Scorsese, et pourtant c’est bien la triste réalité.

À 63 ans, Pino Maniaci passait aux yeux des associations anti-mafia comme le fer de lance de la lutte contre Cosa Nostra en Sicile. Avec sa télévision locale Telejato, il était leur porte-parole, leur porte-étendard même. L’association Reporters sans frontières le considérait comme l’un des « héros mondiaux de l’information ».

Le réveil n’en fut que plus dur. Le 4 mai, Maniaci a été mis en examen pour extorsion de fond et interdit de séjour dans les provinces de Palerme, Trapani et Messine. Suite à une enquête ouverte en 2014 sur des complicités entre élus et membres de Cosa Nostra, les carabiniers sont remontés jusqu’au journaliste.

À l’aide d’une caméra espion placée dans le bureau d’un maire de petite ville, le masque de Pino Maniaci est tombé. Sur les enregistrements, on peut le voir réclamer 466 euros pour son silence. Selon ses dires, il avait les moyens de « faire sauter » toute l’administration de la petite commune s’il passait aux aveux. Sans discuter, l’élu a réglé la somme.

Sur une autre écoute, il s’adresse à sa maîtresse et lui assure qu’il peut facilement lui trouver un emploi en CDI dans une administration. « Ne t’inquiète pas, j’en fais mon affaire. Tu n’as pas encore compris la puissance de Pino Maniaci », lui lance-t-il. Et celle-ci de répondre : « Toi, vraiment, avec cette télévision, tu fais trembler tout le monde. »

« Pendant des années, l’homme aurait joué sur tous les tableaux, profitant de sa réputation d’intégrité, se faisant un honneur des menaces qu’il recevait », commente Le Monde. En effet, Maniaci a déjà manqué d’être étranglé avec sa cravate par le fils d’un mafieux local. Sa voiture a été brûlée et ses deux chiens pendus à un fil de fer. Cependant, ce dernier acte n’est pas l’œuvre de la Mafia mais du mari de sa maîtresse. Maniaci le savait, mais a toujours préféré se faire passer pour un grand résistant.

Devant ces révélations, un député membre de la commission anti-mafia s’est exclamé : « Que Maniaci s’explique ou qu’il disparaisse à jamais ! Nous avons eu le tort d’être naïfs, de nous être fiés de bonne foi à sa réputation. » Assurément, ce député est loin d’être le seul…