[Rediffusion] Polémiques sur le burkini : les réactions en Allemagne

Le burkini a fait les gros titres de la presse de cet été. En France bien sûr, mais aussi à l’étranger. On a ainsi pu lire à plusieurs reprises dans certains quotidiens français, notamment dans Libération et dans Le Monde, que la presse étrangère ne « comprenait pas le débat français » ou bien qu’elle était « choquée par les arrêtés anti-burkini ». Sans nuance aucune.

On ne peut ici qu’une fois de plus constater la forte tendance des journalistes français à ne pas enquêter, à ne pas examiner tous les aspects contradictoires d’un sujet, à ne pas informer exhaustivement avant de formuler une synthèse. La presse française n’informe pas, elle prescrit. La majorité de la presse française n’est pas la presse d’un pays démocratique.

Il va sans dire que les journaux anglo-saxons, par exemple, reflètent surtout l’attachement fondamental à la liberté de culte et d’expression, l’une et l’autre fortement restreintes en France… Le monde anglo-saxon ne connaît rien à la culture de la laïcité. Il eût été judicieux d’analyser les causes de ces attitudes, certes piégées dans le fameux « paradoxe de la tolérance » de Karl Popper, mais très différentes des postures françaises. Les journaux espagnols cités sont quant à eux des journaux de gauche, de plus en plus gagnés par un certain islamo-gauchisme. Leur position est donc comparable sur le fond à celle de Libération et du Monde. On aurait trouvé également des sons de cloches très différents au Québec.

Il ressort de ce préambule qu’il est parfaitement faux de dire que la presse étrangère ne comprenait pas – globalement – le débat français sur le burkini. La réalité est que le burkini a suscité des débats dans toute l’Europe, débats dont la teneur a pu se rapprocher, mais aussi se différencier fortement des débats français. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les opinions sont aussi partagées qu’en France.

Examinons le cas de l’Allemagne, comme en France, le burkini a fait une apparition massive dans les piscines, au bord des lacs et même des plages des mers du Bord et Baltique, illustrant clairement le caractère global de cette offensive islamiste culturelle :

  • comme en France, les attitudes des autorités locales ont été fortement contrastées : certaines ont laissé faire, mais d’autres ont promulgué à leur tour des arrêtés anti-burkini,
  • comme en France enfin, les débats ont été vifs dans la presse et les médias sociaux.

Plusieurs arrêtés anti-burkini dans les piscines allemandes, surtout en Bavière et à l’Est

La réalité est que de nombreuses piscines allemandes ont promulgué, sous leur propre responsabilité ou à travers les décisions de responsables politiques locaux, des arrêtés anti-burkini de teneur similaire à ce qu’on a pu voir en France. Mais ce qui est frappant à ce niveau, c’est le fort contraste qui existe entre les différentes régions.

La Bavière s’est par exemple largement prononcée en faveur de la prohibition du burkini dans les piscines publiques. L’interdiction prononcée à Neutraubling, dans le Haut-Palatinat (nord de la Bavière), a ainsi mis cette paisible petite ville près de Ratisbonne sur le devant de la scène à l’instar de Cannes en France. Elle a fait tache d’huile. Les régions du sud (Bade-Wurtemberg, Palatinat…) se sont généralement alignées sur l’exemple bavarois. L’idyllique cité de Constance au bord du lac du même nom a également fait parler d’elle du fait des procédures judiciaires intentées par les organisations pro-djihad culturel.

L’Est de l’Allemagne ne veut lui non plus rien entendre du burkini. Cette partie de l’Allemagne a cela de particulier qu’elle possède en effet une forte culture du naturisme (FKK = Freikörperkultur). Née dès les années 20, cette pratique n’a cessé de se renforcer sous un national-socialisme soucieux de promouvoir la culture du corps, et plus tard sous la dictature communiste. Elle est ainsi rentrée intacte de plein pied dans la nouvelle Allemagne réunifiée, alors qu’elle avait fortement décliné à l’ouest après la guerre. C’est ainsi que de nombreuses piscines du Brandebourg, du Mecklembourg-Poméranie et de Saxe, de Saxe-Anhalt ou de Thuringe ont à leur tour banni le burkini. Alors que le nudisme est autorisé en de nombreux endroits. Il est vrai par ailleurs qu’à part Berlin, le taux d’immigrés dans la population est ici moindre qu’à l’ouest – et on se souvient aussi que la population est fortement hostile à l’immigration afro-musulmane, et que PEGIDA et l’AfD font un tabac dans cette partie de l’Allemagne. Or justement, des incidents ont été signalés aux thermes de Berlin. Des femmes voilées, choquées par la résistance au djihad culturel rencontrée à Bad Saarow (Brandenburg), ont eu une belle occasion de se poser en victimes en déclarant, le 22 août 2016 au Hannoversche Allgemeine Zeitung , qu’elles « se sentaient discriminées ». Des plaintes classiques pour « racisme », « injures » etc. ont été déposées.

La situation est bien différente, par exemple, en Rhénanie du Nord-Westphalie. À Oberhausen par exemple, le directeur général de l’office des piscines municipales OGM, Hartmut Schmidt, a déclaré au Westdeutsche Allgemeine Zeitung s’être « décidé en faveur de la tolérance ». Dortmund a préféré par contre bannir le burkini de ses piscines municipales.

Conclusion : on ne peut qu’être frappé à nouveau par les clivages régionaux que suscite la question de l’islam en général en Allemagne – le burkini n’étant qu’un aspect parmi bien d’autres. Les régions issues de l’ex-RDA y sont farouchement hostiles, à l’instar des pays d’Europe Centrale, et rejettent bien plus fortement le politiquement correct qui s’est imposé à l’ouest. Mais également les régions du sud, à forte identité bavaroise et aussi alémanique, ont plutôt mal accueilli le burkini. Le rejet alémanique a d’ailleurs fort logiquement trouvé un écho dans la Suisse alémanique toute proche : signalons le cas de Bâle, excédée par les débordements des musulmans venus de l’Alsace toute proche. Les régions de l’ouest en revanche, sans forte identité depuis l’exode rural massif de l’époque industrielle et à fort taux d’immigration – et partant d’électeurs musulmans, notamment germano-turcs – ont adopté des attitudes plus contrastées et partant souvent plus « tolérantes ».

Un débat tout aussi faussé qu’en France, mais dans des termes très différents du débat français : pas de laïcité ni de « valeurs de la République »… c’est l’hygiène qui justifie les prohibitions… mais le public n’est pas dupe.

L’Allemagne est un pays démocratique. Il n’existe aucune base légale pour interdire ou prescrire légalement un vêtement quelconque aux citoyens. Il a donc fallu trouver autre chose pour justifier les interdits. L’Allemagne n’est par ailleurs pas un pays laïc. Elle reconnaît certains cultes, au nom desquels d’ailleurs l’État prélève une dime qu’il reverse aux différents cultes reconnus. Il n’y a d’ailleurs pratiquement pas de mot allemand pour dire « laïcité » et l’équivalent du mot français n’est jamais utilisé et pratiquement incompris. Il est vrai que la laïcité à la française cache en réalité la déification d’un État théocratique. Rien de tel en Allemagne, pas plus que de « valeurs de la République » censées supplanter la volonté populaire, et donc la démocratie.

Mais l’Allemagne est très à cheval sur la propreté. C’est ainsi que les longs shorts, fort en vogue outre-Atlantique, ont été prohibés dans ce pays pour des raisons d’hygiène. C’est donc cette interdiction qui a servi de jurisprudence pour les arrêtés anti-burkini.

C’est ce que reflètent aussi les articles publiés dans la presse nationale et régionale. Partout, les vraies questions ont été soigneusement évitées. Nul n’ignore que l’argument « de l’hygiène » n’est qu’un paravent visant à soigneusement éviter les questions de fond. En Allemagne comme en France, le politiquement correct a tué la réalité de la liberté d’expression dans de nombreux domaines.

Comme en France, on a vu des « intellectuels » turcs, comme le chercheur spécialiste des questions des migrations Özkan Ezli, déclarer sans rire au quotidien Die Welt  le 22 juillet dernier que le burkini, ce symbole d’apartheid caractéristique d’un islam génétiquement porteur d’une idéologie du pur et de l’impur séparant musulmans et infidèles au même titre que le voile ou le halal, était « un vêtement ambivalent positif » qui permettait aux femmes musulmanes de « s’intégrer socialement ». L’intégration par la séparation, voilà un beau concept à ajouter à la longue liste des termes techniques orwelliens.

Partout donc, le monde politique et médiatique a soigneusement occulté le problème latent de la cohabitation, dans un même pays, de populations aux valeurs radicalement opposées.

Pourtant, ce qui est occulté par les autorités soucieuses d’éviter tout débat sur la paix civile, le caractère idéologique irréaliste de la non-politique migratoire et les mensonges éhontés de l’idéologie d’État depuis des décennies, ne trompe plus guère l’opinion publique. Il est en effet intéressant de lire les multiples commentaires des lecteurs, qui montrent les passions, les inquiétudes et les prises de conscience de l’ampleur des problèmes qu’a déclenché l’offensive du burkini. Les Allemands de base sont de plus en plus conscients que la question du burkini n’a rien à voir avec l’hygiène, mais avec les valeurs fondamentales de l’égalité hommes-femmes (que nie le burkini), de l’unité de la société (que nie le burkini) et au-delà de la compatibilité de l’islam et de son idéologie du pur et de l’impur séparant musulmans et infidèles avec les valeurs multiséculaires d’une Allemagne de culture chrétienne, et donc majoritairement « infidèle ».

Dans tous les cas, cette séparation abyssale entre les élites et le peuple est parfaitement illustrée par ce sondage réalisé par l’Hildesheimer Allgemeine Zeitung le 18 août dernier :

Question : que pensez-vous de l’interdiction du burkini dans les piscines ?
Réponses :           1 019

Je suis pour :      62,5%
Je suis contre :  32,5%
Ça m’est égal :     5,0%

Quant au maire de Neutraubling, Heinz Kiechle, il a déclaré au quotidien Die Welt, le 11 juin, avoir été inondé de messages de soutien de sa décision d’interdiction, à des années-lumière des débats du monde politique et médiatique.

Sources